Les grandes épreuves en raquettes

24 janvier 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.

Depuis environ une quinzaine d’années, nous assistons à un nombre croissant d’épreuves disputées en raquettes à neige, car les fabricants ont su développer de nouveaux produits qui se démarquent des traditionnelles raquettes en bois.

Les adeptes de ces courses en raquettes disposent donc aujourd’hui d’équipement plus léger leur permettant de prendre part à des compétitions dont les distances varient, en général, de cinq à quinze kilomètres. En observant le calendrier de courses en raquettes, on y retrouve peu d’épreuves de plus de 40 kilomètres. Pourtant, au Québec, au tournant des décennies 1920 et 1930, des raquetteurs participent à de grandes épreuves de centaines de kilomètres disputées sur plusieurs jours.

L’affaire débute au printemps 1928 alors qu’un promoteur sportif américain organise une grande compétition de course à pied pour professionnels qui va de Los Angeles à New York. Cette course qui s’échelonne sur plusieurs semaines obtient une grande visibilité médiatique en Amérique. Il n’en faut pas plus pour inspirer Armand Vincent, un promoteur de Saint-Henri qui reproduira ce genre d’épreuve au Québec.

À la fin du mois d’octobre 1928, certains journaux québécois publient un communiqué concernant l’organisation d’une grande course en raquettes disputée en une vingtaine d’étapes dont le point d’arrivée serait la ville de Lewiston dans le Maine. À ce moment, le projet de Vincent est de présenter une épreuve professionnelle offrant des bourses totalisant quelques milliers de dollars.

En janvier 1929, les détails de l’épreuve sont enfin connus : cette course de 450 kilomètres, parcourue en douze étapes allant de Montréal à Lewiston, se déroulera du 21 janvier au 1er février 1929. Bien qu’organisée par Vincent, l’épreuve se déroule sous les auspices de l’Union canadienne des raquetteurs, un organisme affilié à l’Union athlétique amateur du Canada.

Ainsi, à Montréal le 21 janvier 1929, dix-sept athlètes s’élancent pour une douzaine de jours de course avec la tâche de parcourir entre 32 et 48 kilomètres quotidiennement. Au fil des jours, les coureurs doivent conjuguer avec du temps froid, de la neige et du vent. Sept concurrents atteindront la ligne d’arrivée. Le montréalais Eugène Clouette remporte l’épreuve en franchissant les 451 kilomètres dans un temps de 53 heures 20 min 24 s. Pour récompenser ses efforts, on lui offre une coupe et des félicitations bien senties. « On ne participera plus à ce genre d’épreuve s’il n’y a pas de bourses en argent », affirment les sept finissants du marathon.

Une épreuve pour professionnels
En 1930, Sam et Allan Bronfman remédient à la situation en commanditant l’épreuve et en offrant des bourses totalisant 2500 $. Lors des six jours de compétition, les athlètes franchissent 320 km entre Québec et Montréal. L’arrivée se déroule au Forum devant une foule qui assiste également à une course à pied de 24 km dotée de 1000 $ de bourses. Les raquetteurs quant à eux, doivent compléter la sixième étape en parcourant le dernier mille (1,6 km) sur une piste de neige spécialement aménagée sur la glace du Forum. Ainsi, lorsqu’Édouard Fabre (gagnant du marathon de Boston en 1915) remporte l’épreuve, une foule en délire acclame le héros canadien-français.

Lors des courses de 1931 et 1932, les 4000 $ offerts en bourses attirent d’autres coureurs professionnels. La compétition prend des allures internationales alors que les participants proviennent du Québec, du Canada, des États-Unis, d’Angleterre, de Finlande, d’Afrique du Sud et même d’Australie ! Le montréalais Frank Hoey remporte les grands honneurs de ces deux « marathons » qui se terminent au parc La Fontaine. En 1933, la course est disputée de Hull à Montréal. La dernière étape se déroule devant une foule de 10 000 personnes entassées dans les estrades du stade De Lorimier. Au terme de l’épreuve, le finlandais Ivar Hakkarainen est couronné champion.

Au-delà des efforts des raquetteurs et de leurs exploits peu communs, ce qu’il faut retenir c’est que l’organisation de ces épreuves a joué un rôle crucial dans l’histoire de la course à pied au Québec. C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Photo :
Attirés par des bourses intéressantes, Peter Gavuzzi (25) et Arthur Newton (47) participent aux marathons de 1931 et 1932. Source : Mark Whitaker, Running for their lives, 2012.

Cet article fut publié à l’origine dans le magazine KMag, printemps 2017.

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