Les dimensions du sport

24 novembre 2017

Pionnier de la recherche en histoire du sport québécois, l’historien Donald Guay a publié de nombreux ouvrages sur le domaine. Il demeure un précieux collaborateur de Sport et Société, nous l’en remercions.

Par Donald Guay, collaboration spéciale

Le sport, une activité physique

L’activité sportive est avant tout une activité physique qui se réfère au dynamisme de la personne qui librement se meut. L’activité physique contiendrait donc en soi l’idée de liberté, d’une volonté chez l’individu de se déterminer. C’est par l’activité physique que la personne s’exprime, se réalise, surpasse les autres et se surpasse. De cette activité découle son mérite. Quel que soit le sport, on observe toujours des gestes, des mouvements du corps dans son entier, d’une ou de plusieurs de ses parties, c’est-à-dire des changements de position du corps dans le temps et dans l’espace; ce sont des mouvements volontaires, commandés par le sportif. L’expression populaire « il va y avoir du sport » exprime bien cette dimension du sport.

Le sport se présente comme un lieu privilégié de l’activité physique où peut s’exprimer la liberté, la créativité, la performance, la combativité et la beauté tout autant que l’agressivité et la violence.

Le sport, une compétition

L’activité sportive est essentiellement compétitive. Ceux qui y participent sont des compétiteurs qui veulent se mesurer afin de juger de leur valeur respective et ainsi savoir qui est le meilleur. À l’occasion d’une telle rencontre, les adversaires aux prises doivent lutter, combattre, batailler s’ils veulent remporter la victoire et triompher, ce que les deux rivaux désirent ardemment.

Il ne saurait y avoir sport sans qu’il y ait compétition, c’est-à-dire des prétentions rivales sur le même enjeu. Les concurrents sont d’accord sur leur statut d’adversaires sans qu’il y ait des motifs réels d’agression. C’est la raison même de la rencontre sportive que de déterminer un gagnant, c’est-à-dire celui qui est supérieur aux autres.

Le sport, un amusement

Si l’activité sportive est compétitive, il ne s’agit pas toutefois d’un conflit entre les compétiteurs. Même s’il existe la plus grande rivalité entre les antagonistes, le combat n’est pas tragique, au contraire il est anticipé avec plaisir, car le sport est un amusement. C’est en partie pourquoi la compétition sportive est socialement légitime, c’est-à-dire qu’elle fait l’objet d’un consensus social. C’est une lutte pour le plaisir, un combat simulé alors que les adversaires se rencontrent sans raison d’attaque violente. Ce n’est pas un combat à outrance. L’adversaire n’est pas, ne doit pas devenir une victime. L’issue de la compétition n’est pas, ne doit pas être fatale aux antagonistes même pour le perdant, sauf exceptions alors qu’il se produit un accident.

Le plaisir est une dimension essentielle du sport car c’est ce qui évite qu’il devienne tragique. Aussi, la compétition et l’amusement sont constamment en dialectique; l’une ou l’autre de ces dimensions du sport prend plus ou moins d’importance selon les buts poursuivis par les organisateurs, selon les enjeux en cause.

Le sport, un enjeu

La compétition est engendrée par des prétentions rivales sur le même enjeu . Chaque compétiteur est déterminé à vaincre, à faire tout ce qui est humainement possible pour remporter la victoire.

Pourquoi donc cet acharnement à vouloir vaincre, même  » à tout prix « , jusqu’au risque, jusqu’à la tricherie comme il arrive hélas trop souvent. C’est que celui qui remporte la victoire, remporte du même coup l’enjeu disputé. En effet, la victoire confère légitimement ce droit par conformité à la règle établie. Cet enjeu peut être une somme d’argent, des honneurs, de la gloire, du prestige. Sans enjeu, la compétition perd toute sa signification et partant sa raison d’être. Ordinairement les compétiteurs ne s’engagent pas dans une compétition sans connaître les enjeux en cause.

Le sport, une règle de conduite

Le sport étant une compétition motivée par un enjeu, il est essentiel que les adversaires soient assujettis aux même règles de façon à réduire au minimum les variables qui pourraient favoriser un des adversaires. Ces règles sont conçues de façon à éviter que la chance intervienne le moins possible dans l’issue de la compétition; avec la volonté évidente de faire en sorte que le hasard intervienne le moins possible dans le résultat d’une rencontre sportive. Seule la valeur des adversaires doit déterminer le vainqueur, le meilleur, le champion. Les adversaires suivent, doivent suivre, la même logique. La règle, c’est la rationalité; c’est le cadre qui prévoit des conduites rationnelles concrètes. C’est l’objectivité de ces règles écrites qui rend possible la comparaison et partant l’universalisation du sport.

Les règles établissent le cadre de référence dans lequel doit se tenir la compétition. Les compétiteurs peuvent et doivent exécuter leur activité physique en tous points en conformité aux règles établies. Ils ne sont donc pas libres d’agir comme bon leur semble; ils doivent accepter, à priori, des limites à leurs possibilités d’agir en se conforment à des normes de comportement pré-établies.

Ces règles ont aussi pour fonction, compte tenu de la nature compétitive du sport, de rationaliser la combativité des adversaires et de maintenir la confrontation à l’intérieur des limites socialement acceptables. Elles jouent le rôle de régulation de la compétition sportive, constamment menacée par l’attrait de l’enjeu qui peut transformer la combativité en agression violente.

Le sport, un esprit

Si le sport est une activité physique, s’il est une compétition, un amusement, un enjeu, s’il est une règle de conduite, il est aussi et surtout un esprit. Cet esprit est un complexe qui réunit les valeurs qui orientent, guident les attitudes et les conduites des organisateurs, des instructeurs, des spectateurs sportifs comme des joueurs. C’est dont essentiellement une morale qu’il est possible de définir comme étant l’ensemble des attitudes et des comportements conformes à l’éthique sportive dont les principes de base sont : l’équité, la justice, la loyauté. Tels sont les principes qui caractérisent, qui doivent caractériser, le vrai sportif, la vraie sportive.

Ce texte est le deuxième d’une série de quatre.

Introduction: L’esprit sportif… tout est dans la manière
Deuxième partie: Les trois principes de l’esprit sportif
Troisième partie: La Charte de l’esprit sportif

Photo:
Archives de Montréal.

Sport et Société remercie Donald Guay pour sa collaboration.

 

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