Les 2es Jeux Olympiques d’hiver:
1928 – Saint-Moritz – Suisse

26 janvier 2018

Éric Pilote détient une maîtrise en Sciences de l’activité physique (Université Laval). Il est actuellement Conseiller en sport à la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Sport et Société est fier d’accueillir ce nouveau collaborateur.

LA CANDIDATURE

Un nouveau Président pour le Comité International Olympique
L’élection fut prévue lors de la 24e Session qui avait lieu à Prague (TCH). Au premier tour, étant donné que l’on comptabilisa les votes exprimés par écrit par les membres absents et qu’un grand nombre de ces membres partait manifestement du principe que Coubertin se laisserait tenter à accepter un nouveau mandat, et vota donc pour lui, aucun des candidats n’obtint une majorité suffisante (Lennartz 1994). Sur les 40 suffrages exprimés, les votes se répartirent comme suit : Henri de Baillet-Latour (BEL) 17 voix, Coubertin 11, Godefroy de Blonay (SUI) 6, Comte de Clary (FRA) 4, Marquis de Polignac (FRA) 1, et une voix nulle. Au deuxième tour, auquel ne pouvait bien évidemment participer que les membres présents, Baillet-Latour obtint 19 des 27 votes exprimés et fut élu le troisième président du CIO.

Dans ses « Mémoires Olympiques », Coubertin relate l’élection du nouveau président, et surtout, fait part des manigances orchestrées afin de garder un Français à la barre du CIO :

D’autre part, une ingérence du dehors absolument inattendue s’était produite à propos de l’élection du nouveau président du CIO. Il s’agissait d’empêcher la présidence de passer entre des mains non françaises et pour cela obtenir que je consente à la conserver jusqu’à l’année suivante, ce qui donnerait à la manœuvre le temps de se développer. Il eût été tout à fait déloyal de ma part de me prêter à de pareils agissements. Les membres de la Commission exécutive consultés […] se montrèrent catégoriques dans leur protestation. Au grand dîner suivi de réception donné le 27 mai […] le ministre me dit qu’il avait été prié d’intervenir à cet égard mais s’y était refusé, considérant qu’il eût été incorrect de sa part d’empiéter le moins du monde sur l’indépendance du CIO (Coubertin 1931).

Les Pays-Bas renoncent, la Suisse se porte volontaire
Il est important de se rappeler que lors de la 20e Session du CIO, en 1921, on adopta une motion à l’effet que le pays organisateur des Jeux Olympiques se voyait accorder un droit de priorité pour l’organisation, s’il le désirait, des Jeux d’hiver. Comme les Jeux Olympiques de 1928 allaient se tenir à Amsterdam, les Néerlandais cédèrent leur droit à l’organisation des Jeux d’hiver lors de la 22e Session du CIO, tenue à Rome, en 1923 (Lyberg 1989a). N’ayant pas le climat et les installations propices pour ce genre d’événement, il était évident que ces derniers allaient se retirer. De toute façon, à l’époque, bien peu de nations peuvent relever ce double défi.

Lors de la 25e Session du CIO, tenue à Lisbonne en 1926, le CNO suisse proposa la candidature de trois villes pour la tenue des 2es Jeux Olympiques d’hiver : Davos, Engelberg et Saint-Moritz. Il est à noter que le CNO suisse a fait cette proposition sans cependant donner de préavis à l’une des trois villes (Mayer1960). Saint-Moritz fut élue par 22 voix et 1 abstention. Elle remporta le vote notamment parce que c’était la meilleure station d’hiver et qu’elle possédait déjà plusieurs installations : entre autres, la fameuse piste de bobsleigh de la Cresta (site de la première course de bobsleigh de l’histoire) et la patinoire du renommé Hôtel Kulm. Pour l’époque, Saint-Moritz offrait au CIO plusieurs avantages intéressants : un terrain alpin idyllique, l’éclat de la haute société et une tradition de compétition hivernale de haut niveau (Saint-Sing 2004).

La ville de Saint-Moritz est depuis longtemps une station « dans le vent », chic, fréquentée par des personnages connus d’Europe et des Amériques. Il s’agit là de l’une des stations alpines les plus vieilles et les plus sélects d’Europe. C’est une destination touristique recherchée depuis plus de cinq cents ans. En effet, depuis le XVe siècle, on y fait des pèlerinages pour venir se baigner dans ses sources d’eau minérale.

