Les 4es Jeux Olympiques d’hiver:
1936 – Garmisch-Partenkirchen – Allemagne

1 février 2018

Éric Pilote détient une maîtrise en Sciences de l’activité physique (Université Laval). Il est actuellement Conseiller en sport à la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Sport et Société est fier d’accueillir ce nouveau collaborateur.

LA CANDIDATURE

Élection de la ville hôtesse de la XIe Olympiade de 1936
En mai 1930, lors de la 29e Session du CIO qui se tient à Berlin (GER), le président du CIO, Henri de Baillet-Latour, annonce les candidatures pour les Jeux de la XIe Olympiade de 1936 : Alexandrie (EGY), Barcelone (ESP), Berlin (GER), Budapest (HUN), Buenos Aires (ARG), Cologne (GER), Dublin (IRL), Francfort-sur-le-Main (GER), Helsinki (FIN), Nuremberg (GER) et Rome (ITA). À cette occasion, les Suisses s’offrent pour organiser les Jeux Olympiques d’hiver au cas où ceux-ci ne seraient pas réclamés par le pays recevant les Jeux d’été de 1936 (Lunzenfichter 2010). Les villes de Montreux et Saint-Moritz sont suggérées.

L’année suivante, lors de 30e Session tenue à Barcelone, quatre villes restent en lice : Barcelone, Rome, Budapest et Berlin. Sur place, Budapest renonce mais reste candidate « pour l’avenir » et Rome se retire mais maintient sa candidature « pour les olympiades suivantes » (Lunzenfichter 2010, Lyberg 1989a). Le nombre incroyablement bas des membres du CIO présents (19 sur 67) oblige à effectuer un vote postal. Les dix-neuf membres sur place font sceller leur vote et les autres parviennent par la poste. Le 13 mai 1931, le dépouillement se fait à Lausanne par le vice-président du CIO, Godefroy de Blonay (SUI), en présence du syndic de la ville de Lausanne, Paul Perret. La ville de Berlin l’emporte sur Barcelone avec 43 voix contre 16 et 8 abstentions (Lyberg 1989a, Mayer 1960). Aussitôt, le CNO allemand fait usage du droit de priorité réservé au pays détenteur des Jeux de l’Olympiade, et se réserve le droit d’organiser les Jeux d’hiver. La ville devait être désignée ultérieurement.

Sélection de la ville hôtesse des 4es Jeux Olympiques d’hiver
En juillet 1932, lors de la 31e Session, le membre du CIO en Allemagne, Theodor Lewald, se montre prudent et évite une déclaration définitive sur la question de la ville hôtesse des Jeux d’hiver. Il laisse entendre que les villes voisines de Garmisch et Partenkirchen seraient susceptibles d’être le choix du CNO allemand.

Le Canadien James Merrick profite de l’hésitation allemande pour provoquer une discussion sur le règlement qui accordait au pays organisateur des Jeux Olympiques un droit de priorité sur les Jeux d’hiver, comme il avait tenté de le faire, en 1930, lors de la Session de Berlin (Renson et Ameye, 2012). Avançant que de nombreux petits pays ne pourraient jamais organiser de Jeux Olympiques, mais pourraient accueillir des Jeux d’hiver, il se prononce pour une séparation complète des deux cycles. Après une assez longue discussion « non officielle », parce que n’étant pas un sujet à l’ordre du jour de la réunion, le seul biais que Baillet Latour trouva fut qu’une modification des principes de la Charte ne figurait pas à l’ordre du jour et que cela revenait à un acte de sabotage vis-à-vis de Coubertin qui aurait considéré ces règles fondamentales comme inaltérables (Lennartz 1994, Lyberg, 1989a).

Au cours de l’année 1933, trois villes étaient candidates pour la tenue des Jeux d’hiver de 1936 : Schreiberhan, Braunlage Schierke et Garmisch-Partenkirchen. Le CNO allemand arrêta son choix sur les villes voisines de Garmisch et Partenkirchen (Stauff 2004).

