Les 3es Jeux Olympiques d’hiver:
1932 – Lake Placid – É-U

28 janvier 2018

Éric Pilote détient une maîtrise en Sciences de l’activité physique (Université Laval). Il est actuellement Conseiller en sport à la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Sport et Société est fier d’accueillir ce nouveau collaborateur.

La candidature
La ville de Los Angeles étant l’organisatrice des Jeux Olympiques de 1932, les États-Unis se sont donc prévalus de leur droit d’organiser les 3es Jeux Olympiques d’hiver. Lors de la Session tenue pendant les Jeux d’Amsterdam de 1928, le Président du CIO, le comte Baillet-Latour, adressa au Comité d’organisation des Jeux Olympiques de 1932 à Los Angeles une invitation à désigner avant le 1er janvier 1929 les villes candidates pour l’organisation des Jeux d’hiver de 1932. Le fait que Baillet-Latour ait envoyé sa requête au Comité d’organisation des Jeux et non pas, au CNO des États-Unis ou aux membres du CIO dans ce pays, prouve à quel point le CIO envisageait les Jeux Olympiques et les Jeux d’hiver comme une unité (Lennartz 1994, Lyberg 1989a).

En avril 1929, lors de la 28Session, le CIO se trouve en présence de neuf candidatures à l’organisation des 3es Jeux d’hiver : Bear Mountain (Californie), Denver (Colorado), Duluth (Minnesota), Lake Placid (New York), Lake Tahoe (Californie), Minneapolis (Minnesota), Yosemite Mountain 1 (Californie), Yosemite Mountain 2 (Californie) et Montréal (Canada). La question de savoir si la candidature présentée par la ville canadienne était recevable entraîna une discussion dans laquelle Baillet‑Latour fit une assez longue intervention pour exposer son attitude de refus, en se référant à l’évolution historique depuis Anvers et surtout à la Charte olympique. Toutefois, certains membres du CIO donnèrent la préférence à Montréal parce qu’ils ne croyaient pas les villes américaines capables de mener à bien l’organisation. Il faut noter que le membre du CIO en Norvège, Thomas Fearnley, déclara qu’au cas où ces villes ne seraient effectivement pas en mesure d’organiser les Jeux d’hiver, son pays (plus précisément la ville d’Oslo) serait prêt à sauter dans la brèche (Lyberg 1989). Par contre, Sigfrid Edström se prononça pour Lake Placid et fit référence aux vingt-cinq ans d’expérience que ce village de la ville de North Elba avait dans l’organisation d’épreuves de sports d’hiver. Étant donné que ce lieu se trouvait en outre sur la côte Est, ce qui rendait le voyage pour les Européens moins long, les fédérations avaient également voté en sa faveur (Lunzenfichter 2010). Le représentant de Lake Placid, Godfrey Dewey, qui avait entrepris dès 1928 un long voyage d’études dans les stations européennes de sports d’hiver (Burgess 2012), promit la construction d’une piste de skeleton et des prix de nuitées (pour les membres de la famille olympique également) qui ne dépasseraient pas ceux de Saint-Moritz (Lennartz 1994). Les représentants de Lake Placid durent également donner des garanties financières suffisantes quant aux exigences du CIO, ce qui fut évidemment une formalité, car l’année précédente le gouverneur de l’État de New York, Franklin D. Roosevelt, avait réussi à convaincre le corps législatif d’endosser le projet de candidature et d’autoriser un financement partiel (Fea 2004, Paul 1975).

Cependant, la candidature de Lake Placid avait certains facteurs particuliers et singuliers qui jouaient en sa défaveur (Allen 2008). Le village en tant que tel était dominé par le « très élitique et raciste » Lake Placid Club, et lorsque Dewey parlait de Lake Placid, il parlait en réalité du « Club » (Allen 2008). Sauf que ce Club n’était pas un club sportif, encore moins un club de ski, mais bien un club social pour l’élite bourgeoise de la région. Également, le village était relié à une poignée d’autres bourgades par un maigre système routier et par une voie ferrée. Malgré cela, le village de Lake Placid fut désigné à l’unanimité des 24 membres du CIO présents, et ce, malgré de vives protestations de la part de la délégation californienne qui désirait avoir dans sa cour, la même année, les Jeux d’été et d’hiver.