À partir du XIXe siècle, Saint-Moritz devient mondialement populaire parce que les médecins de l’époque, croyant que l’air pur et le soleil des montagnes guérissaient la tuberculose (qui sévissait en Europe à cette époque), y établissent des cliniques de traitement. Ces cliniques attirèrent en particulier une clientèle américaine et britannique financièrement bien nantie. Découvrant le toboggan comme activité liée aux traitements de la maladie, ces visiteurs raffinèrent les engins, développèrent des pistes et commencèrent bientôt à organiser des courses. De cette façon, on développa le bobsleigh à quatre et à cinq ainsi que le skeleton.

Les 2es Jeux Olympiques d’hiver furent les premiers Jeux d’après-guerre à se tenir dans un pays qui ne faisait pas partie des pays Alliés victorieux. En fait, le CIO a délibérément choisi de sélectionner des pays neutres, la Suisse et les Pays-Bas, pour tenir les Jeux d’hiver et d’été de 1928. Cette sélection avait pour but de faire taire les critiques qui reprochaient au CIO, après que les trois dernières éditions des Jeux (été et hiver) eurent lieu en Belgique et en France, que l’organisation des Jeux était l’exclusivité des pays victorieux de la Grande Guerre (Saint-Sing 2004). Également, pour montrer la nouvelle voie de l’internationalisme que prenait le CIO, on réadmit l’Allemagne dans la famille olympique. La Belgique s’opposa très fortement au retour de l’Allemagne, mais ses protestations n’eurent aucun effet.

L’organisation
Une fois la candidature en poche, le Comité d’organisation suisse se dépêcha de finaliser les quelques détails qui manquaient, notamment la construction d’un pavillon pour 400 dignitaires et une estrade pouvant asseoir 5 000 spectateurs. Il est intéressant de noter que les Chambres fédérales accordèrent au Comité Olympique Suisse (COS) une subvention de 100 000 francs suisses (un peu plus de 19 000 $US au taux de 1928), dont 40 % était destiné à être versé aux fonds d’organisation des Jeux de Saint-Moritz et 60 % aux fonds suisse de participation aux Jeux de Saint-Moritz et d’Amsterdam (COS 1928a).

Bobsleigh et Skeleton (Walechinsky et Loucky 2009). Le temps chaud affecta également les épreuves de bobsleigh et l’on dû annuler deux des quatre manches prévues. Des rumeurs que des paris importants avaient été faits sur les résultats des courses circulaient, soulevant ainsi des préoccupations sur les risques potentiels de sabotage des engins. Le Comité d’organisation renforça donc la sécurité. Les Jeux d’hiver de

1928 furent la seule occasion où les pays eurent le choix d’aligner un équipage de quatre ou cinq personnes. Toutes les équipes participantes optèrent pour l’option de cinq personnes en raison des avantages que cela apportât notamment pour ce qui est du poids et de la poussée de départ. Les deux équipes américaines, pilotées par William Fiske et Jennison Heaton, remportèrent l’or et l’argent avec des engins qu’ils avaient baptisés « Hell » et « Satan ».

Jennison Heaton fit encore mieux dans l’épreuve du skeleton en remportant l’or. Son frère John remporta l’argent. Les deux frangins causèrent une surprise en reléguant en troisième place le favori, le Comte de Northesk (GBR).

Hockey sur glace (Wallechinsky et Loucky 2009). L’Amérique du Nord domina de nouveau le tournoi de hockey sur glace, et ce, même si les États-Unis étaient absents. L’équipe canadienne, représentée par les Toronto Graduates (une équipe d’anciens joueurs de l’Université de Toronto et championne canadienne senior de 1926), impressionne tellement au cours des séances d’entraînement, que les organisateurs et les représentants de la fédération internationale veulent éviter une compétition qui serait trop à sens unique. Après quelques réunions « fiévreuses » un règlement exceptionnel en ressort : en l’absence des Américains, l’équipe du Canada est directement qualifiée pour la ronde finale alors que toutes les autres formations sont réparties en trois sections dont les gagnants rencontreront enfin les Canadiens… Cette décision peut paraître quelque peu saugrenue à priori, mais fut justifiée, le fait étant que les Canadiens remporteront trois victoires décisives en marquant 38 buts et en n’en allouant aucun : 11 à 0 contre la Suède, 14 à 0 contre les Britanniques et 13 à 0 contre les Suisses.