Merrick revint à la charge et proposa de nouveau sa requête lors de le 32e Session du CIO en juin 1933. Mais la question fut transmise à la Commission exécutive pour une nouvelle discussion et, dès cette Session, il ne fut plus question d’indécision de la part des Allemands (Lennartz, 1994). Garmisch-Partenkirchen obtient le feu vert de la part des 30 membres du CIO présents. Pour le CIO, il s’agit d’un excellent choix car les deux villes possèdent plusieurs qualités recherchées : des infrastructures nécessaires, du personnel expérimenté,  un tremplin de saut à ski, de bonnes pistes de ski de fond, d’excellentes surfaces de glace, une piste de bobsleigh offrant un défi intéressant, la plus haute montagne d’Allemagne (Zugspitze) pour le ski alpin, des officiels locaux avec de l’expérience dans l’organisation de compétitions multisports, la proximité des grandes villes de Munich et d’Innsbrück (AUT), et suffisamment d’hébergement pour accueillir participants, officiels et spectateurs (Stauff 2004). De plus, le parti national socialiste (Nazi) a son siège dans la région de la Bavarie,

Les Nazis prennent le pouvoir
Six jours après la création du Comité d’organisation des Jeux de Berlin, le 30 janvier 1933, le pays se trouve sous le régime nazi du nouveau chancelier Adolf Hitler. En tant que parti d’opposition, les Nazis étaient contre le Mouvement olympique pour des raisons politiques et idéologiques. Dans dix-huit universités allemandes, les corporations étudiantes nationales-socialistes se déclarent hostiles à l’organisation des Jeux Olympiques dans l’Allemagne nouvelle. Le Dr. Wetzel, directeur de l’Institut d’éducation physique de Berlin, pense que le nazisme doit refuser les Jeux « organisés et portés par un esprit issu d’un monde que le national-socialisme a dépassé ». Un « Comité de défense contre les JO » se constitue. Hitler lui-même ne souhaite pas que les athlètes aryens se commettent avec des « nègres esclaves » ou avec ces « saboteurs universels » que sont les juifs (Charpiot, 2004). Cette prise de pouvoir « change complètement la donne et complique les projets de l’entité lausannoise et du monde du sport. Les Jeux Olympiques sortent alors complètement de leur contexte plus ou moins oisif pour entrer dans un univers politique qu’ils ont bien du mal à maîtriser. Et ce d’autant que le sport n’est pas la tasse de thé des nouveaux dirigeants du Reich. Il est, en effet, complètement absent des théories mises en place par Adolf Hitler dans son livre-programme, Mein Kampf. Le journal du parti nazi Der Völkische Beobachter n’est pas non plus très prolixe en matière de sport. Surtout que le sport prône des lois égalitaires entre les races et les religions alors que les Allemands font l’apologie de la race aryenne » (Lunzenfichter 2010).

Theodor Lewald, ancien secrétaire d’État et membre du CIO, qui a été à la tête du Comité national allemand pour l’éducation physique et président du CNO allemand avant l’arrivée des Nazis, est aussitôt destitué de ces postes et remplacé par des sympathisants d’Hitler. Lewald est également inquiet pour sa place de président du Comité d’organisation des Jeux de Berlin et aussi pour sa vie, car ce Prussien pure souche est né de grands-parents juifs et s’est converti au christianisme (Lunzenfichter 2010). Il en va de même pour Karl Ritter von Halt, un pro-nazi, ancien champion national d’athlétisme et membre du CIO, qui a hérité de la présidence du Comité d’organisation des Jeux d’hiver de Garmisch-Partenkirchen. Ils vont même jusqu’à redouter que l’Allemagne ne renonce à l’organisation des Jeux de 1936. Ils font donc intervenir le président du CIO, Baillet-Latour, pour que leurs positions soient clarifiées, comme le prouve le texte de Ritter von Halt paru en 1955 dans le bulletin du CIO :

C’est en 1931 que le CIO a accordé à la ville de Berlin l’organisation des Jeux de la XIe Olympiade 1936 et c’est à la session de Vienne que les Jeux olympiques d’hiver de cette même année furent attribués à Garmisch Partenkirchen.