Un des membres du California Olympic Games Committee, William Humphrey, déclara que c’était un « scandale » que le village de Lake Placid soit choisi pour tenir les Jeux d’hiver plutôt que Yosemite. Cependant, ce fut un choix sensé de la part du CIO car la Californie a deux problèmes : 1) depuis quelques années, le mot « neige » a systématiquement été retiré de toutes les publicités de l’État « du soleil et des roses », et 2) il n’y a aucune région de l’État qui a de l’expérience dans l’organisation de compétitions de ski de fond ou de saut à ski (Allen 2008). Il n’y a pas que le Comité d’organisation californien qui est contre l’idée de tenir les Jeux d’hiver à Lake Placid : les membres de la Fédération Internationale de Ski (FIS) sont loin d’être enthousiastes par cette décision. En fait, ils sont contre l’organisation des Jeux d’hiver aux États-Unis tout simplement parce qu’ils n’ont pas confiance en la capacité des Américains de préparer un parcours de ski de fond adéquat et des tremplins de sauts à ski qui répondent aux normes techniques. Le président de la FIS, le Suédois Ivar Holmquist, ira même jusqu’à dire que « ni les États‑Unis, ni le Canada n’ont les compétences nécessaires pour organiser les compétitions de ski » (Allen 2008).

L’organisation
Dès que la décision du CIO fut rendue, le village de Lake Placid et l’État de New York se mirent immédiatement au travail. Le Gouverneur Roosevelt trouva les fonds nécessaires pour mettre temporairement sur pied une commission d’État responsable du dossier des Jeux d’hiver.

Le Comité d’organisation des Jeux de Lake Placid (LPOC) estima qu’il devait se préparer à accueillir 600 participants provenant de 25 nations (sur les 65 invitées), ainsi qu’en moyenne 8 000 spectateurs par jour. Des 8 000 chambres dites disponibles, 1 000 d’entre elles se trouvent à Montréal (à trois heures et demie de train), 1 000 à une distance de route raisonnable (pour ce que ça veut dire dans cette région…), un autre 1 000 à Saranac Lake, 1 000 de plus dans des wagons « Pullman » en bordure de la voie ferrée. Le Lake Placid Club garantit un autre 1 500 lits et le reste est comblé au village lui-même (III OGC 1932).

Les principaux sites devant être construits se limitaient à une piste de bobsleigh et un stade, où auraient lieu les cérémonies d’ouverture et de clôture, le patinage de vitesse et le hockey sur glace. Le Conseil législatif de l’État de New York a d’ailleurs approuvé une loi qui a permis l’octroi d’une somme de  125 000 $ pour la construction de la piste de bobsleigh sur un terrain appartenant au Lake Placid Club et généreusement offert en donation. L’Aréna Olympique fut construit en seulement cinq mois à un coût de 225 000 $.

Le seul problème « majeur » rencontré par le LPOC lors de l’organisation des Jeux fut que les lois new-yorkaises interdisaient de couper des arbres dans les forêts des Adirondacks. La construction de la piste de bobsleigh violait donc directement les lois de l’État puisqu’elle nécessitait l’abattage d’environ 2 500 arbres. Des protestations de la part de groupes pour la protection de l’environnement forcèrent le LPOC à demander au Gouverneur Roosevelt si un amendement de la constitution était possible. Après de chaudes discussions en assemblée, les factions environnementalistes furent apaisées et la construction de la piste pu débuter (Fea 2004).

La construction de la piste de skeleton se révéla plus onéreuse que prévu, et, comme il parut en outre incertain que les inscriptions nécessaires arriveraient du fait du peu de popularité de cette épreuve (même chez les Européens), la 29Session du CIO à Berlin en 1930 supprima sans autre forme de procès le skeleton du programme de Lake Placid (Lennartz 1994, Lyberg 1989a). Mais cela n’empêcha pas Godfrey Dewey et le président de la Fédération internationale de bobsleigh et de tobogganning (FIBT), le Comte Renaud de la Frégolière, de mener une guerre de pouvoir en lien avec la construction de la piste de bobsleigh (Renson et Ameye, 2012).

Comme promis, on offrit du logement à un prix raisonnable. Le LPOC signa des ententes avec les hôtels et les propriétaires de chalets de Lake Placid afin de garantir un prix maximum journalier entre 3 $ et 7 $ US (Burgess 2012). Le LPOC prit à sa charge une partie des frais reliés à l’hébergement dans le but d’attirer un maximum de participants malgré la crise économique (Lattimer 1932).

