Sports olympiques: le patinage de vitesse

18 février 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.

Aux Jeux de PyeongChang, les compétitions de patinage de vitesse sont présentées du 10 au 16 ainsi que les 18, 19, 21, 23 et 24 février 2018 à l’Ovale de Gangneung. Il y aura des compétitions individuel hommes (500 m, 1000 m, 1500 m, 5000 m et 10 000 m), individuel femmes (500 m, 1000 m, 1500 m, 3000 m, 5000 m) ainsi qu’un départ groupé et une poursuite par équipe chez les hommes et les femmes.

« En patinage de vitesse, deux patineurs s’élancent en même temps et rivalisent de vitesse autour d’une piste glacée de 400 m. La piste de 400 m comporte deux couloirs : un couloir intérieur, un couloir extérieur. Les patineurs doivent changer de couloir à chaque tour, dans la zone de croisement, passant du couloir intérieur au couloir extérieur ou inversement. Les Jeux Olympiques d’hiver proposent un total de 12 épreuves pour les dames et les messieurs. Dans l’épreuve de poursuite, deux équipes de trois patineurs s’élancent en même temps ».

En poursuite par équipe « deux équipes de trois patineurs s’élancent de chacune des deux lignes droites et effectuent huit tours de piste. Le classement est fonction du temps réalisé par le troisième patineur de chaque équipe, au moment où il franchit la ligne d’arrivée ».

Lors de la compétition de départ groupé « un maximum de 28 patineurs sont opposés sur une piste ouverte et effectuent 16 tours. En cours d’épreuve, tous les 4 tours, sont disputés des sprints intermédiaires. Les trois premiers de chaque sprint intermédiaire gagnent 5, 3 et 1 point(s), respectivement. Les trois premiers du sprint final gagnent 60, 40 et 20 points, respectivement. Les trois premiers concurrents à franchir la ligne d’arrivée prennent les trois premières places de l’épreuve ».

Quelques notes d’histoire sur le patinage
Au départ, le patin est avant tout un moyen de déplacement. Dans sa forme de divertissement social, le patin apparaît au Québec au début du XIXe siècle. On décèle la présence des premiers patineurs lorsque les journaux d’époque rapportent les noyades de patineur. Par exemple, le 23 décembre 1823, le journal Le Canadien publie la triste nouvelle que le fils de I. Dufresne, un résident de Beloeil, s’est noyé en patinant sur la rivière Richelieu.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, on offre aux patineurs d’autres alternatives que la surface glacée du fleuve, des lacs et des rivières. Dans les centres urbains, des entrepreneurs exploitent des « patinoirs », ronds de glace, salle à patiner et ronds à patiner. En 1856 à Québec, le Club House devient la première patinoire couverte au Québec. Trois ans plus tard, le Montreal Skating Rink est aménagé dans la métropole. En 1862, toujours à Montréal, on construit un véritable monument, le Victoria Skating Rink. Cet emplacement de deux cents pieds sur quatre-vingts et doté d’une promenade pouvant accueillir plus de 2000 spectateurs debout.

À partir des années 1860, on assiste à un véritable engouement pour le patinage. Une des activités les plus courues à l’époque est la mascarade. Plusieurs fois par années, des patineurs et patineuses se déguisent et s’exécutent au son de la musique jouée par une fanfare ou une bande militaire. Pour l’occasion, il n’est pas rare de récompenser les patineurs portant les plus beaux déguisements. On organise d’autres activités comme le patinage aux flambeaux, les feux d’artifice, les fêtes de glace. Cette atmosphère de fête est salutaire et plusieurs  » patinoirs  » sont aménagés afin de répondre à cette demande d’amusements. Dans les villes de Montréal, Québec, Saint-Hyacinthe, Ottawa, Drummondville, Hull, Rivière-du-Loup, Saint-Jean et Sorel, plus de 56  » patinoirs  » ayant pignons sur rue sont recencés au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. Véritable phénomène commercial, les patinoires couvertes étaient alors construites exclusivement pour le patinage.