À cette même occasion, le CIO a exprimé le désir que S. Exc, Theodor Lewald, membre du CIO pour l’Allemagne soit nommé président du Comité d’organisation des Jeux de Berlin et le soussigné, président du Comité d’organisation des Jeux de Garmisch.

Lors de la prise de pouvoir par le national-socialisme, on a tenté d’éliminer de leur poste aussi bien S. E. Lewald que le soussigné et de les remplacer par le « Reichsportführer » de l’époque, von Tschammer und Osten.

Ensuite de ces faits, S. Exc. Lewald et moi-même écrivîmes au président du CIO, le Comte de Baillet-Latour, en le priant d’intervenir. Ce dernier se rendit immédiatement à Berlin et eut une entrevue avec Hitler. En notre présence, il expliqua à ce dernier que le CIO maintenait sa décision, à savoir que les Jeux de Berlin et ceux de Garmisch devaient être présidés respectivement par S. Exc. Theodor Lewald et le soussigné. Dans ce cas seulement le CIO aurait toute garantie que les Jeux seraient conduits selon ses principes fondamentaux.

Si un changement devait intervenir dans les deux postes présidentiels, le CIO retirerait les Jeux de Berlin et de Garmisch pour les accorder à d’autres villes. Hitler acquiesça au désir du Comte de Baillet-Latour (Ritter von Halt 1955).

Convaincu à l’avance par son Ministre de la propagande, Joseph Goebbels, qui voit dans les Jeux Olympiques un potentiel incroyable de propagande internationale, Hitler accepta ce petit compromis proposé par Baillet-Latour et devint le « défenseur docile » du projet olympique auquel il apportera un total support financier et écartera obstacles et objections. Il passera même outre aux exigences de son propre parti qui avait exigé la participation exclusive d’athlètes blancs à des Jeux organisés en Allemagne (Charpiot 2004).

Frictions internes au sein du Comité d’organisation
Le président du Comité d’organisation des Jeux d’hiver, Karl Ritter von Halt, nomma comme secrétaire-général un officier du Club de ski de Partenkirchen en la personne de Peter von Le Fort. La nomination de von Le Fort exacerba les tensions entre les officiers de Garmisch et ceux de Partenkirchen, et le conseiller municipal nazi de Garmisch fit tout ce qui était en son pouvoir pour que l’on exclue Le Fort du Comité d’organisation. Le bureau du sport du Reich déclara cette action comme étant une « violation du principe du chef » (Fuhrerprinzip). Les officiers de Garmisch payèrent plus tard leur insolence lorsque les deux villes furent fusionnées en 1935, avec Parterkirchen qui bénéficia de la consolidation administrative (Stauff 2004).

Hockey sur glace. Le meilleur joueur de l’équipe allemande de hockey sur glace était Juif à 50 % et avait pour nom Rudi Ball. Ce dernier avait fuit le pays avec ses deux frères lorsque les Nazis commencèrent leur campagne d’anti-sémitisme. Un mois avant le début des Jeux, à la consternation de plusieurs Nazis, le gouvernement du IIIe Reich l’invite à réintégrer l’équipe. Il sera le seul « non Aryen » de toute la délégation allemande aux Jeux d’hiver (Bachrach 2000). La participation de Ball servira les desseins des Nazis pour apparaître comme respectant l’idéal olympique de fair-play. Ball en profitera également, exigeant des Nazis en échange de sa participation, que ses parents et lui puissent quitter le pays après les Jeux, ce qui fut accepté (Walters 2006). Comme le mentionne Monique Berlioux dans son ouvrage sur les Jeux d’hiver de 1936 :