Le LPOC fut également victime de Mère Nature. Le village ne reçut aucune chute de neige durant les deux mois précédents les Jeux. De plus, une vague de chaleur inhabituelle frappa New York à la mi‑janvier. Le mercure grimpa jusqu’à 10 ºC entraînant le dégel de la glace, forçant ainsi l’annulation des entraînements de l’équipe américaine de bobsleigh et de quelques équipes de ski de fond et de saut à ski. Deux semaines avant le début des Jeux, la commission technique de la FIS demanda au Comité d’organisation de trouver des sites de réserve pour les épreuves, ce que Godfrey Dewey refusa catégoriquement. Ce dernier fut cependant outré lorsque l’équipe suédoise de saut à ski quitta pour aller s’entraîner en Outaouais à Lucerne-en-Québec (complexe sportif et récréatif créé en 1929 et mieux connu aujourd’hui sous le nom du Château Montebello et de la Pourvoirie Kenauk) et l’équipe norvégienne au Ski Club Norge de Chicago. Heureusement, la température chuta quelques jours plus tard et une tempête déversa quinze centimètres de neige sur le village.

Mis à part les problèmes de protection de l’environnement et de température, aucune controverse politique ne vint marquer l’organisation des Jeux.

Bobsleigh (Wallechinsky et Loucky 2009). En bobsleigh à deux, nouvelle épreuve au programme olympique, les équipes américaines remportent deux médailles sur trois (or et bronze) en utilisant une tactique qui est aujourd’hui illégale, mais qui à l’époque était inhabituelle mais tout de même acceptable. Les lames des engins américains ne sont pas rondes mais en V comme celles des hockeyeurs et on les chauffe pendant vingt-cinq minutes à l’aide d’un chalumeau. La glisse s’en trouve ainsi grandement améliorée mais, en contrepartie, cela abîme la glace et l’on doit refaire la piste après chacun de leur passage. Après ces Jeux, le « dopage » à la chaleur sera interdit par la Fédération Internationale de Bobsleigh et de Tobogganing.

En raison des conditions météorologiques trop clémentes, les épreuves de bobsleigh à quatre furent reportées et eurent lieu deux jours après la Cérémonie de clôture des Jeux. L’équipe championne de bobsleigh à quatre des Jeux d’hiver 1932 était remarquable sur bien des points. Même si après les Jeux ils ne coururent plus jamais ensemble, chacun des membres de l’équipe était une vedette à sa façon :

  • Billy Fiske (pilote) : prodige du bobsleigh, à l’âge de 16 ans il mena les États-Unis à leur première médaille d’or olympique dans ce sport lors des Jeux d’hiver de 1928 à Saint-Moritz.
  • Edward Eagan : seul athlète à détenir un titre olympique aux Jeux Olympiques d’été (à la boxe à Anvers 1920) et d’hiver. À sa mort, il fut inhumé avec ses deux médailles.
  • Jay O’Brien : devint le grand patron du bobsleigh aux États-Unis.
  • Clifford « Tippy » Gray : compositeur de plus de 3 000 chansons. Homme discret et modeste, ses enfants ne surent qu’après sa mort qu’il avait été champion olympique à deux reprises.

Ironie du sort, à partir de 1940, Fiske, O’Brien et Gray décédèrent tous les trois en l’espace d’un an. Le seul qui survécut à la maladie et à la Deuxième Guerre mondiale fut Eddie Eagan, qui mourut en 1967.

Hockey sur glace. Au départ, on prévoyait un nombre record d’équipes pour le tournoi de hockey olympique. Mais la crise économique mondiale réduisit à quatre les participants : Canada, Pologne, Allemagne et États-Unis. On invita deux autres équipes pour étoffer le programme : l’Université McGill et le Lake Placid Athletic Club. Cependant, les matchs contre les équipes invitées ne comptaient pas dans le classement final et n’étaient que de simples parties d’exhibition.

La compétition, qui se déroule à moitié à l’extérieur et à moitié à l’intérieur, est complètement dévaluée. Dans un tournoi à double ronde, la Pologne perd tous ses matchs; l’Allemagne gagne deux fois contre la Pologne dont un match dans une véritable tempête de neige. Le Canada (représenté par le Winnipeg Hockey Club, champion canadien senior de 1931) gagne ces cinq premiers matchs, dont une victoire de 2 à 1 sur les Américains. Une victoire ou un match nul dans son second match contre les États-Unis assurerait la première place au Canada, par contre, une défaite des Canadiens et un troisième match serait nécessaire. La marque est de 2 à 2 à la fin du temps réglementaire. Après trois périodes de prolongation sans but, le Canada fut déclaré vainqueur.

