(Rapport Parent) Tome 3 Les programmes d’études (1964). Chapitre 22 L’éducation physique

1 octobre 2018

À la suite du décès de Paul Gérin-Lajoie et de ses funérailles nationales qui se sont déroulées le 9 août 2018, Sport et Société vous propose de jeter un oeil sur l’histoire de l’éducation physique par le biais d’une série de textes sur le Rapport Parent. Voici le troisième texte de Roger Boileau, sociologue et éducateur physique.

Roger Boileau est un éducateur physique, détenteur d’une maîtrise et d’un doctorat en sociologie. Professeur à l’Université Laval de 1969 à 2004, il est aujourd’hui professeur associé à cette institution et fondateur du Laboratoire de recherche sur la culture corporelle de Québécois. Sport et Société remercie Roger Boileau pour sa collaboration.

Nous reproduisons intégralement ce chapitre dont l’acceptation par les instances politiques permettra l’émergence de l’éducation physique scolaire contemporaine. Que dire aujourd’hui de ce chapitre?

On constate les influences européennes, la justification de l’éducation physique qui repose sur une approche multidisciplinaire (physique, affectif, éthique et intellectuelle), la nécessité du travail en équipe, l’éclectisme des moyens retenus, le type de programme à plusieurs volets, la nécessité d’une évaluation crédible, les compétences attendues de la part des futurs professeurs d’éducation physique, etc.

Nous vivons encore avec plusieurs de ces recommandations et autres changements qui se sont greffés au fil des ans. La lecture du texte et de ses recommandations constitue une invitation à réfléchir à sa pertinence et au bilan qu’on aimerait tracer aujourd’hui.
– Roger Boileau

Introduction
870. L’école, chargée d’assurer le développement intégral de l’enfant, a jusqu’ici, dans le Québec, du moins dans le secteur catholique, non seulement négligé l’éducation physique, mais souvent aussi contribué à créer ou à accentuer chez l’enfant des déformations ou déficiences de toutes sortes. Une enquête faite en 1959 sous les auspices de la section « Éducation physique et récréation », de l’Université Laval, a révélé que « si l’enfant arrive à l’école à l’âge de six ans en bon état physique, il voit sa capacité physique baisser d’année en année » . Il faut donc, dans ce domaine, entreprendre une réforme profonde et obliger l’école à envisager sérieusement sa grave responsabilité.

La situation au Québec
871. L’éducation physique, inscrite dans le programme des écoles publiques catholiques dès 1860, ne devint matière obligatoire qu’en 1937 ; malgré cela, cette discipline est à peu près entièrement négligée dans la grande majorité des écoles, faute d’équipement et de personnel compétent. En effet, le programme des écoles normales de 1960 consacre deux heures par semaine aux arts, que l’on subdivise en : chant, initiation à la musique, dessin, histoire de l’art, diction et culture physique ; mais « le comité de Régie du brevet A est d’avis que l’on substitue à la culture physique l’éducation cinématographique » . Les vingt pages consacrées à l’éducation physique dans le programme des écoles élémentaires catholiques et dans celui des écoles secondaires, restent en pratique lettre morte. Le Handbook for Teachers, des écoles protestantes, ne consacre que deux pages à l’éducation physique, sous le titre général de Health et combine cet enseignement avec celui de l’hygiène et de la sécurité ; en pratique, cependant, les écoliers protestants sont mieux partagés, l’éducation physique est prise plus sérieusement dans leurs écoles que dans les écoles catholiques, et cela depuis le début du siècle. McGill fonda son école d’éducation physique en 1916, et tous les futurs enseignants reçoivent depuis longtemps, à Macdonald College, une préparation pour enseigner l’éducation physique. Toutes les écoles protestantes de Montréal ont un spécialiste pour l’éducation physique ; depuis 1940, les grandes écoles protestantes même à l’extérieur de Montréal ont des gymnases et des terrains de jeu ; ce qui ne signifie pas, bien entendu, qu’il n’y a plus de progrès à faire.

La tendance ailleurs
872. Il y a, de part et d’autre, toute une philosophie de la vie et de l’éducation, à l’arrière-plan de ces attitudes. On sait l’importance considérable qu’on accorde à l’éducation physique dans les écoles américaines, en particulier, et dans la tradition britannique.
En France, par contre, cette préoccupation est plus récente ; mais l’épreuve de culture physique y compte maintenant pour des points, dans les notes d’examen du baccalauréat. Cette tendance à intro- duire l’éducation physique à l’intérieur même des programmes scolaires se répand actuellement dans la plupart des pays qui avaient jusqu’ici négligé cet aspect de la formation.