Avec l’épisode Rudi Ball, le hockey sur glace servit de levier à une tartufferie. Le montage des maîtres du nazisme n’eût jamais tenu sans les complicités des dirigeants olympiques. Rudi Ball allait devenir l’une des figures emblématiques des Jeux de 1936. Son cas resterait défiguré jusqu’à nos jours. Avant sa mort inopinée en 1975, il refusa toute interview, sauf à bâtir d’avance questions et réponses. Il eût un rôle spectaculaire d’énorme importance pour l’existence même des Jeux olympiques d’hiver et, par contagion, pour la tenue des Jeux de Berlin, cet été triomphant du nazisme. Et ce rôle de déguiseur, il l’assuma sans la moindre bavure. […] Rudi Ball fit donc les Jeux de Garmisch-Partenkirchen. Et depuis lors, contrairement à ce qu’ont écrit tant de plumes distinguées, il demeura bel et bien au sein du IIIe Reich en jouissant pleinement de son statut de champion. La guerre n’y changea rien. (Berlioux 2007).

La séquence de victoires olympiques du Canada est stoppée à 20, lors de la ronde demi-finale, par la Grande-Bretagne (les Britanniques remportèrent le match 2-1). Les Canadiens avaient bien tenté à la dernière minute de faire suspendre deux des joueurs britanniques en alléguant que ces derniers n’étaient pas de « vrais amateurs ». La plainte fut cependant rejetée par l’IIHF (Hart-Davis 1986). En survivant à trois périodes supplémentaires et en soutirant un match nul de 0-0 aux États-Unis, ces derniers demeurèrent invaincus durant le tournoi olympique. Ironiquement, neuf des douze joueurs de l’équipe britannique étaient nés en Grande-Bretagne, mais avaient immigrés au Canada étant enfant et y avaient appris à jouer au hockey. Un dixième joueur était même né au Canada et servait dans l’Armée Canadienne en poste en Grande-Bretagne (Wallechinsky et Loucky 2009).

Ski de fond. Les épreuves de ski de fond, qui attirent beaucoup moins de monde que par les années passées, sont un triomphe total pour les représentants des pays nordiques : les Suédois remportent les trois médailles au 50 km, les Norvégiens les trois médailles au combiné nordique, et les huit premières places du 18 km sont occupées par des athlètes des pays scandinaves.

Les Finlandais remportent l’or dans la nouvelle épreuve du relais 4 x 10 km. Dans une course remplit de rebondissements où les meneurs changent souvent de camp, le dernier skieur finlandais à prendre le relais réussi à combler un retard de 82 secondes sur le dernier relayeur norvégien, pour finalement le coiffer au fil d’arrivée avec une avance de seulement six secondes. « Ces relais sont une intelligente et spectaculaire innovation. L’épreuve en soi est palpitante et nous paraît tout à fait bien entrée dans l’esprit olympique, dans la mesure même où elle introduit cette notion d’équipe, de fraternité, dans un sport réputé comme essentiellement individuel tant dans sa lettre que dans son esprit » (Lagorce et Parienté 1972).

Patinage de vitesse. Le Norvégien Ivar Ballangrud, à l’âge de trente ans, connaît la consécration de sa carrière à Garmisch-Partenkirchen. Il remporte la médaille d’or aux 500, 5 000 et 10 000 mètres et la médaille d’argent aux 1 500 mètres. Son palmarès olympique est éloquent : 4 médailles d’or, 2 d’argent et 1 de bronze. En revanche, et comme prévu après les prestations de roller derby de Lake Placid quatre ans auparavant, les Nord-Américains ont quasiment disparus du podium; seul Leo Freisinger (USA) gagne le bronze au 500 m.

Patinage artistique. À 23 ans, Sonja Henie participe à ses quatrièmes Jeux Olympiques d’hiver. Mais la partie était loin d’être gagnée d’avance. En effet, une jeune Britannique de 15 ans, Cecilia Colledge, l’oblige à sortir le grand jeu. Certes, Colledge ne réussit pas encore tout ce qu’elle entreprend et qui est d’une difficulté « diabolique », mais on sent que son répertoire sera bientôt plus étendu que celui de Henie. Pensant s’attirer les faveurs du public et du jury, Colledge entra sur la glace en faisant le salut nazi. Cependant, un événement rarissime eut raison de sa concentration. Le préposé à « l’accompagnement » s’était trompé de disque. Il fallut qu’elle patiente de longues minutes avant qu’on remette la main sur la bonne composition et, évidemment déconcentrée, elle chuta dès sa première figure. Malgré cela, le public et les juges sont impressionnés par l’ensemble de sa performance et elle reçoit un pointage assez élevé pour prendre la tête de la compétition (Walters 2006). Henie, visiblement nerveuse et patinant la dernière, réussie la performance de sa vie avec un programme très technique et s’envola avec sa troisième médaille  d’or d’affilée. Après une autre médaille d’or aux Championnats du monde de 1936, elle met un terme à sa carrière. Elle patinera quelques temps « professionnellement », avant de se tourner vers une carrière d’actrice à Hollywood.

