Jacques Amyot

24 avril 2018

Lorsque l’on pense à la natation longue distance au Québec, il faut mentionner l’année 1955 qui est marquée par la première traversée du Lac Saint-Jean. À cette époque, personne n’avait réussi à traverser le lac. Martin Bédard, un citoyen de Roberval, jongle avec l’idée et met tout en place afin que son rêve prenne forme. Ah ces rêveurs, il faut parfois les encourager n’est-ce pas?

Jacques Amyot
Toujours est-il que le 23 juillet, sept participants se présentent au départ à Vauvert. Parmi eux, Jacques Amyot (1), un grand gars de Québec, né le 13 novembre 1924. Malgré de forts vents et plusieurs averses, Amyot n’abandonne pas et parvient à nager les 26 km en un peu plus de onze heures et demie (11 :32 :10)! Wow, en voilà un qui n’avait pas peur des bouillons! Sa ténacité et son courage, conjugués au  travail et à la discipline lui ont permis de devenir le premier humain à réussir l’exploit.

Quelques mois après la traversée du lac St-Jean, il est le seul à réussir à faire le tour de l’Ile d’Orléans à la nage, une distance d’environ 80 kilomètres. En 1956, toujours prêt à relever les défis, Amyot réalise un exploit mondial en devenant le premier Canadien à traverser la Manche. Parti de la France, il atteindra le rivage de l’Angleterre dans un temps de 13 h 02 min. Le 29 août 1975, à l’âge de 50 ans, il refait le périple et s’inscrit comme étant celui qui a réussi deux traversées avec le plus long laps de temps entre les deux, soit 19 ans.

Entre ses deux exploits européens, il poursuit sa carrière de nageur de fond en multipliant les prouesses et les records. Il franchit, entre autres, la distance Neuville-Québec à plusieurs reprises. Il est également de retour au lac Saint-Jean en 1959, 1962 et lors de la 20etraversée en 1974. Au cours de sa carrière, il remporte huit titres nationaux chez les maîtres-nageurs et fait également sa marque en dans les différentes disciplines du ski (ski de fond, ski alpin et saut à ski) au cours des années 1940 et 1950.

Le 30 juillet 1989, la Traversée internationale du lac Saint-Jean salue sa contribution en dévoilant un monument à son effigie sur le quai municipal de Roberval.

Ce premier honneur est suivi par son intronisation au Temple de la renommée des sports du Québec en 1993. Trois ans plus tard, l’International Swimming Hall of Famede Fort Lauderdale le consacre « Honor Swimmer » pour ses réalisations à la nage en eau libre. En 1998, il est intronisé au Temple de la renommée de la natation québécoise dans la catégorie Athlète avec le titre de Maître de Québec Saison 1998. Deux ans plus tard, Natation Canada reconnaît sa contribution au sport de la natation au Québec. Enfin, en 2001, il est fait Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Le passage du temps
Vous avez sans doute remarqué la différence entre le temps d’Amyot en 1955 et ceux d’aujourd’hui qui sont d’un peu moins de sept heures pour une distance plus longue de 6 km. Ce grand écart est significatif. Il marque les progrès de l’Homme qui sans cesse veut aller plus vite, plus loin et plus haut. La culture sportive demeure un espace privilégié où l’on peut juger de ces progrès. L’historien du sport Donald Guay affirme que « la culture sportive a pour objet de former l’homo sportivus qui, par ses efforts, réalisera une performance maximale, le fera champion du monde et l’idéal du progrès sportif, voire du progrès de l’humanité par conséquent l’archétype à admirer, sinon à imiter » (2).

Alors, chapeau bas à Jacques Amyot, « l’homo sportivus » qui a tracé la voie au lac St-Jean!

Paul Foisy, avril 2018

Notes
(1) Pour en savoir davantage sur Jacques Amyot, je vous suggère le livre de l’historien Serge Gaudeau, Les aventuriers de la manche, publié en 2016 aux Éditions JCL. Dans ce livre, il est question de l’histoire de la natation longue distance, d’Omer Perreault, le premier Québécois à vouloir traverser la Manche ainsi que de son gérant, Armand Vincent, un promoteur très actif au début du XXe siècle.
(2) Donald Guay. La culture sportive. Presses universitaires de France, Paris, 1993, p. 116.

Photo : Jacques Amyot lors d’une compétition, 1955. BAnQ Québec (P322, S3, D14-1). Photographe Paul-Émile Duplain.

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