Recension: Les faits saillants du match : les 100 ans de la LNH

23 février 2018

Etienne Lapointe s’intéresse à l’histoire du sport particulièrement sous l’angle des représentations symboliques et des questions identitaires. Il complète actuellement un mémoire de maîtrise intitulé  » Maurice Richard et les chroniqueurs sportifs : itinéraire d’une passion partisane, 1942-55 « . Il est à l’origine du podcast Histoire de passer le temps diffusé sur CHOQ.ca, la radioweb de l’UQAM où il a tenu une chronique régulière sur l’histoire du sport au cours de l’année 2016-17. Il fera la recension de la littérature sportive pour Sport et Société. Nous le remercions pour sa précieuse collaboration.

GRONDIN, Simon, Les faits saillants du match : les 100 ans de la LNH, Presses de l’Université Laval, 2017, 257 p.

Après s’être commis avec Le hockey vu du divan[1], le psychologue Simon Grondin récidive à propos du hockey avec Les faits saillants du match : les 100 ans de la LNH. Voici un ouvrage qui ne nous offre pas une synthèse de l’histoire de la Ligue nationale de hockey comme peut le laisser penser le sous-titre; « il faut plutôt attendre de ce livre une tonne de faits et chiffres qui, placés dans le bon contexte, viennent étonner l’esprit comme le font les jeux de mots»[2]. Ainsi, l’auteur transporte le lecteur dans un univers de faits qui ne sont pas mis au service d’une analyse historique mais plutôt servis comme une simple source d’informations. S’il peut paraître étonnant de voir un professionnel de l’École de psychologie de l’Université Laval s’intéresser au hockey, on ne peut remettre en doute la passion de l’auteur pour son sujet, le ton employé dans ce livre-ci ainsi que son ouvrage précédent en font foi.

L’ouvrage de Grondin est divisé en six chapitres dont le premier est consacré à un survol plutôt rapide des 100 premières années d’existence de la LNH. Après avoir brièvement rappelé les origines du hockey et les débuts de sa diffusion à travers le Canada, ce qui donne lieu à l’émergence de ligues et associations professionnelles ou amateures[3], l’auteur relate l’évolution de la LNH à travers ses nombreuses expansions. À l’origine composée de quatre équipes[4], la ligue passe rapidement à dix équipes au début des années 1930. La Grande Dépression et la Deuxième Guerre mondiale ont raison de quatre de ces équipes[5] et de 1942 à 1967, la LNH est constituée de six franchises, une situation qui durent jusqu’à la première de nombreuses expansions vers l’ouest et le sud du continent nord-américain. Chacune des expansions de la ligue, ainsi que le déménagement ou la disparition de certaines franchises, sont énumérées sans réelle mise en contexte qui permettrait aux lecteurs de comprendre les motivations économiques, politiques et sociales à l’origine de ces mouvements.

Le second chapitre est consacré aux séries éliminatoires au cours desquelles se sont affrontés le Canadien de Montréal et les Bruins de Boston. Au total, ce sont 32 séries au cours desquelles ces deux équipes ont développé une rivalité qui remonte à la fin des années 1920 selon Grondin. S’il est certes intéressant de relater les 32 séries en question qui représentent le plus grand nombre d’affrontements du genre entre deux formations de la LNH, l’auteur tombe ici dans le piège de la téléologie. En effet, s’il est difficile d’imaginer aujourd’hui un plus grand rival au Canadien de Montréal que les Bruins de Boston, il n’en a pas toujours été ainsi comme semble le penser Grondin. Alors que les Bruins connaissent un peu plus d’une décennie glorieuse de la fin des années 1920 au début des années 1940 en profitant pour remporter la coupe Stanley à trois reprises (1929, 1939 et 1941), il en va tout autrement du Canadien dont les années 1930 représentent sans aucun doute la pire décennie. Par la suite, c’est au tour des Bruins de connaître quelques années difficiles, n’offrant pas une opposition si forte ni au Canadien, ni aux autres formations de la LNH. En fait, il faut attendre la fin des années 1960 et les années 1970 alors que les Canadiens et les Bruins remporteront respectivement huit et deux des douze coupes Stanley entre 1968 et 1979[6] pour que s’installent la rivalité qu’on connaît aujourd’hui.