Le patinage de vitesse
Au cours de cette période, on fonde des clubs de patineurs et l’on organise des courses sur glace. Le champion canadien sera déterminé de façon informelle, alors que chacun se proclame champion selon le système de défis. Par exemple, en 1870, alors que le Mont Royal Skating Rink annonce la tenue d’un championnat canadien, un dénommé D. Marsan s’oppose et se proclame champion canadien. Il met alors « au défi tous ceux qui doutent de venir le rencontrer pour un enjeu de cent piastres ».

Tout comme en patinage artistique, le patinage de vitesse est redevable au Montréalais Louis Rubenstien pour son développement. En 1887, il contribue à la fondation de l’Association de patinage amateur du Canada qui prend son aile le patinage artistique et le patinage de vitesse. Les décennies 1880-1890 seront marquées par les courses de patins de longues distances, comme les cinq et dix milles. Peu à peu, les distances deviennent plus courtes. En 1897, à Montréal, on tient une importante compétition réunissant des athlètes des États-Unis, du Danemark, de la Norvège, de la Suisse et du Canada luttant pour le Championnat du monde. Le Canadien J.K. McCulloch établit alors de nouveaux temps pour les épreuves de 1000 m, 1500 m et 5 000 m.

À compter de 1900, l’Association de patinage amateur du Canada décide d’organiser chaque année une épreuve comptant pour le championnat canadien. L’engouement est tel que la presse sportive mentionne que les rencontres de patineurs sont les plus importantes compétitions de la saison après les parties de hockey pour la coupe Stanley. Selon l’historien Donald Guay, « à la fin du XIXe siècle, Montréal est la capitale du patinage de vitesse au Canada. Le siège social de la Canadian Amateur Skating Association se trouve à Montréal; c’est dans cette ville que se disputent les championnats du Canada et les champions patineurs du monde, c’est-à-dire de l’Occident, viennent s’y mesurer. »

Pendant une grande partie du XXe siècle, le patinage de vitesse sera l’affaire de nos compatriotes canadien-anglais. Au niveau mondial, le patinage de vitesse devient discipline olympique dès les premiers Jeux d’hiver en 1924. Huit ans plus tard, lors des Jeux de Lake Placid, le Canadien français Léopold Sylvestre et le Montréalais Alexander Hurd prennent part aux compétitions de patinage de vitesse. Ce dernier remporte une médaille d’or aux 500 m et une médaille d’argent aux 1500 m. À lui seul, il récolte deux des sept médailles remportées par le Canada lors de ces Jeux.

Au milieu des années 1950, le cycliste Maurice Gagné s’intéresse à cette discipline pour conserver sa forme physique en période hivernale. Affichant de bonnes qualités athlétiques, il obtient du succès sur ses longues lames. Tant et si bien qu’au cours de la période 1958 à 1971, il remporte tous les championnats du Québec et plusieurs championnats canadiens. En 1969, il devient le premier entraîneur du Club de patinage de vitesse de Ste-Foy. La fondation de ce club changera à jamais l’histoire du patinage de vitesse au Canada alors que le jeune Gaétan Boucher s’illustre à compter du début des années 1970. Les succès du Québécois aux Jeux olympiques de Sarajevo en 1980 viendront stimuler la pratique de cette discipline au Québec. À tel point que huit ans plus tard, l’équipe canadienne de patinage de vitesse aux Jeux de Calgary sera complètement québécoise avec entre autres, la présence de Sylvie Daigle qui fera sa marque en courte piste par la suite.

Références:
pyeongchang2018.com
olympic.org
Archives Sport et Société
Guay, Donald. Introduction à l’histoire des sports au Québec.
Bégin, Jean-François, The French Connection, The Beaver, Decembre 2009/January 2010

Photo: 
Le patineur québécois Laurent Dubreuil.
Source : olympic.ca

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