Le baseball organisé

27 novembre 2017

Président du chapitre québécois de la Society for American Baseball Research, Patrick Carpentier est un précieux collaborateur. En plus de rédiger des textes pour Sport et Société, il est associé de près à nos cahiers d’histoire.

En 1950, les Royaux sont au sommet de leur popularité à Montréal et la Ligue Provinciale domine le reste du Québec. Cette année là, l’almanach annuel de Ligue ouvrière catholique, Mouvement Ouvrier, inclut un article sur le baseball. Rédigé par Paul Guertin, le chroniqueur sportif du Front Ouvrier, le journal hebdomadaire de la Ligue, le billet explique à la jeunesse catholique syndicaliste les principaux rouages du baseball organisé américain et y parle des pourparlers alors en cours pour faire passer la Ligue Provinciale dans le giron des ligues mineures américaines. Quelques mois plus tard, la Ligue joindra finalement les rangs du baseball organisé.

Voici cet article dans son intégralité.


Connaissez-vous les Ligues de Baseball?

Le baseball organisé n’existe à peu près qu’aux Etats-Unis. Certaines ligues, toutefois, comprennent des clubs canadiens, telles la Ligue Internationale, la Ligue Canado-Américaine et la Ligue Border. Mais on ne compte aucun circuit entièrement canadien dans le baseball organisé.

Quand on parle de baseball organisé, à Ia différence du hockey, il faut entendre uniquement le professionnel. Il est vrai qu’aux Etats-Unis il existe ce qu’on pourrait appeler du baseball amateur, quelque peu organisé et régi par un organisme central connu sous le nom de Congrès national du baseball (National Baseball Congress), mais ces diverses ligues ne font pas partie du baseball organisé. Le Congrès national du baseball voit à promouvoir la création de ligues ici et là et à encourager la tenue de tournois dans les divers Etats. Mais ces ligues ne sont que régionales et aucun genre d’éliminatoires sur une base nationale n’est prévu, de sorte qu’il n’est jamais question de décider d’un champion du baseball amateur aux Etats-Cnis.

Baseball majeur et mineur

On distingue deux grandes catégories dans le baseball organisé, soit le baseball majeur et le baseball mineur. La tête dirigeante du baseball majeur est le commissaire Happy Chandler, tandis que le tsar des mineures est George Trautman. Ces deux hommes exercent des pouvoirs quasi dictatoriaux sur leurs associations respectives. Ils sont élus par les directeurs de club.

Le baseball majeur ne compte que deux ligues, soit la Ligue Américaine du président Harridge et la Ligue Nationale du président Frick. Ces deux ligues, il va de soi, sont de même calibre. On sait que depuis plusieurs années la Ligue de la Côte du Pacifique tente de se faire reconnaître comme troisième circuit majeur, mais jusqu’ici ses tentatives ont été vaines. Par contre, le baseball mineur compte 59 ligues, réparties en six catégories qui équivalent à six calibres de jeu différents.

Les clubs-ferme

Mais avant de parler de baseball mineur, il convient, croyons nous, de signaler que les clubs de cette dernière catégorie relèvent à peu près tous d’une organisation centrale, propriété d’un club majeur. Ainsi le Brooklyn compte plus de vingt clubs répartis dans toutes les catégories du baseball mineur, dont Montréal et Trois-Rivières. La majorité des grands clubs ont ainsi des clubs-ferme. Québec fait partie de l’organisation des Giants, et Toronto de celle des Phillies.

Le but de ces clubs-ferme, il va de soi, est de recruter des joueurs pour le club majeur. Toutes ces équipes inférieures forment comme une chaîne dont tous les chaînons ont leur importance. Toutefois, les clubs-ferme de la classe AAA jouent un rôle particulièrement vital dans une telle organisation. Un gérant de club AAA doit voir à bien figurer dans sa ligue tout en produisant des joueurs qui aideront le club majeur. C’est aussi au chaînon AAA que la chaîne commence à rapporter des dividendes où à s’avérer un fiasco.

Les petites fermes en bas de la catégorie A servent à développer des joueurs, et s’occupent peu de remporter le championnat de leurs divisions respectives. Ces clubs coûtent plus cher qu’ils ne rapportent à l’organisation centrale, mais celle-ci trouve là un réservoir de joueurs qui finira par devenir une source de richesse. Un club de classe AAA, comme le Montréal, rapporte toutefois plusieurs centaines de mille dollars annuellement à l’organisation centrale.

