Les Jeux Nordiques et l’origine des Jeux Olympiques d’hiver (1)

6 janvier 2018

Éric Pilote détient une maîtrise en Sciences de l’activité physique (Université Laval). Il est actuellement Conseiller en sport à la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Sport et Société est fier d’accueillir ce nouveau collaborateur.

Mise en contexte

À la fin du XIXe siècle, le mouvement du romantisme fait son chemin dans les arts, la littérature et l’architecture. Le roi de Suède et de Norvège, Oscar II, laisse sa marque sur la vie culturelle du pays. Le style de vie préconisé par le souverain, auquel on réfère sous le nom de « oscarisme », est dominé par les valeurs et les idéaux de la classe supérieure. Ce style de vie comporte plusieurs similitudes avec celui de l’Angleterre victorienne et de l’Empire allemand, notamment parce qu’il est pompeux, grandiloquent et vaniteux.

Dans la dernière partie du XIXe siècle, on note un intérêt croissant pour la nordicité. Plusieurs associations et organisations voient alors le jour, leur but étant d’accroître la compréhension entre les peuples nordiques. Il est à noter que la Finlande ne fait pas partie à l’époque de la communauté nordique, en raison notamment de la barrière linguistique et de ses relations avec la Russie. De plus, on ne fait pas vraiment de distinction entre la Scandinavie et les pays nordiques. C’est la Suède qui a joué le rôle de leader dans la création d’une véritable identité nordique ainsi que dans la création des Jeux Nordiques. C’est dans ce contexte que l’on se doit de comprendre l’inauguration de ces Jeux en 1901 et le nom que l’on a choisi de leur donner.

La naissance des Jeux Nordiques
Depuis 1883, bien avant que le baron Pierre de Coubertin ne rénove les Jeux Olympiques, il existait, en Europe du Nord, de grandes épreuves de ski et de patinage. Ces épreuves n’étaient pas encore véritablement codifiées, mais leur popularité était immense, car elles correspondaient, pour ces civilisations nées de l’Europe septentrionale, à quelque chose de très profond. En 1899, le professeur suédois E. Johan Widmark, ophtalmologiste de renom et membre de l’Association centrale suédoise pour la promotion des sports (ACSPS), propose de tenir des Jeux dits « Nordiques » dont la première édition aurait lieu en 1901. Fondée en 1897 à Stockholm, l’ACSPS avait à sa tête trois hauts gradés de l’armée et nationalistes de la droite bien connus qui sont également responsables de la naissance des Jeux Nordiques : le colonel Viktor Balck, le baron Sven Hermelin et le comte Clarence von Rosen. Les Jeux Nordiques, toujours tenus au mois de février et dont la durée était d’une semaine, ont eu lieu à huit reprises : en 1901, 1903, 1905, 1909, 1913, 1917, 1922 et 1926.

Les Jeux Nordiques, pourquoi ?
Pourquoi a-t-on donné naissance aux Jeux Nordiques ? Était-ce parce que les Suédois ont voulu accroître leur succès sur la scène sportive ou bien a-t-on voulu faire connaître les sports d’hiver à d’autres pays ? Ou peut-être que d’autres motifs, non sportifs ceux-là, ont motivé les actions de l’ACSPS ? Deux raisons, pas nécessairement indépendantes l’une de l’autre, reviennent le plus souvent pour donner une explication : le nationalisme et la commercialisation.

À cette époque, le patriotisme de la population et son allégeance envers le roi, sont à leur point culminant. Ces valeurs influencent également le sport. Viktor Balck, la tête dirigeante des Jeux Nordiques, apporte une clarification sur la motivation qui sous-tend la création de ces derniers :

D’abord et avant tout, nous avons comme objectif national de rendre service à la mère patrie et de faire rejaillir l’honneur sur notre pays. Les Jeux Nordiques sont désormais devenus d’intérêt national pour notre peuple tout entier (Edgeworth 1994, Yttergren 1994).

