Napoléon Lajoie, la merveille franco-américaine

10 juillet 2018

Président du chapitre québécois de la Society for American Baseball Research, Patrick Carpentier est un précieux collaborateur. En plus de rédiger des textes pour Sport et Société, il est associé de près à nos cahiers d’histoire.

En 1901, Napoléon Lajoie des Athletics de Philadelphie remporte la triple couronne, ayant dominé la Ligue américaine pour les coups de circuit, les points produits et la moyenne au bâton. Il allait devenir le meilleur et le plus populaire joueur de baseball de son époque. Étonnement, sa famille venait de Saint-Hyacinthe!

En effet, son père Jean-Baptiste est né à Saint-Hyacinthe. Puisque Célina Guertin, sa future épouse, vient de Saint-Pie, le couple se marie à cet endroit le 18 octobre 1852. Un an plus tard, Célina donnera naissance à un premier enfant qui sera baptisé à Saint-Hyacinthe. Par la suite, le couple déménagera à Saint-Pie, puis à Sainte-Cécile-de-Milton pour finalement émigrer aux États-Unis en 1866.

À son arrivée en sol américain, la famille demeure à Rutland au Vermont puis se fixe définitivement à Woonsocket dans le Rhode-Island peu de temps après. C’est à cet endroit que Napoléon voit le jour le 5 septembre 1874. Il y apprend également les rudiments du baseball. Son talent se manifeste très tôt si bien qu’à  l’âge de 17 ans il est recruté par un club des ligues mineures. Des performances brillantes lui font faire le saut dans les grandes ligues quelques mois plus tard. Le 8 août 1896, les Phillies de Philadelphie acquièrent donc ses services. Il devient vite l’un des meilleurs deuxièmes buts du baseball.

La Ligue Américaine est formée en 1901. Lajoie décide d’y évoluer. Il est engagé par les Athletics de Philadelphie, ceux-là même qui allaient s’associer aux Alouettes de Saint-Hyacinthe dans les années cinquante. Il remporte la triple couronne à sa première saison. Sa moyenne au bâton de .426 cette année-là est toujours la plus haute jamais réalisée par un joueur des majeures de l’ère moderne.

Les Phillies, mécontents d’avoir perdu les services de leur joueur vedette, intentent une action en justice contre Lajoie et les Athletics. Le litige traine en longueur. Les rumeurs amènent Lajoie de nouveau avec les Phillies ou même avec les Royaux à Montréal! En effet, les nouvelles de ses exploits traversent les frontières et galvanisent la pratique du baseball au Québec. Lajoie est très populaire à Montréal et les Royaux espèrent pour un bref moment acquérir la merveille franco-américaine. Malheureusement, l’affaire se règle et un compromis envoie Lajoie à Cleveland au milieu de la saison 1902.

L’année suivante, le propriétaire de l’équipe de Cleveland surnomme son club « les Naps » en son honneur. L’équipe allait conserver ce surnom jusqu’à la saison 1915 lorsqu’elle prend définitivement le nom d’Indians qui nous est si familier aujourd’hui. Avec les Naps/Indians, Lajoie remporte le championnat des frappeurs cinq fois faisant de lui la plus grande vedette du baseball majeur de l’époque avec Ty Cobb. Lajoie tire sa révérence du baseball majeur après la saison 1916.

Il est engagé comme joueur-gérant par les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale pour la saison 1917. Toujours aussi talentueux malgré ses 42 ans, il remporte le championnat des frappeurs! Son équipe termine bonne première, loin devant les Royaux, qui eux, allaient plier bagages la saison suivante pour s’envoler vers Baltimore. C’est un accueil exceptionnel que les partisans montréalais lui réservent lors de son premier passage dans la métropole au début de l’été. Une cérémonie avait été organisée avant le programme double du samedi 9 juin question de célébrer l’une des plus grandes vedettes du baseball. D’ailleurs, un large contingent d’amateurs de baseball de Saint-Hyacinthe se rend à Montréal pour applaudir celui qu’ils considèrent comme l’un des leurs. La pluie annule cependant les célébrations et les deux parties. Mais celles du dimanche ont lieu et une foule fort nombreuse y assiste, réservant de longues ovations à Lajoie chaque fois qu’il se présente au bâton.

Napoléon Lajoie prend sa retraite définitive du baseball après un bref passage à Indianapolis dans l’Association américaine en 1918. Il fait son entrée au Temple de la renommée du baseball en 1937, soit la seconde année d’existence de l’institution. Lajoie décède le 7 février 1959. Les experts le considèrent toujours aujourd’hui comme l’un des meilleurs joueurs à avoir évolué dans le baseball majeur.

Photo: basebalhistorian.com

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