Importance de cette discipline, au point de vue :

a) physique
873. Il faut sans doute réformer d’abord une mentalité, en particulier celle de bien des éducateurs, si on veut que l’éducation physique reçoive dans les écoles l’attention et la place qu’on devrait lui accorder. Il y a là un devoir de justice envers les enfants, dont le développement physique, affectif, mais aussi intellectuel et moral est en cause. Sur le plan physique, cela apparaît assez clairement : les générations à venir critiqueront sans doute assez vertement un système d’éducation qui contraint des enfants en pleine croissance à se tenir courbés sur leurs livres et leurs pupitres six heures par jour, sans leur accorder par ailleurs l’occasion et le temps d’utiliser leurs facultés corporelles, sans prêter attention aux déformations et maladies de toutes sortes qui peuvent résulter d’un tel régime de vie. L’école elle-même porte ainsi atteinte à la santé de l’enfant, au lieu de la protéger et de la raffermir, comme elle devrait le faire.

b) affectif
874. L’éducation physique mobilise les énergies sous le contrôle de la volonté et procure à tout âge mais en particulier chez l’enfant et l’adolescent un plaisir et un épanouissement, une distraction et une détente qui lui sont salutaires et nécessaires.
« Là où l’expérience ludique a fait défaut ou a été malheureuse, on constate par la suite un certain manque de confiance en soi. Plus d’une fois l’étude d’une personnalité mal intégrée, nous a révélé une déficience ludique de cette période. » La culture physique développe chez l’enfant timide une certaine combativité dont il aura besoin dans la vie ; elle cana- lise, chez les autres, l’agressivité naturelle à cet âge. Elle contribue à l’équilibre psychosomatique.

c) éthique
875. Parmi les buts de l’éducation physique, le Handbook for Teachers, des écoles protestantes, indique, conformément à la meilleure tradition anglo-saxonne, la formation éthique . Il y a en effet toute une discipline et une maîtrise de soi, toute une formation à l’endurance et au courage, toute une habitude de loyauté dans le respect des règles du jeu et dans le respect de l’adversaire, qui peut découler d’une éducation physique bien comprise. « Le sport véritable ne propose pas à l’homme le corps comme but. Il propose à l’homme d’appliquer à son corps, pour le tendre vers sa limite et en quelque sorte pour la dépasser, tout ce qu’il possède d’énergie spirituelle. Le corps pour le sportif n’est pas le but mais l’instrument. L’instrument dont l’homme se sert pour s’éprouver dans la plénitude de sa condition terrestre, dans la joie de respirer, de fouler la terre, de fendre les eaux, dans la souffrance de l’effort poussé parfois jusqu’à l’héroïsme, jusqu’à la folie d’Icare, jusqu’à la folie des conquérants de l’Annapurna, jusqu’au-delà des frontières de la possibilité humaine. Telle est sa vertu morale, telle est sa dignité. » Pour que le sport puisse ainsi, selon le mot de Pie XII, « devenir une ascèse » , on doit faire prendre conscience aux élèves de cette orientation ; car on sait que les dictatures ont pu s’en servir comme instrument de militarisation et de violence.

d) intellectuel
876. L’éducation physique, loin de nuire au travail intellectuel, ne peut que le favoriser. L’expérience du mi-temps sportif, en France, a démontré que les écoliers qui consacrent plusieurs heures par jour au sport réussissent mieux dans leurs études que des écoliers de même milieu soumis au régime scolaire traditionnel. Pour contester cette réalité, il faudrait renier l’unité essentielle du corps et de l’esprit. Un bon équilibre psychosomatique favorise le travail intellectuel. Et l’exercice physique entraîne une oxygénation des cellules du cerveau aussi bien que de toutes les autres.