Patinage artistique. Les mauvaises langues diront que « pour vivre heureux à Lake Placid, il faut vivre caché ». Les épreuves de patinage artistique, qui se déroulent à l’intérieur, n’ont pas subi les aléas des conditions météorologiques. Sonja Henie est devenue une grande vedette. Toujours aussi gracieuse, elle maîtrise totalement sa technique et possède des années d’avance sur toutes ses adversaires. Pour le concours féminin, plus une place n’est libre et les billets d’entrée se vendent très cher sur le marché noir. La prestation éblouissante de Sonja Henie vient mettre un baume sur les Jeux de Lake Placid et permet d’éviter un « fiasco sportif » total. Henie remporta sans équivoque son deuxième titre olympique d’affilée, les sept juges lui accordant chacun la première place.

Patinage de vitesse. Dès la première épreuve des Jeux, les caprices de Dame Nature ont empêché les athlètes favoris de fonctionner comme à l’habitude. On peut aussi ajouter à tout ce lot d’infortunes, l’arrogance des Américains, notamment dans les épreuves de patinage de vitesse.

Depuis que le patinage de vitesse est codifié, c’est-à-dire depuis 1888, les compétitions se déroulent par groupe de deux concurrents, chacun restant dans son couloir, et courant contre la montre. Mais ces règles internationales ne seront pas en vigueur lors de ces Jeux, pas aux États-Unis, car on utilise ici les « Règles Nord-Américaines ». Par déférence pour les organisateurs américains, l’ISU accepta, lors de son Congrès de 1931, la demande de conduire les épreuves selon une série de nouvelles règles copiées sur les courses de demi-fond en athlétisme : départ en ligne de cinq, six ou huit concurrents, qualifications et finale. Si cela peut se concevoir en athlétisme où l’allure est relativement lente, en patinage, adopter un tel procédé c’est dénaturer le sport (Fea 2004). L’ISU accéda à cette demande notamment en raison que les Championnats du monde, qui devaient avoir lieu sur la même glace quelques semaines plus tard, suivraient les règles internationales (Paul 1975). Pour leur part, les organisateurs étaient d’avis qu’un départ de masse était plus spectaculaire et permettait à tous les patineurs de profiter de la même qualité de glace (Fea 2004).

Le grand champion olympique de l’époque et quadruple médaillé d’or, le Finlandais Clas Thunberg, refuse net de participer aux Jeux si on ne revient pas aux règles habituelles. Rien ne fait changer d’avis les organisateurs et Thunberg déclare donc forfait.

Grâce à ces nouvelles règles, le patinage de vitesse « à l’américaine » devient un sport de contact et non plus une course. Les Américains et les Canadiens, habitués à ce genre de mêlées où l’on joue du coude, font le ménage à chaque départ. Beaucoup de favoris des pays européens sont éliminés dès les qualifications. Les représentants de l’Amérique du Nord raflent dix des douze médailles en jeu.

L’épreuve du 10 000 mètres en sera une pour les annales. Les Finlandais, les Norvégiens et les Suédois décidèrent à la dernière minute de participer ou non. Finalement, les officiels américains promirent des aménagements et tous prirent le départ de la dernière course. Et quelle course! Cette fois-ci, les officiels américains disqualifient à tour de bras durant les qualifications. Après la première vague, le gagnant Alex Hurd (CAN) ainsi que Edwin Wedge (USA) et Shozo Ishihara (JPN), furent disqualifiés pour ne pas avoir respecté l’une des règles spécifiques en vigueur lors des départs en groupe, c’est-à-dire de faire chacun sa part pour mener le peloton et fixer le tempo de la course (Saint-Sing 2004, Wallechinsky et Loucky 2009). Les deux premiers restèrent trop longtemps en position de tête et le troisième pas assez. Le meilleur espoir canadien de la distance, Franck Stack, fut également disqualifié pour interférence à la suite d’une protestation du Norvégien Bernt Evensen. À la suite de la disqualification de deux de ses patineurs, c’est toute la délégation canadienne qui menace de se retirer des Jeux. Le président du CNO canadien, Partick J. Mulqueen, qui est l’un des neuf chronométreurs lors des épreuves de patinage de vitesse, loge immédiatement un protêt. Après plusieurs discussions, délibérations, menaces et négociations, on décide donc de faire recourir les deux séries de qualifications le lendemain. Les mêmes huit patineurs qui s’étaient classés la veille se qualifient de nouveau pour la finale. La course finale fut lente et tactique, les huit coureurs patinant ensemble en peloton jusqu’au dernier tour et terminant par un sprint. Irving Jaffee (USA) gagna le sprint final par cinq verges, mais la course fut tellement serrée que seulement deux verges séparaient la seconde de la sixième place.