Patinage artistique. Prévues à l’horaire vers la fin des Jeux, les épreuves de patinage artistique souffrirent également du foehn. La compétition des femmes débuta deux jours plus tard que prévu. La température redevenant d’un coup plus froide, la glace de la patinoire regela et fut déclarée « passable » et l’on put donc débuter l’épreuve. Ce fut sur une glace qui avait plutôt des allures d’un parcours d’obstacles, en raison d’une douzaine de petits drapeaux plantés pour marquer la présence de trous ou de fissures dans la glace, que les patineuses s’élancèrent. Ces dernières n’avaient pas d’autres choix que de les contourner en patinant (Phillips 1996).

Après avoir terminé au dernier rang à Chamonix quatre ans plus tôt, la Norvégienne Sonja Henie, âgée de 15 ans, éblouit tout le monde à Saint-Moritz et débute son ascension vers la gloire en remportant la première de ses trois médailles d’or olympiques consécutives. Vice-championne du monde après les Jeux d’hiver de Chamonix, elle décroche le titre suprême en 1927 à l’issue d’un jugement controversé… En 1927, les règles de l’ISU n’étaient pas encore des plus strictes et les juges pouvaient être plusieurs de la même nationalité. Or, il s’adonne que cette année-là, ils sont cinq : un Allemand, un Autrichien et trois Norvégiens. Henie est opposée à la championne olympique, l’Autrichienne Herma Planck-Szabo. On devine facilement le résultat : deux votes pour Planck-Szabo et trois votes pour Henie. Cette affaire ne fit pas trop de vague, mais ébranla suffisamment les instances internationales pour qu’elles réagissent en décidant que dorénavant, le jury comprendrait sept personnes, toutes de nationalité différente (Lyberg 1989a). La performance d’Henie à Saint-Moritz toucha profondément le public présent. En l’espace d’un an, elle a métamorphosé son patinage : « Il a atteint une dimension tellement supérieure que les spécialistes affirment qu’une nouvelle ère commence et que plus rien ne sera comme avant dans ce sport » (Lagorce et Parienté 1972). Elle est douée, son style est pur, son sens musical parfait, elle est gracieuse, mais ce n’est pas seulement grâce à ses qualités qu’elle creuse l’écart sur ses adversaires. C’est que toutes les qualités mentionnées plus haut sont soutenues par une formidable force musculaire, une qualité athlétique que les patineuses n’ont jamais eue jusqu’à présent. Cette force lui permet « d’en faire plus » que ses adversaires sans prendre le moindre risque (Lagorce et Parienté 1972).

Bien que le patinage artistique fût le seul sport accessible aux femmes lors des Jeux d’hiver, les représentants de la presse à Saint-Moritz focalisèrent leur attention sur les costumes révélateurs que portaient les patineuses, notamment les chandails moulants et les jupes assez courtes, plutôt que sur leurs qualités athlétiques. Bien malheureusement, on les présenta à la face du monde plutôt comme des objets de désir que comme des athlètes de calibre international (Saint-Sing 2004). Ce n’est pas d’hier qu’il y a de la controverse entourant les juges qui sont en fonction lors des épreuves olympiques de patinage artistique. À Saint-Moritz, Henie remporta l’or, l’Autrichienne Fritzi Burger l’argent et l’Américaine Beatrix Loughran le bronze. Le juge américain plaça Loughran en première place devant Henie, bien que cette dernière eût reçu six votes de première place de la part des autres juges, et le juge norvégien plaça Loughran en septième place. La controverse semblait suivre Henie partout où elle faisait glisser ses lames. Tout au long de sa carrière, elle due faire face à des rumeurs de corruption envers des juges pour acheter leurs votes et à d’autres irrégularités. On suspecta que son père utilisait sa fortune personnelle pour influencer les juges. Le statut d’amateur d’Henie fut maintes fois remis en cause par certaines personnes qui affirmaient qu’elle recevait de larges sommes d’argent pour participer à des compétitions. Ses détracteurs l’accusaient même d’être l’une des athlètes amateurs les mieux payées au monde (Saint-Sing 2004).