Erreurs à éviter
877. On pourrait rétorquer que les Grecs, qui pratiquaient l’athlétisme et les sports, n’ont pas toujours été des modèles d’équilibre affectif, sexuel ou moral ; que les Américains se reprochent à eux-mêmes de développer les sports parfois au détriment de la qualité intellectuelle de leurs écoles. Il est certain que les avantages physiques, affectifs, moraux et intellectuels que nous avons signalés peuvent avoir leur contre-partie, si on n’y prend garde ; mais nous sommes loin, pour le moment, d’être menacés par les abus dans ce domaine. Nous ne visons pas à former une race de gymnasiarques, mais simplement à assurer aux enfants des écoles, adultes de demain, un développement, une taille et une santé convenables. Un entraînement physique orienté vers les championnats peut tomber dans les excès, abuser des forces de l’enfant, le détourner des études. Un culte exagéré des sports portera les écoliers à idéaliser à l’excès un boxeur ou un joueur de hockey et à le mettre au rang des grands hommes. Une éducation physique mal orientée peut exacerber l’agressivité au lieu de la canaliser, développer le narcissisme, faire dévier la sexualité. C’est pourquoi la formation physique doit être donnée par de véritables éducateurs, bien qualifiés non seulement dans leur spécialité mais en psychologie et en pédagogie.


Travail en collaboration
878. L’éducation physique requiert la collaboration de tous les éducateurs. Le directeur de l’école devra souvent rappeler aux enseignants que chacun d’eux doit veiller à ce que les enfants se tiennent bien, travaillent dans une posture normale, qui ne comprime pas la cage thoracique ou ne courbe pas la colonne vertébrale ; Chaque maître doit lui-même donner constamment l’exemple d’une attitude correcte, énergique, qui tonifie l’esprit aussi bien que les muscles et combat simultanément la paresse physique et la paresse intellectuelle. Une bonne aération de la classe, le rappel des lois et des préceptes de l’hygiène, de l’importance de la propreté, du sommeil, du grand air, d’une alimentation saine, chaque fois qu’on en a l’occasion, voilà la forme de collaboration qu’on devrait attendre de chaque enseignant, sur le plan de l’éducation physique. La construction et le mobilier des écoles doivent être conçus en fonction du bien-être physique des enfants. Par ailleurs, le spécialiste de cette discipline devra lui-même collaborer avec les services médico-scolaires, dans l’intérêt des enfants. Il devra signaler aux services compétents tous les cas de déficiences qu’il peut remarquer au cours de son enseignement : tel enfant qui n’aime pas sauter ou courir souffre peut-être d’une déficience musculaire, ligamentaire ou osseuse, sans le savoir ; tel autre qui est trop courbé est menacé peut-être de rachitisme ou simplement souffre de la vue ; tel autre, dont les mouvements sont mal coordonnés n’a peut-être pas appris, au stade pré-scolaire, à bien distinguer la droite de la gauche, ce qui est en bas de ce qui est en haut – ce qui peut l’exposer à de graves accidents ; tel autre qui s’essouffle trop vite, souffre peut-être de végétations adénoïdes. Le professeur d’éducation physique est mieux placé que quiconque pour contribuer au dépistage de ces déficiences et pour orienter l’enfant vers les services correctifs requis.


Éléments du programme
879. L’éducation physique utilise une grande variété d’activités physiques. C’est par cette variété qu’elle assure une formation qui développe l’élève à tous les plans de sa personnalité. Ainsi le programme d’éducation physique pour l’ensemble de l’élémen- taire et du secondaire devra comporter des activités appartenant à chacune des six grandes familles suivantes : 1. exercices de gymnastique : corde à grimper, barres parallèles, tremplin, matelas – servant à développer la maîtrise des mouvements
de base ; 2. jeux et sports en équipe ou individuels, qui favori- sent la coordination musculaire, l’esprit de compétition loyale, l’équilibre cardiovasculaire et neuromusculaire ; 3. activités de plein air : excursions, ski, patinage, qui développent l’endurance, l’amour de l’air, du soleil, du froid, et de la nature en général ; 4. activités aquatiques : natation, plongeon, sauvetage, maniement des embarcations (on en profite pour faire prendre conscience des préceptes élémentaires de sécurité) ; 5. activités de combat : lutte, judo, escrime, etc., qui favorisent la rapidité des réflexes et donnent à l’individu des moyens de défense ; 6. activités rythmiques : natation et patinage de fantaisie, ballet, danses folkloriques, danses modernes – ce sont là des moyens d’expression qui font partie de la formation esthétique et sociale aussi bien que de l’éducation physique.

