Sports olympiques:
le ski de fond

15 janvier 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.

Aux Jeux olympiques de PyeongChang
Les douze compétitions de ski de fond seront présentées les 9, 10, 13, 14, 15, 16, 17, 18 et 21 février 2018 au Centre de ski de fond d’Alpensia. Chez les femmes, on présente le 10 km style libre, le skiathlon composé d’un 7,5 km classique du 7,5 km en style libre, le sprint classique, le sprint par équipe, le départ en masse classique et le relais 4 x 5 km. Du côté des hommes, il y a le 15 km libre, le skiathlon composé d’un 15 km classique et du 15 km hommes en style libre, le sprint classique, le sprint par équipe, le départ en masse 50 km et le relais 4 x 10 km.

Les skieurs de fond utilisent deux techniques de base : le style classique, où les skis glissent parallèlement sur des pistes damées et le style libre, où les skieurs se meuvent un peu comme dans le patinage de vitesse et se propulsent en poussant de côté sur leurs skis. Le style libre demande des skis plus courts et est légèrement plus rapide que
le style classique; en moyenne, environ huit pour cent plus rapide sur l’ensemble
d’une course.

Un peu d’histoire
Aujourd’hui, plusieurs compétitions de ski attirent l’attention de millions de téléspectateurs lors des Jeux olympiques. Le ski de fond, alpin et acrobatique, le biathlon, les sauts, le combiné nordique et le snowboard sont autant de disciplines qui marquent l’évolution de la pratique du ski. Mais au départ, il y a deux planches sur lesquelles on glisse sur la neige. Le ski de fond est ainsi la plus vieille discipline du ski. D’abord utilisé de façon utilitaire, le ski est un mot norvégien, dérivé du terme « skid » qui désignait une lame de bois fendue. Le nom en traduit bien l’origine.

Au Québec, le ski apparaît en 1879. À cette époque, l’activité hivernale la plus en vogue est sans contredit la raquette. Plusieurs adeptes forment des clubs et les journaux informent leurs lecteurs des réunions, sorties, rencontres et des moindres faits et gestes des raquetteurs. En janvier 1879, le journal The Gazette rapporte qu’un certain A. Birch, un Norvégien d’origine, se déplacera de Montréal vers Québec avec des raquettes de bois, longues de neuf pieds ! L’histoire du ski vient de débuter au Québec.

Il est faux de croire que de nombreux adeptes suivent spontanément les traces de Birch. Au début du XXe siècle, le ski demeure encore un loisir pour quelques centaines de bourgeois anglophones ayant le temps et les moyens financiers de pratiquer cette activité à la mode. Néanmoins, à mesure que les années filent, les adeptes du ski ressentent le besoin de se regrouper. Ainsi, le 11 février 1904, une cinquantaine d’individus réunis dans les locaux du Montreal Amateur Athletic Asssociation fondent le Montreal Ski Club. Bien que ces messieurs adoptent les environs du Mont-Royal comme terrain de jeu, certains d’entre eux découvrent la région des Laurentides pour y pratiquer leur activité favorite. À Québec, des friands de plein air s’exécutent sur les plaines d’Abraham. Si bien que le Quebec Ski Club voit le jour en 1907. Peu à peu, la pratique du ski se répand et des résidents de Shawinigan, Sherbrooke et Trois-Rivières se réunissent et forment leurs propres clubs.

La diffusion du ski se poursuit dans les différentes régions du Québec. Mais les raquettes de neuf pieds de Birch ont évolué : désormais le ski n’est plus un moyen de transport, car il se pratique également sur de petites pentes et on aménage des tremplins pour y exécuter des sauts. Alors que le sport s’organise, on présente des compétitions de sauts, mais également des courses de fond, de cross-country. Selon Danielle Soucy, dans son livre Des traces dans la neige : cent ans de ski au Québec, la première épreuve homologuée se déroule en janvier 1914 sur le Mont-Royal.