Patinage de vitesse (Wallechinsky et Loucky 2009). Au début du XXe siècle, le patinage de vitesse est l’un des rares sports d’hiver où les Américains prennent part à des compétitions de façon régulière. Étant donné que les règles européennes diffèrent des règles nord-américaines — aux États-Unis, tous les patineurs partent ensemble dans un même groupe, tandis qu’en Europe, on patine contre la montre par vague de deux — les Américains arrivent à Saint-Moritz deux mois avant le début des Jeux. La course du

10 000 mètres se déroule dans l’après-midi du 14 février. Dans l’une des vagues, l’Américain Irving Jaffee battit par un dixième de seconde le favori pour remporter l’épreuve, le Norvégien Bernt Evensen, s’assurant presque du même coup de la médaille d’or. Après que sept des dix vagues prévues furent complétées, le mercure grimpa soudainement. La condition de la glace, rendue exécrable par l’accroissement de la température, force les organisateurs suisses à arrêter l’épreuve. Étant donné que tous les meilleurs patineurs ont déjà pris le départ et que les compétiteurs restants ne sont pas de calibre à battre le temps de Jaffee, tout le monde croyait que ce dernier avait gagné. La Commission exécutive du CIO le déclara vainqueur, de même que les Scandinaves qui quittèrent Saint-Moritz et lui envoyèrent un télégramme de félicitations.

Cependant, douze heures plus tard, l’ISU renversa la décision du CIO et annula complètement l’épreuve. Les officiels américains déposèrent une plainte en bonne et due forme contre cette annulation. Le CIO se rangea du côté des Américains et décida que si l’épreuve ne pouvait pas être reprise, que Jaffee serait déclaré champion olympique. Cependant, le dégel de la glace et le départ des athlètes norvégiens vers

Oslo pour une compétition importante rendirent la reprise de l’épreuve impossible. L’ISU maintint donc l’annulation de l’épreuve. Les Américains, les autres patineurs présents, les correspondants des journaux européens et le CIO demandèrent tous à ce que la médaille d’or soit attribuée à Jaffee, mais sans résultat. L’ISU resta campé sur ses positions et ne bougea pas d’un iota. Bien que les résultats du 10 000 mètres soient connus et présentés dans certains volumes sur les Jeux Olympiques d’hiver, les historiens du sport considèrent généralement cette épreuve comme n’ayant jamais eu lieu.

L’affaire Jaffee ne fut qu’une des controverses qui envenima l’équipe de patinage américaine. Des conflits entre le président du CNO américain, le Général Douglas MacArthur, l’ISU et l’Amateur Skating Union sur la sélection de l’équipe, causèrent une certaine anxiété chez les athlètes américains. Et pour cause, l’équipe américaine de patinage ne fut officialisée que pendant la traversée de l’Atlantique en route vers l’Europe. Ces querelles internes ont également détruit tous les efforts pour mettre sur pied et envoyer une équipe américaine de hockey sur glace.

Saut à ski (Wallechinsky et Loucky 2009). Le désir de faire mieux et de se démarquer de la ville hôtesse de l’édition précédente des Jeux commença très tôt dans le cycle hivernal. La dénivellation de la toute nouvelle piste de saut à Saint-Moritz éclipsa celle de Chamonix. Avec une élévation de 94 mètres, c’était la piste de saut la plus élevée au monde, mais pas nécessairement la plus sécuritaire. Parce que la longueur de l’aire d’élan était de beaucoup supérieure par rapport à celle d’atterrissage, des questions de sécurité furent soulevées parmi les participants. Une telle piste est sécuritaire tant que les sauts ne dépassent pas 65 mètres et les Norvégiens demandèrent que l’aire d’élan soit diminuée. Ce qui fut fait, mais seulement d’un maigre trois mètres.

Le champion olympique défendant, le Norvégien Jacob Tullin Thams, assura son premier saut et fit un modeste bond de 56,5 mètres. Lorsqu’après avoir été nargué par les Suisses, qui affirmaient que celui-ci avait peur de la piste, il sauta et s’envola jusqu’à une distance de 73 mètres et battit le record du monde par un mètre. Cependant, il plana par-dessus l’aire de réception et atterrit directement sur le plat terminant ainsi son vol par une chute spectaculaire. Il fut immédiatement transporté à l’hôpital où l’on constata, avec grand étonnement et soulagement, qu’il n’avait aucune blessure grave et qu’il était juste sonné et couvert d’ecchymoses. Sa chute, lors de son incroyable bond, enleva toute chance de médaille à Tullin Thams qui termina au 28e rang. La mauvaise conception du saut à Saint-Moritz amena la FIS à restreindre la hauteur des tremplins afin de protéger les sauteurs, ainsi que la réputation du sport.