Jamais il n’y a eu, ni avant ni après cet incident, autant de discussions, de querelles et de controverses entourant une épreuve de patinage de vitesse aux Jeux Olympiques d’hiver. Pourquoi cela est-il arrivé? Il n’y a pas de réponse unique à cette question, mais on peut néanmoins pointer une série de facteurs (Widlund 2003) :

  • la mise en application du règlement de départ de masse;
  • le non-respect des règles de la part des patineurs;
  • le non-renforcement des règles de la part des officiels;
  • l’autorité supérieure, l’Arbitre, a été faible, partiale et vulnérable aux pressions;
  • aucun jury d’appel;
  • les délégués techniques provenaient tous du patinage artistique;
  • aucun officiel de l’ISU avec assez d’autorité et de sens des responsabilités n’était présent;
  • le président du CIO n’est pas intervenu directement.

Lors des Jeux d’hiver de 1932, ce fut la première et la dernière fois où l’on a utilisé le départ de masse en compétition internationale. Lors du Congrès de l’ISU, en 1933, on annula la décision prise en 1931 et on abolit le règlement du départ de masse (Widlund 2003). Il est intéressant de noter que le Rapport officiel des 3es Jeux Olympiques d’hiver ne fait aucune mention de toutes les discussions et négociations qui ont eu lieu autour des épreuves de patinage de vitesse. La description officielle est très simple et tend plutôt à masquer toute l’affaire que d’informer sur ce qui s’est réellement produit.

Dans les sports en démonstration, on présente pour la première fois trois épreuves féminines en patinage de vitesse (500 m, 1 000 m, 1 500 m). Seuls le Canada et les États-Unis alignent des participantes. Ces dernières rivalisent d’audace, mais n’éclipsent point la renommée des Norvégiennes et des Finlandaises, absentes. Leur brio et leurs efforts ne convainquent point de l’utilité de cette discipline lors des compétitions olympiques (III OGC 1930). L’entrée officielle au programme olympique des épreuves féminines en patinage de vitesse ne se fera donc que beaucoup plus tard (en 1960), après des demandes répétées de la part des Comités Nationaux Olympiques (Gueorguiev 1995).

Saut à ski. La veille de l’épreuve de saut, il a plu énormément. C’est un désastre, voire une catastrophe pour les organisateurs. Même si la pluie a cessé durant la nuit et que le froid est revenu, l’aire de réception est transformée en piscine. Il reste d’énormes flaques d’eau que les concurrents ne peuvent éviter. Le spectacle est paradoxal : « les athlètes s’élèvent dans le ciel bleu, se reçoivent avec élégance, glissent à toute vitesse et pénètrent dans l’une des mares; en perte de vitesse ils finissent par tomber. Alors on voit soudain les « hommes volants » se relever ébouriffés, piteux, trempés, frigorifiés, empêtrés dans leurs skis devenus inutiles, attendre en groupe, dans le vent froid, le bon vouloir des officiels pour le second essai » (Lagorce et Parienté 1972).

Une confusion dans l’attribution des points causa un délai de quatre heures dans l’annonce des médaillés. En effet, le Norvégien Birger Ruud, qui semblait se diriger vers une victoire sans équivoque, est abasourdi lorsqu’on annonce que c’est son compatriote Hans Beck qui mérite l’or. C’est le frère de Birger, Sigmund Ruud, qui démêlera l’énigme. Celui-ci ayant été largement surnoté pour ces sauts, les juges s’aperçoivent vite qu’ils se sont tout bonnement trompés de Ruud. Birger retrouve sa médaille d’or en devançant Beck par 1,1 point.