Le chapitre trois s’intitule « Feriez-vous ces échanges? » et est consacré à des échanges qui ont eu un impact majeur sur les formations impliquées ou l’inverse, c’est-à-dire que les échanges n’ont pas eu l’effet escompté[7]. Ainsi sont abordés des échanges qui ont permis à des équipes de se hisser ou de se maintenir au sommet ou encore à la suite desquels les joueurs échangés sont passés de joueurs moyens à super vedettes comme dans les cas de Phil Esposito[8] arrivant à Boston ou de Brett Hull débarquant à St-Louis[9]. L’auteur aborde également quelques échanges incontournables comme celui de Patrick Roy[10] et Wayne Gretzky[11], des transactions qui, compte tenu du talent des joueurs en question, ont eu un impact immédiat sur les équipes auxquelles ils se sont joints.

Le quatrième chapitre relate le parcours parfois imprévu, souvent difficile vers la conquête de la précieuse coupe Stanley. Grondin tente ici de démontrer que ces parcours remarquables auraient pu être interrompus à tout moment n’eut été de performances hors de l’ordinaire comme l’illustre, par exemple, les dix victoires consécutives en prolongation par le Canadien lors de sa conquête de la coupe Stanley au printemps 1993[12]. Le tragique est aussi souvent au rendez-vous lors des séries éliminatoires comme ne manque pas de le souligner l’auteur lorsqu’il traite des surprises créées en 1951 et 1986 par exemple. En 1951, le Canadien surprend les Red Wings, nettement favoris pour l’emporter ayant terminé au premier rang de la LNH, 36 points devant les Montréalais. Lors du premier tour des séries, le Canadien l’emporte notamment en raison du brio de Maurice Richard qui assure la victoire de son équipe en marquant en prolongation dans les deux premiers matchs[13]. En 1986, les Flames de Calgary réussissent à battre les puissants Oilers d’Edmonton alors que Steve Smith, défenseur des Oilers marquent dans son propre filet lors du septième match de la série quart de finale. Ultimement, la victoire des Flames les amène jusqu’en finale où ils perdront contre le Canadien de Montréal[14].

Enfin, les deux derniers chapitres sont consacrés à des séries de questions dont les réponses se trouvent en fin de chapitre et qui vise à tester les connaissances acquises par le lecteur dans les chapitres précédents. Si l’exercice n’est pas dépourvu d’intérêt pour les amateurs de ce type de quiz, on peut par contre remettre en question la pertinence  d’inclure ces chapitres dans un ouvrage publié par des presses universitaires. Car voilà un contenu passablement scolaire ce qui contribue à la déception du lecteur qui espérait légitimement un peu plus de substance et de contenu académique compte tenu de l’identité de l’éditeur.

En somme, le sous-titre de l’ouvrage est mal choisi et laisse penser qu’on a sous la main une histoire de la LNH. Or, bien que les faits constituent le matériau de base du travail de l’historien, la simple énumération de ceux-ci, aussi nombreux et intéressants puissent-ils être, ne constitue pas une histoire. Aucune problématique, aucunes questions de recherches ne guident Grondin laissant, par le fait même le lecteur dans l’ignorance des motivations de l’auteur en regard des faits qu’il choisit de souligner. Tout de même, l’amateur de statistiques et d’anecdotes y trouvera un plaisir certain.

[1] Simon Grondin, Le hockey vu du divan, Québec, Presses de l’Université Laval, 2012,  214 p.
[2] Simon Grondin, Les faits saillants du match : les 100 ans de la LNH, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2017, p. XXI.
[3] Ibid., p. 1‑9.
[4] Ibid., p. 9. Les quatre équipes d’origine sont le Club de Hockey Canadien de Montréal, les Wanderers de Montréal, les Arenas de Toronto et les Senators d’Ottawa. Une cinquième équipe, les Bulldogs de Québec, décident de ne pas participer aux activités de la ligue lors de la première saison.
[5] Ibid., p. 15.
[6] Le Canadien remporte le trophée en 1968, 1969, 1971, 1973, 1976, 1977, 1978 et 1979 et les Bruins en 1970 et 1972. Les deux autres coupes Stanley sont gagnées par les Flyers de Philadelphie en 1974 et 1975.
[7] Ibid., p. 77.
[8] Ibid., p. 88‑90.
[9] Ibid., p. 95.
[10] Ibid., p. 107‑108.
[11] Ibid., p. 95.
[12] Ibid., p. 126‑128.
[13] Ibid., p. 126.
[14] Ibid., p. 133

Photo: NHL.com

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