Dans l’épreuve masculine, une fois encore l’impartialité des juges est mise en doute. Le juge hongrois plaça les deux patineurs de son pays en deuxième et troisième position, bien que ces derniers n’aient pas été placés plus haut que la septième et huitième place par tous les autres juges.

Saut à ski. La compétition de saut à ski est l’attraction numéro un des 4es Jeux d’hiver. Celle-ci se déroule dans un stade remplit à craquer devant 80 000 spectateurs. Les organisateurs ont même dû refuser l’entrée à 50 000 autres personnes et ont installé de gros haut-parleurs à l’extérieur de l’enceinte pour permettre à tous d’entendre ce qui se passait à l’intérieur. C’est le Norvégien Birger Ruud qui remporte l’or pour une deuxième fois d’affilée. Bien qu’il ne soit pas le participant qui réussi les sauts les plus longs, ses sauts sont les plus techniquement purs, ce qui lui vaut un pointage plus élevé de la part des juges.

En plus de ses exploits sportifs, Ruud est également reconnu pour sa courageuse position anti-Nazi durant l’occupation de la Norvège par les Allemands. Il refusa de coopérer avec les Nazis qui voulaient organiser des compétitions sous leur direction et aida à l’organisation de compétitions illégales. Il fut arrêté et emprisonné pendant 18 mois dans un camp nazi. Il fut relâché en 1944 et se joignit à la Résistance. Il mit ses qualités de skieur à contribution en allant chercher et cacher des munitions que les avions britanniques larguaient dans les montagnes (Wallechinsky et Loucky 2009).

Bobsleigh. La piste de bobsleigh est impressionnante, surtout le virage gigantesque de 10 mètres de haut, le fameux Bayertum, fait de
6 000 blocs de glace. En bob à deux, l’équipe américaine de Brown et Washbond remporte l’or. Brown est le seul pilote à ne pas porter de lunettes de protection alléguant que ça brouille sa vision et que ça enlève de l’aérodynamisme.

Ski alpin. Le ski alpin fait son entrée aux Jeux d’hiver sous la forme d’un combiné alpin masculin et féminin qui comporte une épreuve de descente et deux épreuves de slalom. L’acceptation des femmes en ski alpin s’était faite par la peau des dents, lors de la Session de 1934, par 9 voix contre 8! Mais cette entrée ne se fait pas sans accrochages. Le CIO, très sourcilleux sur les problèmes d’amateurisme, interdit aux moniteurs de ski, qu’il considère comme des professionnels, de prendre part aux épreuves alpines. Or, il s’avère que bien souvent les meilleurs skieurs sont des moniteurs. La FIS proteste énergiquement car, en 1932, lors de son Congrès à Paris, elle avait décidé de considérer comme amateurs les sportifs qui donnaient des leçons de ski contre rémunération et de les laisser participer à des compétitions internationales (Lennartz 1994). À la Session de 1935, le CIO parvint à la conclusion que les moniteurs de ski n’étaient pas des amateurs au sens olympique et n’avaient pas le droit de participer à des Jeux Olympiques (Lennartz 1994). L’interdiction pris effet immédiatement et la FIS décida à contre coeur de participer aux Jeux sous les règles du CIO en donnant comme raison l’état très avancé des préparatifs et la décision tardive du CIO (MacDonald 1998a). La conséquence en fut que les meilleurs skieurs d’Autriche et de Suisse ne purent prendre le départ à Garmisch Partenkirchen. Cependant, les skieurs allemands pris en charge à cent pour cent par leur fédération passent « inexplicablement » au travers des mailles du filet tendu par les tenants d’un amateurisme pur et dur (Mogore 1989).