Ski de fond. Le jour du départ de la course du 50 km, le 14 février à 8 h 00, le thermomètre indique 0 °C. Peu à peu, le temps se réchauffe, si bien qu’en quelques heures, le mercure monte jusqu’à 25 °C ! Sous cette chaleur, la neige a vite changé de nature et les skis des participants ne sont plus fartés comme il le faudrait. La neige se transforme en une sorte de boue qui crée un stress aérobie presque intolérable lorsqu’on tente de skier à la même cadence qu’à l’habitude. Dans les passages exposés au soleil, on patauge carrément dans l’eau. Sur les 41 participants, beaucoup s’arrêtent parce qu’ils sont épuisés. D’autres les imitent parce qu’ils ont brusquement conscience de pratiquer un sport différent de celui pour lequel ils s’étaient entraînés (Lagorce et Parienté 1972). Un concurrent sur quatre abandonne. D’autres s’arrêtent pour récupérer ou se dévêtir un peu. En tête du peloton, trois Suédois pataugent vers la gloire olympique sur ces difficiles sentiers. Contrairement aux autres équipes, les Suédois transportaient de la cire supplémentaire dans l’éventualité d’un changement de température et de condition de la neige. Ils s’arrêtèrent deux fois pour cirer leurs skis. C’est Per Erik Hedlun qui finalement remportera la course en un temps 4 heures 52 minutes avec plus de 13 minutes d’avance sur son plus proche poursuivant. Cette marge entre le premier et le second n’a jamais été égalée depuis. Ce qui est ahurissant, c’est que Hedlun a mis 1 heure et 8 minutes de plus pour parcourir la même distance que le gagnant aux Jeux de Chamonix quatre ans auparavant. Ce chrono montre bien dans quel état se trouvait la piste. Certains concurrents passeront la ligne d’arrivée au bout d’un calvaire de presque sept heures ! Il est un fait intéressant à noter, c’est que Hedlund est vêtu d’un uniforme blanc (probablement pour se préserver de la chaleur) et d’une tuque rouge plutôt que de l’uniforme bleu traditionnellement porté par l’équipe suédoise. Pour honorer la victoire et l’exploit de Hedlund, l’équipe suédoise portera l’uniforme blanc et la tuque rouge lors des compétitions olympiques de 1928 à 1976 (Saint-Sing 2004, Wallechinsky et Loucky 2009).

La course est à peine finie qu’il se met à pleuvoir à boire debout. Une pluie comme on en a rarement vu dans la région. Elle dure 24 heures sans arrêt. C’est un désastre pour le Comité d’organisation qui décide, en séance extraordinaire, d’annuler les épreuves prévues pour le 15 février et de renvoyer la suite au premier beau jour ou retour du froid. On se demandera, gagné par le désespoir, si on ne devrait pas songer à annuler les Jeux Olympiques d’hiver lorsque, dans la soirée du 15, le temps change drastiquement et le froid revient s’installer en trombe. Pendant toute la nuit, les Suisses vont travailler comme des galériens pour remettre les installations en état. Ils y parviendront par un miracle d’énergie.

 

Malgré la température, le nouveau président élu du CIO, Henri de Baillet-Latour, déclare les Jeux d’hiver de Saint-Moritz comme étant un succès. Les installations, le paysage enchanteur, l’hospitalité et l’efficacité des Suisses, et le grand nombre de spectateurs qui ont assisté aux épreuves ont prouvé au CIO que Saint-Moritz était réellement un site olympique de haut calibre. Sans aucun doute que cela a pesé dans la balance lorsque Saint-Moritz fut élue de nouveau comme ville hôtesse des Jeux d’hiver de 1948.