En 1919, le Club de ski Mont-Royal d’Amérique, le premier club de ski canadien-français, sera fondé par Champlain Provencher, un entrepreneur qui dirige le magasin Spalding de Montréal qui est également très impliqué dans la communauté sportive montréalaise. L’année suivante, les présidents de différents clubs de ski se réunissent à Montréal pour former la Canadian Amateur Ski Association qui règlementera le ski de fond et les sauts. Deux ans plus tard, Ralph Monsen, du Montreal Ski Club deviendra le champion canadien de saut et de ski de fond.

Le ski de fond fait partie des six disciplines que l’on présente aux premiers Jeux olympiques d’hiver en 1924. Depuis les débuts, une épreuve de 50 km se déroule dans le cadre des Jeux. En 1928, lors des Jeux olympiques de Saint-Moritz, William. B. Thompson, du Montreal Ski Club, prend part à course de 18 km.

Au cours des années 1920, un passionné de ski nommé Herman Smith Johannsen vient régulièrement au Québec dans le cadre de son travail. Il profite de ses séjours pour parcourir les Laurentides. En 1928, il s’installe définitivement à Montréal et devient la référence sur tout ce qui concerne le ski. Véritable défricheur, il réalise un travail de brousse dans la forêt laurentienne, ouvrant et balisant un important réseau de sentiers de ski de fond.

Mais peu à peu, les adeptes du ski délaissent les sentiers et les sauts pour envahir les pentes des montagnes du Québec. Malgré la présence de farouches adeptes de la randonnée, la plupart des skieurs optent désormais pour l’adrénaline et la vitesse du ski alpin. Il faudra le début des années 1970 pour que le ski de fond reprenne ses lettres de noblesse. D’ailleurs, l’année 1967 marque les débuts d’une grande aventure que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Marathon canadien de ski. En 1972, le ski de fond attire plus de 150 000 personnes, tandis que trois ans plus tard le nombre de fondeurs se chiffre à 450 000 !

De ce lot de skieurs du dimanche, certains parviendront au plus haut sommet du sport. Un jeune cycliste de Rimouski du nom de Pierre Harvey adopte le ski de fond pour parfaire sa condition physique en période hivernale. Désormais conquis, Harvey deviendra un des plus brillants fondeurs du Québec et du Canada, signant quelques victoires en Coupe du monde. Il n’est pas le seul, puisqu’au cours des années 1980, une adolescente de L’Ancienne-Lorette commence à s’intéresser au biathlon, un sport conjuguant le ski de fond et le tir à la carabine. Dès le début des années 1990, et particulièrement lors des Jeux olympiques Lillehammer en 1994, les performances exceptionnelles de Myriam Bédard feront connaître cette discipline au public québécois.

Aujourd’hui, toutes les régions du Québec sont dotées d’un imposant réseau de sentiers de ski de fond, parcouru par des milliers de skieurs. Qu’ils pratiquent le pas alternatif ou le pas de patin, tous ces fondeurs recherchent le bien-être par le biais d’une activité physique de plein air.

En ce qui concerne les Jeux olympiques de 2018, chez les femmes, Olivia Bouffard-Nesbitt est la seule québécoise sur l’équipe nationale. Mais il ne faut pas le cacher, les yeux de tous les amateurs sont tournés vers Alex Harvey, le meilleur skieur de fond québécois. Sa vaste expérience et ses récents podiums sur le circuit international font de lui un des candidats possibles à récolter la gloire olympique.

Photos :
Alex Harvey en pleine action.
Source : olympique.ca/tag/ski-de-fond.

Des skieurs norvégiens.
Source: L’Opinion publique, 2 mars 1871. BIbliothèque et Archives nationales du Québec.

Herman Smith-Johannsen.
Source : veloptimum.net

En référence :
pyeongchang2018.com/fr/index
olympic.org/
Guay, Donald. Introduction à l’histoire des sports au Québec.
Soucy, Danielle. Des traces dans la neige, cent ans de ski au Québec.

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