Le marathon dont vous êtes le héros!

22 août 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion. Paul Foisy est également l’éditeur du site Sport et Société depuis 1999.

Chaque année, des centaines de Québécois et de Québécoises se préparent à courir un marathon, une course dont la distance à parcourir est de 42,2 kilomètres. Selon les données compilées par le site iskio.ca, le nombre de marathons présentés au Québec est passé de cinq, en 2008, à dix-huit, en 2017 avec un sommet de vingt et un, en 2016. Ces coureurs qui cumulent des mois d’entrainement afin de compléter cette épreuve mythique sont loin d’être les premiers à agir ainsi au Québec. En jetant un bref regard sur l’histoire du marathon québécois, on entrevoit un portrait général de l’évolution de la course sur route.

Les débuts de la pratique
Le 24 mai 1909, onze coureurs s’affrontent sur le terrain de la « Montreal Amateur Athletic Association » lors du premier marathon présenté à Montréal. Suite à la finale dramatique du marathon olympique de Londres, en 1908, le public est fasciné par ces athlètes qui selon la perception de l’époque, risquent leur vie lors de telles épreuves. Des promoteurs profitent de cet attrait pour présenter des courses pour professionnels; le marathon du 24 mai 1909 est couru dans cette foulée.

Quelques années plus tard, un premier athlète québécois parvient à s’illustrer sur la scène internationale. En effet, au mois d’avril 1915, Édouard Fabre remporte le marathon de Boston après avoir terminé deuxième l’année précédente. Les succès de Fabre amplement relayé par une presse enthousiaste font de lui un des premiers francophones à devenir objet de fierté auprès d’une population en mal de héros.

Au tournant des décennies 1920 et 1930, la présentation de grandes épreuves à relais en raquettes et en course sur route vient relancer la popularité de la course à pied et des marathons. Le promoteur Armand Vincent constitue la bougie d’allumage de ces événements d’envergure qui s’adressent aux athlètes professionnels.

Au milieu des années 1930, la crise économique contribue à la disparition des épreuves de courses pour professionnels, laissant ainsi le champ libre aux tenants de l’amateurisme. Désormais, les motivations des coureurs ne sont plus d’ordre économique : la possibilité de participer au marathon de Boston, aux Jeux de l’Empire (Jeux du Commonwealth) ou même aux Jeux olympiques devient l’élément moteur qui propulse les athlètes amateurs. Parmi eux, Gérard Côté remporte le marathon de Boston à quatre reprises au cours des années 1940. Il sera celui qui parviendra à s’illustrer le plus au cours de cette période. À défaut d’accumuler des gains financiers, Gérard Côté atteindra une certaine popularité auprès du public québécois qui voit en lui le successeur d’Édouard Fabre.

Au cours des années 1950 et 1960, la course sur route et le marathon sombrent dans l’oubli au Québec. À cette époque, la Mecque de la course à pied est Saint-Hyacinthe, car Gérard Côté y organise une course sur route de 1947 à 1975. Des athlètes provenant du Québec, de l’Ontario, des Maritimes et du nord-est des États-Unis participent au Marathon de Saint-Hyacinthe. À Montréal, la course sur route repose sur les épaules des bénévoles du Club des Francs-Amis qui organisent la Classique du parc La Fontaine à compter de 1950.

La mode du jogging
Puis, au cours des années 1960, une véritable révolution survient au sein de la culture sportive : peu à peu, le mot « jogging » devient à la mode dans le monde industrialisé. La fièvre du jogging atteindra le Québec au cours des années 1970. En corolaire à cette prise de conscience sur l’importance de l’activité physique pour combattre les maladies liées à la sédentarité, plusieurs coureurs voudront vivre l’expérience du marathon.

Après une absence de plus de 25 ans, on présente un marathon à Montréal. Ce retour s’effectue le 24 juin 1972 lors d’une course disputée en soirée qui est remportée par l’Ontarien Jérôme Drayton. Puis, en pleine tempête de neige, de vaillants coureurs participent au marathon de Montréal le 17 mars 1974. Cette épreuve printanière, organisée à quelques reprises au cours des années 1970, sera à son apogée en 1977 avec plus de 350 participants, dont 70 au marathon.

Les vagues de popularité
À la fin des années 1970 et au cours de la décennie 1980, ce qui est reconnu comme étant la première vague de popularité de la course à pied déferle sur le Québec. Un circuit provincial voit le jour et des compétitions se déroulent un peu partout au Québec. Puis, le 25 août 1979, 8200 coureurs entassés sur le pont Jacques-Cartier participent au premier Marathon international de Montréal. L’image fera époque. Cette épreuve sera présentée de 1979 jusqu’en 1990, puis de 1992 à 1996. Certaines années, l’événement réunira jusqu’à 12 000 athlètes.

Dans une certaine mesure, la course à pied et le marathon reflètent les nouvelles tendances véhiculées au sein de la société. La présence des femmes et des athlètes en fauteuil roulant est dès lors acceptée et souhaitable. Bien que plusieurs athlètes québécois, autant chez les hommes que chez les femmes, atteignent un niveau de performance assez élevé, André Viger et Jacqueline Gareau demeurent deux des grandes figures marquantes de ce premier boom de la course à pied au Québec.

Entre 1996 et 2003, année où le marathon de Montréal renait de ses cendres, la course sur route évolue. Encore aujourd’hui, elle continue à se développer dans tous les sens. Depuis le tournant des décennies 2000 et 2010, nous vivons la deuxième grande vague de popularité de la course à pied, une onde qui est de loin plus forte que la précédente. Les épreuves de course à pied se comptent maintenant par centaines au Québec. Selon les données compilées par le site iskio.ca, le nombre d’épreuves de course à pied passe de 264, en 2008, à 1341, en 2017, avec un sommet de 1395 épreuves, en 2016. Les promoteurs d’événements de course à pied l’ont compris. Ils offrent désormais une variété de parcours et le marathon n’est qu’une épreuve parmi d’autres, même si elle garde son caractère mythique. Les courses à pied sont devenues des événements festifs, des endroits de sociabilité qui répondent aux impératifs de la vie moderne et aux différents besoins exprimés par les coureurs qui demeurent des consommateurs de plus en plus exigeants.

Le héros de la course n’est plus celui qui remporte la victoire comme Édouard Fabre ou Gérard Côté : c’est désormais tous ceux et celles qui se présentent sur la ligne de départ.

Photo: wallscover.com

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