Le Comité Olympique Suisse, dans le Rapport officiel des 2es Jeux Olympiques d’hiver, résume bien les causes des principaux problèmes qu’il a connus lors de l’organisation :

Sans relever ici les divergences que nous avons pu observer entre les pouvoirs sportifs qui sont entrés en activité lors des Jeux Olympiques d’hiver, nous signalerons que toutes les difficultés qui ont surgi proviennent de trois seules causes : 1° de l’ignorance par les fédérations internationales intéressées des règlements régissant les Jeux Olympiques ; 2° de la mauvaise organisation intérieure de certaines de ces fédérations internationales et 3° d’un contact imparfait entre les pouvoirs olympiques internationaux et les fédérations sportives internationales.

Il est de toute urgence que les fédérations de sports de neige et de glace mettent leurs règlements en concordance avec ceux des Jeux Olympiques, comme l’ont déjà fait les autres fédérations sportives participant aux Jeux Olympiques du cycle d’été.

Les divergences d’ordre technique et découlant de l’imprécision des règlements des fédérations sportives internationales ne peuvent pas être imputées à un comité d’organisation (COS 1928a).

Les 2es Jeux Olympiques d’hiver de 1928 à Saint-Moritz ont révélé que les mêmes problèmes qui affligent les Jeux Olympiques seraient des sources de controverses lors de l’édition hivernale des Jeux. Les problèmes avec les juges et l’application des règlements, les guerres intestines entre le CIO, les CNO et les Fédérations Internationales, les batailles sur la définition de l’amateurisme, les critiques sur les conditions météorologiques et l’hospitalité des villes hôtesses, le combat acharné pour le contrôle des relations avec les médias et le nationalisme rampant vont venir envenimer autant les Jeux Olympiques d’été que d’hiver (Saint-Sing 2004).

 

Lors des 2es Jeux Olympiques d’hiver, le Canada a engagé 22 athlètes (20 hommes et 2 femmes) dans dix des quatorze épreuves au programme (incluant les sports en démonstration). Il n’y avait aucun représentant du Québec à ces 2es Jeux d’hiver.

Le Canada termina au sixième rang du classement des nations. Ce classement fut effectué par le Comité d’organisation selon un système de pointage qui accordait 6 points à une médaille d’or, 5 à une médaille d’argent, 4 à une médaille de bronze, 3 à une 4e place, 2 à une 5e place et 1 à une 6e place (COS 1928b). Si on ne tient compte que des médailles remportées, le Canada se classe alors au cinquième rang des nations participantes.

Il y a eu une augmentation de 71 % du nombre d’engagés canadiens si l’on compare avec Chamonix en 1924. Une fois encore, la performance canadienne la plus marquante de ces Jeux fut la troisième médaille d’or consécutive remportée en hockey sur glace.

Comité Olympique Suisse (1928a). Rapport Général du Comité Exécutif des IImes Jeux Olympiques d’hiver et Documents Officiels Divers. Lausanne : Comité Exécutif des IImes Jeux Olympiques d’hiver, 48 p.

Coubertin P (1931). Mémoires olympiques. Lausanne: Bureau international de pédagogie sportive, 166-168. 200-201. Réimpression par les Éditions Revue EPS, 1996.

Lagorce G, Parienté R (1972). La fabuleuse histoire des Jeux Olympiques. Paris : Éditions O.D.I.L., 541-560, 567-633.

Lennartz K (1994). La présidence de Henri de Baillet-Latour (1925-1942). Dans : Gafner R (Éd.) Un siècle du Comité International Olympique. L’Idée – Les Présidents – L’Oeuvre. Lausanne : CIO, Tome I : 210-211, 238-240, 269-271, 274-280.

Lyberg W (1989a). The IOC Sessions, 1894-1955. Lausanne: International Olympic Committee, 318 p.

Mayer O (1960). À travers les anneaux olympiques. Genève : Pierre Cailler Éditeur, 330 p.

Phillips E (1996). The VIII Olympiad : Paris 1924 – St-Moritz 1928. The Olympic Century, Vol. 8. Los Angeles : World Sport Research & Publications, 128-172.

Saint-Sing S (2004). St-Moritz 1928. Dans : Findling JE, Pelle KD (Éds.) Encyclopedia of the Modern Olympic Movement. Westport, CT : Greenwood Press, 289-296.

Wallechinsky D, Loucky J (2009). The Complete Book of the Winter Olympics: The Vancouver Edition – Vancouver 2010. Vancouver : Greystone Books, 322 p.

Photo:
L’équipe canadienne de hockey aux Jeux de 1928.
Source: olympic.ca

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