Danielle Goyette

24 novembre 2017

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.
Danielle Goyette est née le 30 janvier 1966 à Saint-Nazaire d’Acton. Avant dernière fille d’une famille nombreuse, elle a travaillé sans relâche pour se rendre au plus haut sommet du hockey féminin au Canada.

Après l’école primaire du village, elle fréquente l’école Casavant et la Polyvalente Hyacinthe-Delorme à Saint-Hyacinthe. En secondaire 5, elle démontre ses qualités athlétiques dans la classe d’option en éducation physique de Claude Trudel. Au cours de l’été suivant, elle participe à un tournoi de balle-molle avec une équipe de Saint-Nazaire. Elle reçoit alors une offre pour joindre l’équipe « Nettoyeur Seyer » de Saint-Hyacinthe qui commandite une équipe féminine à la balle-molle et… au hockey.

En hockey, elle gravit les échelons, se démarquant partout où elle passe. Tant et si bien qu’après un séjour avec l’équipe du Québec, elle rejoint l’équipe nationale du Canada en 1991. Parlant très peu l’anglais, elle doit alors redoubler d’efforts : « Cela m’a permis de développer mon sens de l’observation », nous rappelle celle qui prend part à son premier championnat du monde en 1992.

Sur l’équipe nationale

Quatre ans plus tard, elle déménage à Calgary pour une période de cinq mois afin d’améliorer son anglais. Elle travaille à différents petits boulots, tout en s’entraînant deux fois par jour. De plus en plus à l’aise dans cette ville où loge l’équipe nationale, elle décide d’y rester pour de bon. D’autant plus, qu’il est de plus en plus question que le hockey féminin devienne une discipline olympique. Cela deviendra réalité lors des Jeux d’hiver de Nagano en 1998.

Dans les mois précédant le tournoi olympique de Nagano, les deux puissances mondiales en hockey féminin, les États-Unis et le Canada, s’affrontent à treize reprises. Avec sept victoires, le Canada démontre sa supériorité acquise avec quatre titres de champion du monde depuis 1990.

La veille des cérémonies d’ouverture, Danielle apprend que son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, vient de rendre l’âme. Chavirée, elle veut aussitôt revenir à la maison. Après réflexion, elle suit les conseils de ses sœurs qui l’exhortent à demeurer au Japon. Face à ses moments difficiles, sa détermination sera d’autant plus grande. Elle reçoit des messages d’encouragement dont un provenant de l’école Casavant : « Les membres de la direction, les professeurs et les élèves de l’école Casavant, ton ancienne école, te souhaitons de réaliser tes rêves les plus chers. Puisse l’énergie que nous te transmettons vous permette, à toi et ton équipe, d’accéder à la plus haute marche du podium. »

Dès l’amorce des Jeux, elle inscrit son nom dans l’histoire du hockey féminin en marquant le premier but du tournoi et en obtenant un tour du chapeau. Neuf jours plus tard, en finale, le Canada subit une cruelle défaite face aux États-Unis. Au terme de ces Jeux chargés d’émotion, Danielle aura démontré qu’elle est une athlète d’exception, dominant la colonne des marqueures avec huit buts et terminant au deuxième rang des pointeures.

Après Nagano, elle s’interroge quant à son avenir, car elle doit subir une intervention chirurgicale à une épaule pour régler des blessures récurrentes à cet endroit. (Elle subira plus d’une vingtaine de luxation aux épaules en carrière). Après l’opération, elle s’entraîne avec assiduité, parvenant même à se classer parmi les trois premières lors des tests d’évaluation de l’équipe nationale. Au même moment, elle déniche une commandite de Home Depot qui l’embauche et lui accorde une vingtaine d’heure par semaine pour s’entraîner.

En 2002, aux Jeux de Salt Lake City, les Canadiennes ont l’opportunité de ramener l’or au pays. En dépit de trois autres titres de champion du monde, l’équipe canadienne perd les huit parties d’exhibition jouées contre les États-Unis au début de 2002. La pression est désormais sur l’équipe américaine.

Après avoir remporté les trois parties de la ronde préliminaire, le Canada affronte son ennemi de toujours en finale. Désavantagées, les Canadiennes jouent devant un public américain dans une partie arbitrée par une Américaine! Danielle n’as pas l’occasion d’exprimer son talent offensif puisque l’arbitre décerne onze pénalités au Canada. Néanmoins, en deuxième période, elle exécute un tir dont le rebond permettra à son équipe de niveler la marque 1 à 1. Avec une seconde à faire dans le deuxième tiers, le Canada marque un second but. La partie se solde par une victoire du Canada et Danielle obtient dix points dont trois buts au cours du tournoi. Lors des cérémonies d’après match, la fille de Saint-Nazaire, bien enveloppée dans le drapeau canadien, savoure sa première médaille d’or olympique.

L’histoire se répète aux Jeux de Turin en 2006. Après réflexion et en dépit de ses 39 ans, elle parvient à se classer parmi les meilleures lors des tests d’aptitutes de l’équipe nationale. Au cours du mois de janvier, un membre du Comité olympique canadien lui annonce en catimini qu’elle est choisie pour porter le drapeau canadien lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux. « Faire partie de l’équipe nationale et être performante sur la glace faisaient partie de mes objectifs. Mais-là, j’ai vécu cet événement comme un cadeau, une récompense pour tous mes efforts » raconte l’athlète qui obtiendra une deuxième médaille d’or à l’issue de ces Jeux.

Elle passe derrière le banc

Par la suite, elle accepte une offre comme entraîneure en chef de l’équipe féminine de l’Université de Calgary et prendra sa retraite de la compétition en janvier 2008. En 172 parties internationales, elle aura remporté vingt médailles d’or et quatre d’argent. Lors de sa retraite, elle est une des trois joueuses canadiennes à avoir marqué plus de 100 buts et elle occupe le deuxième rang au chapitre du total des points.

En 2010, elle est intronisée au Temple de la renommée des sports du Québec. Quatre ans plus tard, elle est nommée entraîneuse adjointe de l’équipe canadienne qui a remporté l’or aux Jeux olympiques de Sotchi. Finalement, elle est admise au Temple de la renommée du hockey en novembre 2017.

Sport et Société salue Danielle Goyette, une athlète exemplaire!

Photo:
Danielle Goyette porte l’uniforme d’une équipe locale à
ses débuts en hockey à Saint-Hyacinthe.
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH380.

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