On revient de loin!

26 novembre 2017

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.

Le chemin parcouru en sport féminin

Le 26 mars 2010, l’agence de presse AFP publiait une nouvelle concernant des athlètes féminines pratiquant le saut à ski. Quelques-unes d’entre elles avaient alors demandé à s’entretenir avec le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, afin de le convaincre d’organiser une compétition féminine de saut à skis lors des Jeux olympiques de Vancouver, en 2010. Un groupe d’athlètes avait déposé une plainte contre les organisateurs des Jeux-2010 pour discrimination, prétendant que leur discipline était au moins autant, si ce n’est plus, pratiquée que d’autres sports olympiques d’hiver. Le CIO avait décidé en 2007 de ne pas admettre le saut à skis féminin aux jeux Olympiques de Vancouver.

Puis, le 27 mars 2010, l’AFP publiait la nouvelle à l’effet que le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, avait refusé de rencontrer les représentantes d’un groupe de sauteuses à ski qui demandent l’organisation d’une compétition féminine lors des jeux Olympiques de Vancouver, en 2010.

Au terme d’un long combat, le saut à ski féminin fut finalement admis lors des Jeux olympiques de Sotchi, en 2014. Cette bataille menée par les femmes n’est pas la seule et dans ce domaine, elles ont gagné plusieurs batailles au fil des ans,

Afin de percevoir l’étendu du chemin parcouru, voici un article publié dans le Petit Journal en 1934 qui parle de lui-même.  Cœurs sensibles, s’abstenir!


« Certains sports constituent un suicide pour la femme »

Il est bon de pratiquer les sports mais l’élément féminin devrait choisir ceux qui sont faits pour lui et non chercher à imiter l’homme.

De fort beaux « instantanés », des article de presse enflammés, des causeries féministes remarquables, nous montrent ou nous décrivent le développement et la multiplication des réunions sportives où le beau sexe exhibe ses championnes les plus fameuses en des matches impressionnants.

Chacun de s’extasier sur les performances de saut à la perche, de football ou de cyclisme réalisées par des jeunes femmes ravies de leurs triomphes. 

Avez-vous déjà assisté à ces manifestations de l’énergie et de la force des femmes?  Le spectacle est parfois fort beau du point de vue philosophique et prouve qu’un entraînement technique et beaucoup de volonté peuvent avoir raison de la nature humaine.

Mais approchez et regardez de près et vous verrez que l’effort réalisé par les femmes dans de tels exercices est beaucoup plus violent et beaucoup plus profond que celui qu’il faut faire aux hommes pour atteindre les mêmes résultats.

Approchez-vous encore et vous apercevrez que le sport dans ces conditions devient un métier dangereux et épuisant.  La femme, certes, n’est pas l’être faible qu’on nous a longtemps présenté.  Mais ses dons physiques pour réels qu’ils soient, sont tout à fait différents de ceux des hommes par l’harmonie même de leur organisme. 

Grâce à leur acharnement elles peuvent parvenir à égaler leurs compagnons dans leurs jeux les plus brutaux, mais ce but n’est qu’au pris de la ruine de leur santé et de leur beauté. 

Avez-vous vu ces regards affolés dans la lutte, ces poitrines qui se soulèvent douloureusement après un 400 verges, ces combats qui laissent des lésions inguérissables dans la course au ballon?

Que de jeunes filles se sont à jamais épuisées dans le feu d’une action qui n’a du sport que le nom!  Et cette dégradation physique mène souvent au sanatorium ou à la mort, d’autant plus fréquemment que les championnes étant moins nombreuses que les champions, leurs gérants les produisent plus souvent. 

Le mouvement des muscles, l’ardeur des corps, la mobilité des attitudes des femmes ne pourraient-ils pas se manifester dans des exercices mieux faits pour elles et surtout moins redoutables pour leur santé? 

Et si l’on trouvait des sports mieux étudiés pour elles, gageons que les hommes ne pourraient pas les égaler.


Photo:
Collection Donald Guay.

Vidéo:
Annonce de la première équipe canadienne de saut à ski en vue des Jeux olympiques de Sotchi, en 2014.

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