Le club Médaille d’Or

11 juin 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion.

« Le Canada français s’intéresse à ses athlètes. » Tel est la phrase-choc rédigée par un chroniqueur sportif du journal Le Droit, lorsque Gérard Côté reçoit le trophée Jos. Cattarinich lors d’un banquet tenu à l’hôtel Windsor au mois de février 1941. À cette époque, alors que des organismes anglophones du Québec et du Canada honorent le marathonien, la communauté sportive francophone réplique en créant un trophée et en rendant hommage à cet athlète qui avait remporté les marathons de Boston et de Yonkers en 1940.

Cette soirée marquera l’histoire, car c’est une des premières fois que l’ensemble du monde sportif francophone du Québec se réunit pour célébrer un des siens. Il faudra attendre 27 ans avant qu’une association francophone souligne les exploits des athlètes francophones sur une base régulière et permanente. Cette association se nomme le Club Médaille d’Or.

Le contexte des années 1960

L’histoire sportive du Québec nous apprend que les Canadiens français ont véritablement investi le champ de la pratique sportive vers la fin du XIXe siècle. Pendant de longues décennies, bien qu’ils envahissent peu à peu le champ sportif, les membres de la communauté francophone demeurent sous-représentés dans l’administration des clubs et des associations.

En parallèle à l’encadrement clérical que l’on retrouve dans les Patronages ou dans les Organisations des Terrains de jeux (OTJ), une seule organisation civile francophone, la Palestre nationale, saura résister au passage du temps. Fondée en 1894, cette institution est encore active au seuil de la Révolution tranquille.

Le début des années 1960 marque le début d’une période de réflexion et d’analyse du système sportif qui prévaut alors au Québec. Les Canadiens français forment des comités, analysent la situation et finalement, en 1968, proposent un nouveau modèle et prennent en main de nouveaux organismes financés par l’État québécois. Dans cette mouvance d’idées et d’actions émergent la Confédération des sports du Québec et plusieurs fédérations sportives québécoises.

La Palestre nationale

En 1967, l’Association athlétique nationale de la jeunesse (AANJ) qui dirige la Palestre nationale, réagit elle aussi aux changements sociaux issus de la Révolution tranquille. Le 30 août, les dirigeants se réunissent au Pavillon de la Province de Québec, à Terre des Hommes, pour une journée d’étude. Les 37 dirigeants et invités se penchent sur une réorganisation et sur les plans d’avenir.

Au cours de la journée, André Laurence, le vice-président exécutif, fait un exposé au sujet d’un projet de club social et sportif de la Palestre nationale. Laurence souligne que plusieurs groupements de professionnels, clubs sociaux et Chambres de commerce ont de nombreux membres et que des activités favorisent le fait que les membres restent attachés à leur association. Ainsi, afin de conserver l’intérêt des directeurs et des membres de la Palestre, Laurence croit qu’une formule de club social serait de nature à conserver les membres et l’organisation de rencontres fréquentes serait susceptible de créer un esprit de famille qui semble inexistant à l’époque.

André Laurence poursuit son exposé en déclinant les buts du club : encourager les jeunes sportifs déshérités; aider financièrement les athlètes qui concourent sur le plan national et international; rendre hommage à un athlète qui s’est mis en évidence ou à une personnalité du monde du sport qui s’est dévoué à promouvoir le sport en général; unir les véritables sportsmen et maintenir des relations entre les personnes qui ont participé et qui participent encore à la direction de la Palestre nationale. Du côté des avantages, les membres pourront assister à un dîner mensuel où ils pourront entendre des conférenciers dans le domaine de l’éducation physique, des loisirs et du sport et rencontrer des personnalités du monde du sport.

Ce projet amène une discussion et plusieurs directeurs échangent des idées. Certains émettent des craintes et veulent être rassurés. D’abord, on ne tient pas à ce que ce club social change les buts poursuivis par la Palestre et on veut s’assurer que cette nouvelle organisation relève du Conseil d’administration afin de garder le contrôle sur elle.

Finalement, Bernard Proulx, un des vice-présidents, propose « que la Palestre Nationale fonde un club social et sportif et que Me André Laurence et Jacques Sarrazin soient mandatés pour structurer ce club. »

Le club Médaille d’Or  

La première réunion du comité des dîners-causeries se déroule le 11 septembre 1967. Jacques Sarrazin et Roger Latourelle agissent comme président et secrétaire d’assemblée. Ils sont accompagnés de Pierre Blain, Gérald Mousseau, Robert Dagenais, André Laurence et René Champoux. La réunion a pour but d’établir les structures, définir les tâches, discuter des objectifs du club et finalement établir les conditions pour devenir membre. Le comité sera composé de seize personnes et les sous-comités formés seront les suivants : recrutement; registraire; réceptions; conférenciers et programmation et finalement information et publicité.

Un formulaire pour suggérer un nom est envoyé aux membres du Conseil général ainsi qu’aux anciens présidents. Mais déjà les administrateurs proposent quelques noms : Club Olympique, Club des Sportifs de Montréal et Club des sportifs de la province de Québec.

Deux semaines plus tard, lors de la deuxième réunion, le comité analyse les réponses. Les journées les plus populaires pour tenir un dîner sont les lundis et mercredis. Vingt-trois noms ayant été suggérés, il est proposé par Pierre Blain, premier vice-président de la Palestre, que le nom « Club social Médaille d’Or » soit retenu. De plus, c’est lors de cette réunion que l’on nomme les membres du premier conseil d’administration.