En vain, le père du ski alpin, Arnold Lunn, entre dans une colère noire. Il n’apprécie ni les gens du CIO (qu’il appelle « les cardinaux de l’église du sport »), ni le régime totalitaire nazi et réclame le boycott des Jeux, la rupture des relations entre la FIS et le CIO, et la création d’un championnat du monde. Il ne parviendra pas à enclencher un boycott, contré par les nations qui partageaient les idées allemandes et italiennes et aidées par le CNO américain et son président Avery Brundage (Deschiens 1979). Cependant, on organisera un premier championnat du monde à Innsbrück quelque temps avant le début des Jeux. Pendant les Jeux de Garmisch-Partenkirchen, la FIS décide de renoncer à une participation aux prochains Jeux d’hiver au cas où le CIO s’obstinerait à ne pas reconnaître sa règle sur l’amateurisme, et à continuer d’organiser ses propres Championnats du monde. La résolution suivante est adoptée et envoyée immédiatement au CIO :

La F.I.S. participera aux Jeux Olympiques d’Hiver de 1940 à condition que les dispositions du Règlements des Concours Internationaux de la F.I.S. soient appliquées (MacDonald 1998a).

Malgré tout, lors de la Session de Berlin, le CIO peu impressionné, confirma de nouveau sa position de refus (Lennartz 1994). Cette décision creusa encore plus le fossé entre les deux organisations. Commence alors un long bras de fer entre la FIS et le CIO qui durera pendant de très longues années.

La descente nous réserve quelques surprises. Tout d’abord, les skieurs sont obligés de se familiariser avec trois pistes différentes à l’entraînement, car le Comité d’organisation n’avait pas encore choisi celle pour la course. À l’entraînement, plusieurs skieurs chutent en raison d’un mur de glace bleue sur le parcours. Le service des pistes se résout à abattre quelques arbres pour contourner le passage glacé trop difficile. Surprise de taille, Birger Ruud, le vainqueur du saut à Saint-Moritz et à Garmisch-Partenkirchen, remporte l’épreuve de descente. Il n’est pas seulement athlétiquement versatile, mais aussi très astucieux. À cette époque, il n’y avait aucune communication téléphonique entre le sommet et le bas de la montagne. Ruud savait que la compagnie locale de téléphérique avait sa propre ligne de téléphone à partir d’une station située à un quart de mille plus bas que l’aire de départ. Pendant que les autres skieurs s’affairaient à cirer leurs skis pour les préparer aux conditions de neige froide qui prévalaient au sommet de la piste de deux milles, Ruud descendit jusqu’à la station et téléphona à un ami. De cette façon, Ruud appris que le soleil était sorti et plombait sur la dernière partie du parcours rendant la neige plus molle. Il changea sa cire et devança tous les autres skieurs par 4,4 secondes (Wallechinsky et Loucky 2009). Malgré sa victoire en descente, Ruud termina 4e du combiné alpin.

Chez les dames, nouvelle surprise, la Norvégienne de 16 ans, Laila Schou-Nilsen, remporte la descente. Ce qui est surprenant, c’est que Schou-Nilsen est connue essentiellement comme une grande championne de patinage de vitesse. En 1937, elle établira quatre marques mondiales qui tiendront pendant au moins douze ans.

L’épreuve du slalom attire une large foule que l’on estime à environ 100 000 personnes. Le gagnant de la descente, Ruud, ne parvient pas dans cette course très technique à rivaliser avec ses concurrents. Deux Allemands, Franz Pfnür et Gustav Lantschner, prennent les deux premières places dans l’énorme déferlement de liesse populaire. Chez les dames, le scénario se répète, Laila Schou-Nilsen enlève la médaille de bronze et laisse monter deux Allemandes sur les plus hautes marches du podium. Christi Cranz est sacrée championne olympique et demeurera au sommet de ce sport pendant longtemps. À preuve, elle a chuté dans la descente, concédant ainsi 20 secondes à Schou-Nilsen. Dans le slalom, Cranz a comblé très facilement ce handicap, ce qui en dit long sur sa valeur technique.