Également, le tourisme organisé commence à se développer en Suède au début du XXe siècle. La promotion du tourisme est donc une raison importante dans l’établissement des Jeux Nordiques, tout spécialement à leur début. En effet, la Suède se devait d’être la vitrine autant en tant que nation, qu’en tant que destination touristique. Les ambitions nationalistes étaient donc complémentées par des motifs commerciaux. Lorsque l’on comprend ces motifs, on comprend donc la structure des Jeux Nordiques. Les Jeux Nordiques ne mettaient pas exclusivement en scène des compétitions sportives, mais incluaient également du théâtre, de l’opéra, de la danse, de la musique, des excursions, des parades, des banquets et des visites au musée en plein air de Skansen.

Les Jeux Nordiques et les Jeux Olympiques d’hiver
Est-ce que les hautes instances du sport suédois ont voulu créer le pendant hivernal des Jeux Olympiques ?  Certaines sources de l’époque penchent vers cette conclusion. Cependant, les récentes recherches sur le sujet montre que l’ACSPS n’avait aucune ambition olympique. Plusieurs raisons tendent à confirmer cet état de fait (Yttergren 1994) : l’idéologie, l’opposition des Suédois aux Jeux Olympiques d’hiver, la chronologie et le programme des Jeux.

Comme on l’a mentionné précédemment, les Jeux Nordiques avaient des motifs nationalistes et commerciaux sous-entendus. Ce qui va à l’encontre des principes fondamentaux de l’Olympisme moderne, tels que conçu par Pierre de Coubertin, qui font la promotion de valeurs comme la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, la solidarité et la paix. On mentionnait dans les journaux nationaux de l’époque que les Jeux Nordiques ne devaient en aucun cas être confondus avec les Jeux Olympiques. Les Jeux Nordiques devaient être reconnus comme étant « un festival national et il était préférable que les plus grands pays se chargent du développement des Jeux Olympiques » (Yttergren 1994).

Il y avait donc un écart idéologique entre les deux événements sportifs. Il y avait également une forte opposition de la part de la Suède et de la Norvège. Les organisateurs des Jeux Nordiques étaient donc très hostiles à l’inclusion des sports d’hiver au programme olympique puisque la Suède était contre cette idée. Cette hostilité s’étendit même aux sports d’été. À preuve, on exclura la natation du programme des Jeux Nordiques de 1922 en alléguant que ce sport appartient au programme olympique. Les organisateurs des Jeux Nordiques se montrèrent néanmoins prêts à assouplir leur opposition à l’inclusion des sports d’hiver aux Jeux Olympiques, à condition que les sports au programme olympique puissent être inclus au programme des Jeux Nordiques.

La chronologie des événements montre aussi clairement que les Jeux Nordiques ne sont pas un événement précurseur des Jeux Olympiques d’hiver. En effet, les premiers Jeux Olympiques d’hiver eurent lieu à Chamonix (FRA) en 1924. Pendant plusieurs années, l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver et des Jeux Nordiques s’est fait en parallèle et des plans pour une nouvelle version des Jeux Nordiques étaient prévus pour 1930, 1934 et 1942. La rivalité entre les deux événements hivernaux semble avoir été minimale. Il s’agit là de deux événements séparés avec un contenu et une idéologie qui diffèrent.

Le programme des Jeux Nordiques, comme on l’a vu plus haut, était en partie ou complètement différent de celui des Jeux Olympiques d’hiver. À la base, le contenu du programme des Jeux Nordiques contenait des éléments autant athlétiques, que touristiques et artistiques. On remarque que le programme général des Jeux Nordiques a varié d’une édition à l’autre, mais tout en conservant un certain programme sportif de base qui incluait le ski, le curling, les sports équestres, le bandy (qui s’apparente au hockey sur glace), le patinage et les sports militaires.

Photos:
1. Carte postale des Jeux Nordiques de 1905.
Source: tradera.com
2. Affiche des Jeux Nordiques de Stockholm, en 1901.
Source: sv.wikipedia.org/wiki/Nordiska_spelen
3. Affiche des Jeux Nordiques de Stockholm, en 1917.
Source: pinterest.ca

Bibliographie
Edgeworth R (1994). The Nordic Games and The Origins of the Olympic Winter Games. Citius, Altius, Fortius 2(3) : 29-37.
Yttergren L (1994). The Nordic Games : Visions of a Winter Olympics or a National Festival? International Journal of the History of Sport 11(3): 495-505.

Cet article est le premier d’une série de deux.

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