Major Taylor, la fabuleuse histoire du célèbre sprinter noir

28 avril 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.

RITCHIE, ANDREW. Major Taylor, la fabuleuse histoire du célèbre sprinter noir. Souffles SA, pour la traduction française, 1989, 298 pages.

En lisant l’article de Donald Guay sur le World’s Meet de 1899, vous remarquerez que le gagnant, chez les professionnels, des courses de un et deux milles est nul autre que Major Taylor. À l’occasion de cette rencontre à Montréal, l’athlète américain est sacré champion du monde.

En parcourant cette biographie du sprinter noir, « le nègre volant » comme on l’appelait à l’époque, on découvre beaucoup d’informations sur cette période où les foules s’entassaient dans les vélodromes afin de voir ces hommes se déplacer à des vitesses folles.

« Dans un monde sans automobile, motocyclette ou avion, les coureurs cyclistes étaient les hommes les plus rapides de la planète. Les champions avaient une aura de bravoure et de panache. Ils étaient des figures héroïques et éclatantes, et lorsqu’ils atteignaient le succès, ils gagnaient énormément d’argent ».

Major Taylor parvient à se hisser au plus haut sommet de sa discipline dans ce contexte sportif, dans une Amérique où la ségrégation et le racisme étaient d’usage. Ses qualités d’athlète, ses principes personnels et sa détermination lui permettent de battre ses adversaires sur la piste… et à l’extérieur des vélodromes. À cette époque, la place des citoyens afro-américains était peu enviable dans la société américaine. Les cyclistes blancs voyaient d’un très mauvais œil qu’un athlète noir parvienne à les battre et plusieurs haïssaient Taylor. Il devait surveiller constamment ces adversaires et s’il roulait à toute vitesse, c’était bien souvent pour éviter d’être entouré de ses adversaires blancs, qui cherchaient à le coincer constamment. Malgré tout, il courait sans tricher et demeurait un athlète exemplaire.

En dehors de la piste, c’était le combat continuel pour participer à des compétitions où on jouait la carte de la ségrégation pour empêcher Taylor de prendre part aux épreuves. Mais la foule le réclamait, car il donnait tout un spectacle.

Il fut le premier athlète noir à être membre d’une équipe, le premier à être commandité par des manufacturiers, le premier à briser des records mondiaux et le premier à participer à des compétions pour un championnat annuel en Amérique.

« Cette réussite le plaça comme un exemple de succès qui fit l’orgueil de la communauté noire américaine dont il fut, à l’étranger, le représentant très respecté à une époque où la plupart des Européens n’avaient encore jamais vu un noir ».

C’est un travail colossal que nous présente Andrew Ritchie. Pendant plus de dix ans, il fouille les archives américaine et française, il rencontre la fille de Major Taylor et il s’applique à nous faire revivre le contexte social, sportif et humain de l’époque.

Jetez un œil sur ce livre et vous verrez qu’au-delà de l’événement sportif, les termes sport et société sont « définitivement » liés.

Bien avant Jackie Robinson, il y eut Major Taylor, qu’on se dise…

Photo:
Major Taylor au vélodrome de Buffalo, en 1908.
Source: fr.wikipedia.org.

 

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