Ski de fond (Wallechinsky et Loucky 2009). À Lake Placid, il a fait très beau, trop beau même. La couche de neige a fondu tranquillement sur la piste. Des montagnes de neige ont du être amenées et réparties tout le long du parcours. Le départ est donné à sept kilomètres de Lake Placid, la moindre trace de neige ayant disparu aux abords immédiats du village. Le parcours de l’épreuve du 50 km est modifié et ramené à une boucle de 25 km que les compétiteurs doivent compléter deux fois. La course a lieu dans une tempête de vent d’une violence inouïe. Le départ fut retardé de trois heures au cours desquelles les participants et les officiels argumentèrent sur l’état du parcours. Dès le début de la course, deux Finlandais s’échappent. Mais bientôt, leurs skis commencent à rouler dans les cailloux qui apparaissent sous la neige fondue. Plus la course avance, plus les choses se gâtent : les participants doivent traverser de véritables fondrières sans neige où l’usage des skis n’est plus un avantage, mais un inconvénient. Les skieurs tombent, se blessent sur les arêtes des rochers découverts par la fonte des neiges, saignent et déchirent leurs vêtements. Veli Saarinen (FIN) arrive le premier avec 20 secondes d’avance sur son compatriote Väinö Likkanen. Le temps du vainqueur est certes meilleur que celui du vainqueur des Jeux de Saint-Moritz quatre ans auparavant, mais il demeure supérieur de 44 minutes à celui du Norvégien Haug, vainqueur en 1924 à Chamonix.

Le rapport financier des Jeux indique que le coût total de l’organisation s’élève à 1 189 635 $US avec des attributions de compensation de 600 000 $US de l’État de New York, de 50 000 $US du Comté d’Essex et la mise en circulation par la Ville de North Elba d’obligations pour 250 000 $US. Les résidents de Lake Placid mirent environ trente ans pour payer leur dette olympique (Burgess 2012). En ces temps économiques difficiles, l’affluence des spectateurs n’a pas été énorme. La recette des entrées pour les 3es Jeux d’hiver s’élevait à un peu plus de 93 400 $US (Lattimer 1932). La seule épreuve qui affichait complet (5 000 personnes) était la finale du patinage artistique féminin avec Sonja Henie. Les dépenses les plus élevées furent pour la construction de la piste de bobsleigh (244 000 $) et du stade olympique (156 000 $).

La simplicité des Jeux de Lake Placid n’a pas permis de polir l’image internationale des Jeux Olympiques d’hiver. Cependant, pour les organisateurs, les 3es Jeux d’hiver se sont avérés être le catalyseur des sports d’hiver aux États-Unis en général, et ont permis à la communauté de Lake Placid de s’établir comme étant l’un des meilleurs centres mondiaux pour les sports d’hiver. Aucune communauté aux États-Unis n’a été le théâtre de plus de championnats nationaux et internationaux depuis 1925.

Dans le Rapport officiel des Jeux, on peut lire en conclusion :

May other resorts rally around the standard which we have carried for three years to the best of our collective abilities. May Winter Sports come to stand primarily not for the enervating relaxations of warmer climes, but rather for those sports which winter alone makes possible, especially the sports on the Olympic program [. . .] May the development of these sports and the facilities necessary for their enjoyment continue in the years ahead to the advantage of those communities sponsoring them and to the better health of a great nation.

It is our hope than thru the holding of the III Olympic Winter Games of 1932 in the United States the general interest and participation in Winter Sports on this side of the Atlantic will be set forward by at least a decade, if not a generation (Lattimer 1932).

De plus, le president du CIO, Henri de Baillet-Latour, fera le commentaire suivant:

Before leaving America I wish to congratulate you on the success of the III Olympic Winter Games. Altho (sic) weather conditions and the extraordinary economic situation rendered your task extremely difficult […] I feel that I may say, and speak conservatively when I say it, that European nations that participated in the III Olympic Winter Games were more than pleased at the plans made for staging the Games in Lake Placid, facilities for the conduct of sports, and other arrangements such as housing, feeding, and transportation that made the stay of your international visitors one that they will long remember (Lattimer 1932).

Cependant, le rapport du président de la commission technique du ski au président de la FIS était d’une tout autre saveur. Bien qu’il revenait sur la mauvaise temperature et la dépression économique, la commission trouvait à redire « sur tous les aspects » de l’organisation (Allen 2004).

Le Canada a inscrit 89 athlètes dans les épreuves des 3es Jeux d’hiver (incluant les épreuves en démonstration).