Le ski alpin termine son entrée olympique. Certes, les victoires allemandes ont contribué à sa popularité. Mais, néanmoins, il faut reconnaître que même les témoins neutres se sont passionnés pour ces épreuves qui apparaissent comme plus spectaculaires que celles du ski de fond. Plus spectaculaires et plus riches en pouvoir émotionnel (Lagorce et Parienté 1972).

Contrôle des informations
Les organisateurs allemands se sont donnés beaucoup de mal pour contrôler l’image des Jeux auprès de la presse internationale. Aucun photographe étranger n’a reçu d’accréditation (Lyberg 1996), forçant ainsi les représentants de la presse à publier les photos qui avaient reçu l’approbation officielle des Allemands. Le Comité d’organisation publiait également un journal et organisait des points de presse pour les journalistes étrangers afin de contrôler encore mieux le message véhiculé (Stauff 2004). La manœuvre des organisateurs a fonctionné dans une certaine mesure, à preuve, la plupart des journaux américains, qui avaient dépêché sur place leurs correspondants aux affaires politiques (qui n’avaient aucune connaissance en sport) pour couvrir l’événement, ont vu ces journalistes rapporter des propos favorables sur l’organisation et les épreuves.

Photo: 
L’équipe canadienne de hockey aux Jeux de 1936.
Source: olympic.ca

D’un point de vue technique, les 4es Jeux Olympiques d’hiver de Garmisch-Partenkirchen furent un grand succès populaire puisque plus d’un demi-million de spectateurs payèrent pour y assister. Ils laissent cependant un arrière goût amer, et le poids énorme de la propagande nazie a pesé chaque jour : « Le meilleur techniquement, le pire moralement, c’est la grande messe nationale socialiste » (Lagorce et Parienté 1972). Derrière ces flambeaux du stade illuminé, derrière ces chants, ces drapeaux, l’Allemagne nazie inaugurait des démonstrations collectives de foules fanatisées. Ses athlètes devenaient des « athlètes d’État », objets de tous les soins du Reich. L’esprit du Baron de Coubertin n’avait pas été respecté, pas plus qu’il ne le sera, dans cinq mois, à Berlin. Un mois jour pour jour après la Cérémonie de clôture des Jeux d’hiver, l’ordre d’occupation de la Rhénanie (zone démilitarisée) est donné.

Le Canada a inscrit 43 athlètes dans les épreuves des 4es Jeux d’hiver (incluant les épreuves en démonstration).

Au classement des médailles, le Canada se situe en 9position avec une seule médaille d’argent. Il y avait cinq membres originaires de la province de Québec dans l’équipe de hockey de 1936 : les Montréalais David Neville, Kenneth Farmer, Hugh Farquharson et Ralph St-Germain, et un résident de la ville de Hudson, Herman Murray.

Bachrach SD (2000).The Nazi Olympics Berlin 1936. Boston : Little, Brown and Co., 39, 76-78.

Berlioux M (1964). Olympica. Paris : Flammarion, 723-757.

Charpiot R (2004). Les XIes Jeux olympiques et le troisième Reich : Un mariage politiquement incorrect. Dans : Milza P, Jequier F, Tétart P (Éds.) Le pouvoir des anneaux : Les Jeux Olympiques à la lumière de la politique 1896-2004. Paris : Éditions Vuibert, 125-142.

Lagorce G, Parienté R (1972). La fabuleuse histoire des Jeux Olympiques. Paris : Éditions O.D.I.L., 541-560, 567-633.

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Photo:
Adolph Hiltel lors des cérémonies d’ouverture.
Source: Par Bundesarchiv, R 8076 Bild-0008 / Heinrich Hoffmann / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5441642.

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