Les Red Sox de Granby de 1951 : Un exemple réussi d’intégration raciale

18 juillet 2018

Président du chapitre québécois de la Society for American Baseball Research, Patrick Carpentier est un précieux collaborateur. En plus de rédiger des textes pour Sport et Société, il est associé de près à nos cahiers d’histoire.

Le Québec a tenu une place de choix dans l’intégration raciale du baseball. Ne pensons seulement qu’au passage de Jackie Robinson chez les Royaux de Montréal en 1946 pour apprécier l’importance du Québec dans l’ouverture du baseball professionnel aux joueurs de couleurs. Outre les Royaux, la Ligue provinciale a également été un véhicule important dans l’intégration raciale. De nombreux joueurs noirs se sont trouvé des postes parmi les équipes de la ligue dès les années trente. L’apogée du phénomène se situe cependant à la fin des années 40 et au début de la décennie suivante.

Les amateurs de baseball de Granby ont eu la chance de voir évoluer de nombreux joueurs noirs au fil des années, avec différents degrés de succès évidemment. La saison 1951 marque cependant un tournant puisque les Red Sox (c’était le nom de l’équipe granbyenne cette saison-là) connurent une année exceptionnelle. De nombreux joueurs ayant déjà évolué dans les Ligue de Noirs aux États-Unis mettent alors l’épaule à la roue pour donner à Granby une équipe championne en saison régulière.

Joseph Monteiro, un joueur latino-américain, est la pierre angulaire du club. Il frappe pour .353 et cogne 28 coups de circuit. Il était arrivé à Granby en 1948 et s’était avéré un joueur fort populaire auprès des partisans locaux. Bill Cash, un receveur qui avait évolué pendant sept saisons pour les Stars de Philadelphie de la Ligne nationale noire, fait aussi très bien en 1951 avec une moyenne au bâton de .296 et 16 circuits. Quincy Barbee était probablement le joueur le plus connu de l’équipe. Il roulait sa bosse dans le baseball organisé noir depuis les années trente. Il avait joué pour les Monarchs de Kansas City, l’équipe pour laquelle Jackie Robinson évoluait avant d’atterrir chez les Royaux en 1946. Âgé de 37 ans, Barbee maintient tout de même une moyenne efficace de .289 avec Granby en 1951. Il cogne également 27 doubles. D’autres noirs évoluent au sein du club, parmi ceux-ci les Buddy Armour et Bob Griffith ainsi que les lanceurs Roy Partlow et Bill Ricks.

On retrouve également deux Québécois. Gerry Cotnoir, mieux connu pour ses prouesses au hockey, avait néanmoins servi de receveur aux lanceurs des majeures Max Lanier et Sal Maglie lors de leur passage chez les Cubs de Drummondville en 1949. L’autre québécois dans l’alignement des Red Sox n’est nul autre que Roger Bédard, mieux connu à Granby pour sa carrière au hockey à titre de joueur et d’instructeur; d’ailleurs le pavillon des patineurs sur les rives du lac Boivin porte son nom. Monsieur Bédard jouait pour le club de Granby depuis 1946 et cumule une moyenne au bâton de .210 en 21 parties en 1951.

Les Red Sox terminent la saison avec un dossier de 74 victoires et 51 défaites, à égalité en tête de la ligue provinciale avec les Athlétiques de Sherbrooke. En ronde éliminatoire préliminaire, le club de Granby affronte les Braves de Québec qui ont fini quatrièmes à huit parties de la première place. L’équipe granbyenne s’écroule. Elle perd la série en quatre parties consécutives.

La dernière joute, disputée à Québec le 12 septembre, met en vedette un duel de lanceurs de rêve. Georges Maranda est au monticule pour Québec. Originaire de Lévis, il ira quelques années plus tard lancer pour les Giants de San Francisco. John Andre est l’artilleur granbyen sélectionné pour affronter les Braves. Il a maintenu un dossier de 20 gains et 11 revers en saison régulière avec une superbe moyenne de points mérités de 2.98. Il allait brièvement évoluer pour les Cubs de Chicago en 1955.

C’est Maranda qui sort victorieux. Il aide son équipe à remporter une victoire de 2 à 1 en dix manches. Seule consolation pour Granby, Roger Bédard est le meilleur des siens. Il frappe deux coups sûrs en quatre présences au bâton et compte le seul point de son équipe. Sherbrooke éliminera par la suite les Braves en série finale pour remporter le championnat de la Ligue provinciale.

Photo: Le receveur Bill Cash.

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