Bien que certains noms de participants mentionnés dans le Rapport officiel des Jeux ont une connotation québécoise, il est impossible d’affirmer avec certitude que ces participants sont bien natifs de la province de Québec. Cependant, le Montréalais Léopold Sylvestre, a participé à l’épreuve du 500 mètres en patinage de vitesse.

Il y a eu également des Québécois qui ont participé dans les épreuves de démonstration :

  • Raymond Pouliot, Course de traîneaux à chien, 6e position;
  • Albert McClaren, John Leonard, Howard T. Stewart et William-Skip Brown, Curling, 3e.

Au classement « non officiel » des nations effectué par les représentants de la presse, où l’on accorde 10 points à une médaille d’or, 5 à une d’argent, 4 pour une de bronze, 3 pour une 4e place, 2 pour une 5e place et 1 pour une 6e place, le Canada arrive au troisième rang. Le Canada arrive au même rang si on fait le classement selon le nombre des six premières positions obtenues (Lattimer 1932).

La performance canadienne la plus marquante de ces Jeux est sans contredit les cinq médailles (1 argent et 4 bronzes) remportées en patinage de vitesse. Le moins qu’on puisse dire c’est que le départ de masse a avantagé les Nord-Américains, puisqu’ils ont raflé 83 % des médailles en jeu. Mentionnons également la quatrième médaille d’or d’affilée remportée en hockey sur glace et la médaille de bronze de Montgomery Wilson en patinage artistique (la première médaille olympique du Canada dans ce sport).

 

III Olympic Games Committee (1930). Report of the III Olympic Games Committee, Lake Placid 1932 at the Quadrennial Meeting of the American Olympic Association, Washington, 3, 6.

Allen EJB (2008). The Failure of the First Global Winter Olympics : Skiing at Lake Placid 1932. Journal of Olympic History, 16(4), 25-30.

Burgess M (2012). A Long Shot to Glory : How Lake Placid Saved the Winter Olympics and Restored the Nation’s Pride. Indianapolis : Dog Ear Publishing, 155 p.

Fea J (2004). Lake Placid 1932. Dans : Findling  JE, Pelle  KD (Éds.) Encyclopedia of the Modern Olympic Movement. Westport, CT: Greenwood Press, 297-301.

Gueorgueiv N (1995). Analyse du programme des Jeux Olympiques d’hiver 1924-1998. Lausanne : CIO, 114 p.

Lagorce G, Parienté  R (1972).  La fabuleuse histoire des Jeux Olympiques. Paris : Éditions O.D.I.L., 541-560, 567-633.

Lattimer  GM  (1932).  III Olympic Winter Games, Lake Placid, 1932 Official Report. Lake Placid, NY: Olympic Winter Games Committee, 291 p.

Lennartz K (1994). La présidence de Henri de Baillet-Latour (1925-1942). Dans : Gafner  R  (Éd.)  Un siècle du Comité International Olympique. L’Idée – Les Présidents – L’Oeuvre. Lausanne : CIO, Tome I : 210-211, 238-240, 269-271, 274-280.

Lunzenfichter A (2010).  Athènes 1896… Rio 2016 : Choix épique des villes olympiques. Biarritz : Atlantica, 442 p.

Lyberg W (1989a). The IOC Sessions, 1894-1955. Lausanne : International Olympic Committee, 318 p.

Paul CR (1975). «1932-1980 Lake Placid fait revivre son passé». Revue Olympique, Mars-avril, Nos 89-90, 90-94.

Renson R, Ameye T (2012). « Stepping Out of Coubertin’s Shadow : The Count and the 1932 Winter Olympics ». Journal of Olympic History, Vol. 20, No 2, 18-27.

Saint-Sing S (2004). St-Moritz 1928. Dans : Findling  JE, Pelle  KD  (Éds.)  Encyclopedia of the Modern Olympic Movement.  Westport, CT : Greenwood Press, 289-296.

Wallechinsky  D, Loucky J (2009).  The Complete Book of the Winter Olympics: The Vancouver Edition – Vancouver 2010. Vancouver : Greystone Books, 322 p.

Widlund  T (2003). « Olympic Speed Skating Lake Placid 1932 ». Journal of Olympic History 11(1) : 44-54.

 

Photo: 
L’équipe masculine de ski du Canada participe aux Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid de 1932.
Source: olympic.ca

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