La fameuse “Heartbreak Hill” du Marathon de Boston

25 mars 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.

Alors que le marathonien québécois Gérard Côté participe au Marathon de Boston pour la première fois en 1936, un incident qui marquera l’histoire de ces grande épreuve se dessine devant lui.

Sur le parcours du marathon, les coureurs appréhendent la fameuse « Heartbreak  Hill », une côte située entre le 20e et le 21mille. Cette côte vient à bout des coureurs les plus coriaces puisqu’elle demeure la dernière et la plus escarpée de collines de Newton. Elle se situe un peu après le 30e kilomètre, là où les coureurs redoutent le fameux « mur ». Mais le surnom de « Heartbreak Hill » tire son origine d’une histoire savoureuse qui n’est pas en lien avec le « mur ».

Gérard Côté était présent
En 1936, un événement historique survient sur le parcours de ce 40e marathon de Boston. Cette année-là, Gérard Côté en était à sa première participation à cette grande classique annuelle. Bien qu’il ait terminé en 23e position, l’incident qui est à l’origine du fameux surnom met en vedette deux coureurs qui seront de redoutables adversaires du Québécois.

John Kelley et Ellison « Tarzan » Brown sont les deux coureurs impliqués dans cette histoire. Pour nos amis américains, le nom de Johnny Kelley est équivalent à celui de Gérard Côté au Québec. Il a connu une grande carrière et il remporte le Marathon de Boston en 1935 et 1945. Pour les organisateurs de la course bostonienne, il demeure un modèle, puisqu’il a couru son 61e Marathon de Boston à l’âge de 84 ans! Ellison « Tarzan » Brown est également un athlète talentueux. C’est un Américain d’origine autochtone de la tribu des Narragansett du Rhode Island. Brown est également champion de Boston en 1936 et 1939. Mais revenons à 1936.

Bang, il est parti!
Dès le son du fusil, Brown part comme une fusée! Kelly, le champion en titre, observe ce jeune téméraire et se dit qu’il faudra user de patience pour venir à bout de ce coureur. À chaque endroit où on enregistre les temps de passage, Brown brûle le record du parcours. Il est très rapide. Tant et si bien qu’il se forge une respectable avance de plus d’un kilomètre sur ses opposants.

Au 25kilomètre, alors qu’il aborde les collines de Newton, Brown paye le prix de son audace et doit ralentir la cadence. Kelley est à l’arrière et il se sent bien. Son objectif est en vue. Il accélère. Pas à pas, il se rapproche de Brown. Le champion en titre bataille ferme dans les côtes pour parvenir à rejoindre le leader.

Sur le parcours, des officiels, des accompagnateurs et des journalistes suivent les péripéties de la course à bord d’automobiles. Jerry Nason du Boston Globe est témoin de la remontée de Kelley. Il sera le troisième acteur de l’histoire.

Tranquillement Kelley remonte sur le meneur. Un peu avant la fin de la montée de la dernière côte, il rejoint Brown. Satisfait, il le dépasse en lui donnant une petite tape sur l’épaule comme s’il lui disait : « Bien essayé le jeune, mais je prends les commandes à partir de maintenant! » HUM… Kelley regrettera ce geste toute sa vie.

En effet, en le dépassant et en lui donnant cette petite tape, Kelley à littéralement fouetté l’orgueil de Brown. Revoilà Tarzan reparti comme une fusée. Il suit Kelley pas à pas dans la descente. Puis, il le dépasse et reprend les commandes de la course. Salut champion, on se reverra à l’arrivée! Kelley, épuisé par les efforts consacrés à remonter le leader dans les côtes de Newton est fini.

Brown remporte le marathon dans un temps de 2 h. 33 min. 40s tandis que Kelley terminera bon cinquième avec plus de cinq minutes de retard sur le vainqueur.

Un peu plus tard, le journaliste Jerry Nason commentera l’incident et le geste inopportun. Le surnom de « Heartbreak Hill » fera époque et entrera dans l’histoire du plus vieux marathon au monde. Pauvre Johnny, il en a eu le cœur brisé!

Vous retrouvez Kelley, Brown et d’autres personnages dans la biographie de Gérard Côté intitulée Gérard Côté, 192 000 kilomètres au pas de course disponible auprès de l’auteur.
Écrivez à paul.foisy@sportetsociete.ca

Photo:
Gérard Côté, Ellison Browm, Johnny Kelly et un coureur non identifié lors du Marathon de Boston de 1939.
Source:indiancountrymedianetwork.com. Courtoisie de la Boston Public Library, collection Leslie Jones.

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