Catégorie AAA à catégorie C

Pour revenir au baseball mineur, disons que l’on compte d’abord la catégorie AAA dans laquelle figurent la ligue de la Côte du Pacifique, l’Association Américaine et la Ligue Internationale. On sait que les Royaux, de Montréal, et les Maple Leafs, de Toronto, appartiennent à ‘cette dernière ligue. Les champions de l’Association Américaine et ceux de l’Internationale se rencontrent à la fin de chaque saison pour décider du championnat mondial des ligues mineures. Cette appellation est quelque peu fautive, par le fait que les champions de la Côte du Pacifique ne prennent pas part à ces séries, en raison des trop grandes distances entre les villes de ce circuit et celles des deux autres ligues.

Disons ici, en passant, que dans les ligues majeures, le club qui finit en tête de son circuit à la fin de la saison rencontre automatiquement celui qui détient la même position dans l’autre ligue pour le championnat des majeures. Dans les mineures, classe AAA, le club qui termine en 1ère position n’est pas assuré de se mesurer au représentant de l’autre circuit pour le championnat des mineures. Il doit auparavant sortir victorieux d’éliminatoires dans le genre de celles de la coupe Stanley, au hockey, de sorte qu’il peut arriver que le 4ème club de la Ligue Internationale rencontre le 3ème de l’Association Américaine pour le championnat des mineures.

La deuxième catégorie du baseball mineur est la catégorie AA. Elle comprend la Southern Association et la Ligue du Texas. La troisième est la catégorie A. Elle compte trois ligues: la Ligue Sally, la ligue Astern et la Central League.

La Ligue Provinciale

Les catégories B, C et D se partagent le reste des autres ligues. La Ligue Border à laquelle appartient le club Ottawa fait partie de la catégorie C, de même que la’ Ligue Canado-Américaine à laquelle appartiennent le Québec et les Trois-Rivières. Nous avons également deux autres clubs canadiens, le Vancouver et le Victoria, en Colombie-Britannique, qui sont membres de la « Western Int. League », dans la catégorie B.

Comme nous le disions plus haut, il n’existe pas ‘de circuit entièrement canadien dans le baseball organisé. Le plus fort circuit au Canada considéré comme un circuit semi-professionnel est la Ligue de baseball Provinciale. On la considère de calibre B généralement. Jusqu’ici, sous le président Durivage et ses prédécesseurs, ce circuit avait toujours refusé de faire partie du baseball organisé et il ne constitue toujours qu’une ligue régionale, comme il en existe d’autres au pays.

La Ligue Provinciale fera-t-elle partie, un jour, du baseball organisé ? Il en est fortement question, et le président Molini a déjà commencé à conférer avec Trautman à ce sujet. Nous croyons, avec nombre d’autres, qu’il y aurait de multiples avantages à ce faire, et nous souhaitons que la chose’ se réalise dans un avenir rapproché. Le baseball serait ainsi placé sur une base plus solide.

Disons, en terminant, que si le Canada, le Canada français en particulier, n’a pas produit jusqu’ici de grandes étoiles du baseball, c’est peut-être que chez nous, les gens envisagent ce sport comme un passe-temps, tandis que les Américains y voient une carrière, une profession à exploiter. Il est possible, toutefois, qu’avec la création de ligues bien organisées comme la Ligue Montréal Royal Junior, un circuit exclusivement amateur, des talents de chez nous se développent qui brilleront plus tard dans le baseball organisé. Nous le souhaitons de tout cœur !

Paul Guertin, Rédacteur sportif au Front Ouvrier


Photos:
Le lanceur québécois Jean-Pierre Roy des Royaux de Montréal en compagnie du joueur Hugh Casey des Dodgers de Brooklyn.
Source: BAnQ, Fonds Conrad Poirier, P48,S1,P12827.

Page couverture de Mouvement Ouvrier, l’almanach annuel de Ligue ouvrière catholique.
Source: Collection Patrick Carpentier.

Consultez Le jeu glorieux, le site internet de Patrick Carpentier sur l’histoire du baseball à Montréal de 1860 à 1917.

Sport et Société remercie Patrick Carpentier pour sa précieuse collaboration.

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