Ainsi, le 25 septembre 1967, le Club Médaille d’Or est baptisé et son conseil d’administration est formé de Jacques Sarrazin, président; Pierre Blain, 1er vice-président; André Laurence, 2evice-président; Gérald Mousseau, secrétaire et Robert Dagenais, trésorier. Deux jours plus tard, le CA de la Palestre nationale entérine le nom. Le Club Médaille d’Or est bel et bien né, au travail!

Les premières agapes

Le premier dîner auquel assistent 92 personnes se déroule le 25 novembre 1967. À cette occasion, le conférencier est le Père Marcel de la Sablonnière. Le Club honore alors neuf athlètes ayant participé aux Jeux panaméricains de 1967. Parmi eux, les plus connus demeurent le boxeur Donato Paduano et l’haltérophile Pierre St-Jean.

Au début de 1968, le Club Médaille d’Or cimente ses fondations sur lesquelles se construira sa longue histoire. En effet, le 8 janvier 1968, lors d’une réunion du conseil d’administration du CMO, Georges Cousineau qui occupe alors le siège présidentiel de la Palestre nationale, propose que « le Club Médaille d’Or organise, annuellement, un très grand dîner, en plus de ses dîners mensuels où un comité de sélection sera nommé pour honorer plusieurs personnalités du monde du sport. » Le Club Médaille d’or devient donc le premier organisme à honorer les athlètes québécois par le biais d’un gala annuel.

Le 31 janvier 1968, à l’occasion de son deuxième dîner mensuel, le Club Médaille d’Or honore pour la première fois un athlète professionnel. Il s’agit d’Henri Richard à qui on rend hommage puisqu’au cours de sa jeunesse, il a porté les couleurs du National (le club de la Palestre) dans la Ligue métropolitaine de hockey.

En parallèle à la préparation du gala du 12 juin, les dîners se poursuivent au cours de mois de février, mars et avril avec la présence d’un conférencier et des hommages rendus à des personnalités sportives québécoises.

Dès que l’organisation du gala se met en branle, on doit faire progresser certains dossiers comme la formation du comité de sélection, la nomination des athlètes et bien entendu, tout ce qui entoure la soirée : le lieu, la composition du menu, les invitations, la recherche de commandites, le déroulement du gala, etc.

Un comité de nominations et de procédures est formé de Claude Mouton, Marcel Gaudette, Paul-Marcel Raymond, Pierre Proulx, Jacques Sarrazin, George Cousineau, Roger Latourelle et Michel Milleret. On demande aux fédérations sportives de proposer trois athlètes susceptibles d’être nommés athlètes de l’année, tandis que chez les professionnels, le choix des trois athlètes est confié à des journalistes.

Une soirée historique

Le 12 juin 1968, 493 convives ayant déboursé 10 $ se réunissent à l’hôtel Château Champlain pour une soirée historique, le premier gala du Club Médaille d’Or. À la table d’honneur composée des présidents du CMO et de la Palestre nationale, on note la présence de Jean-Marie Morin, Ministre d’État à la Jeunesse aux Loisirs et aux Sports, de M. Jean Drapeau, maire de Montréal, Louis de Laigue, consul général de France à Montréal et de M. Gaston Meyer, rédacteur en chef du quotidien français L’Équipe qui prononce une allocution sur l’athlétisme.

Pour la première fois dans l’histoire sportive du Québec, un athlète est nommé « athlète de l’année » dans chaque discipline sportive. Certaines disciplines couronnent même un athlète amateur et un athlète professionnel. Mais le CMO va plus loin et nomme d’autres membres de la colonie sportive francophone : journaliste; photographe; commentateur sportif à la radio; à la télévision; administrateur ou promoteur et enfin, pour couronner le tout, un athlète mondial par excellence! En tout, le CMO nomme des personnalités dans 41 catégories distinctives.

Parmi les Claude Raymond, Pierre Desjardins, Jean Rougeau, Adrien Bigras, Jacques Duval, Pierre St-Jean, Robert Bédard, François Godbout, Réjean Houle et Hervé Fillion et bien d’autres, c’est Jean Béliveau qui est nommé athlète canadien-français de l’année tous sports confondus. Dans les catégories spéciales, en plus des Jacques Beauchamps, Rocky Brisebois, René Lecavalier et Denis Brodeur, c’est le skieur Jean-Claude Killy qui reçoit le titre d’athlète mondial par excellence.

Lorsque les convives quittent la salle après cette première soirée de gala, ils sont loin de s’imaginer que des centaines d’athlètes québécois seront honorés au fil des ans. Cette soirée fera époque : par ses origines et sa mission, le Club Médaille d’Or jouera un rôle déterminant dans l’histoire sportive du Québec. Il n’y a pas à dire, encore aujourd’hui le Club Médaille d’Or s’intéresse toujours aux athlètes du Québec.

Photo: Jean Béliveau fut nommé athlète canadien-français tous sports confondus lors du premier gala du Club Médaille d’Or.
Source:hockeyjuniormajeur.e.monsite.com

Logo du Club Médaille d’or.
Source: clubmedailledor.org.

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