Adaptation du programme – évaluation
880. La répartition de ces activités et du temps qu’on accorde
à chacune variera selon le niveau de développement et selon le sexe de l’enfant. Ainsi, au niveau élémentaire, on accordera la prépondérance aux activités de gymnastique, aux jeux, à un dé- but d’initiative sportive et d’activités rythmiques. Le programme devra s’adapter aux besoins des divers âges, aux aptitudes physiques et à la formation antérieure des enfants. On pourra classer les enfants, pour ces cours, selon leur stade de développement physique plutôt que selon leur niveau d’étude ; le système d’options que nous proposons pour le niveau secondaire facilitera une certaine indivi- dualisation de l’éducation physique. L’évaluation des résultats devra porter sur les progrès de chacun selon ses aptitudes ; il faudra com- parer l’enfant avec lui-même plutôt qu’avec les autres enfants. C’est toute la différence entre l’esprit de performance personnelle et l’es- prit de compétition. Chaque élève devrait avoir une fiche permettant de suivre, d’année en année, son développement physique. Chaque enfant devra, outre l’examen médico-sportif d’aptitude, se soumettre à une évaluation de performance personnelle et à un examen sur les matières enseignées au cours d’éducation physique. Par ailleurs l’organisateur provincial de l’éducation physique devra faire faire les expériences scientifiques nécessaires pour s’assurer du rendement du programme en vigueur et l’améliorer constamment.

Structure du programme : trois phases – horaire
881. Le programme d’éducation physique doit comporter trois phases complémentaires les unes des autres et toutes trois nécessaires à un développement équilibré : la phase d’instruction, la phase de libre participation et la phase d’éducation physique adaptée aux besoins spéciaux. Comme toute autre matière scolaire, l’éducation physique exige, de la part de l’élève, l’acquisition de connaissances précises et un apprentissage, qui est ici l’apprentissage du mouvement ; c’est là l’objet du cours d’éducation physique, qui constitue la phase d’instruction. La phase de libre participation est celle où l’élève se porte vers les activités de jeu et de sport de son choix, selon une perspective de compétition dans des ligues, clubs, tournois, etc., à l’intérieur même de l’organisation scolaire. Cette libre participation permet à l’élève une dépense énergétique considérable, dans un jeu où il engage sans inhibition toute sa personnalité, sous l’observation et l’influence du maître. Cette libre participation est soit intramurale, à l’intérieur d’un même établissement, et destinée à la masse des élèves sans égard à leur degré d’habileté, soit extramurale, pour répondre aux besoins d’un petit nombre de surdoués sportifs qu’elle fait entrer en lice contre l’équipe sportive d’autres établissements. Enfin la troisième phase du programme s’adresse aux sousdoués physiques, aux déformés, aux handicapés et comporte un programme spécial d’instruction et de libre participation, adapté aux besoins de chaque enfant et dispensé sous surveillance médicale. Il nous semble qu’on doit accorder un minimum de deux heures par semaine, à tous les niveaux du cours, au cours d’éducation physique et un temps au moins égal à la phase de libre participation.

La tradition anglo-saxonne
882. En Angleterre, les éducateurs reconnaissent à l’éducation physique une grande importance aussi bien pour le développement et l’équilibre corporel que pour la formation du caractère ; le football ou le cricket sont une école de « fair play », qualité indispensable du futur gentleman. Aux États-Unis, les écoles et universités reconnais- sent aussi l’importance du sport, accordent une grande importance à la compétition entre établissements, parfois au détriment, selon certains éducateurs, de la fonction proprement intellectuelle de ces institutions.

Expérience du mi-temps sportif en France
883. En France, on a réussi, dans les écoles de Vanves, à com- primer l’horaire entre 8 h. 30 et 12 h. 30 du matin, pour réserver l’après-midi à une sieste, au sport et à une heure d’étude dirigée ; les enfants soumis à ce régime ont obtenu des résultats scolaires supérieurs à ceux d’une classe-témoin ; leur fiche anthropométrique témoigne d’un remarquable développement physique, en l’es- pace d’un an ou deux. L’expérience s’étend maintenant à environ 10,000 enfants de niveau élémentaire ; on songe à la prolonger au niveau secondaire. Lancée par un médecin scolaire de Vanves, le Docteur Fourestier, elle a pu être approuvée grâce à la collabo- ration de l’Académie de médecine. C’est peut-être la formule de l’avenir. Une autre expérience, celle des classes de neige – qui a été tentée aussi par un collège de Montréal – a également connu en France un grand succès : on amène en montagne, pour un mois, et sous la direction de leurs maîtres, une ou plusieurs classes d’enfants, afin qu’ils y pratiquent le mi-temps sportif, les heures d’après-midi étant consacrées au ski. Nous souhaitons vivement que des expériences de ce genre soient encouragées et tentées dans la province, en particulier pour les enfants des quartiers pauvres des grandes villes. À Montréal, des collèges classiques pour garçons ont décidé, depuis un an ou deux, de consacrer deux ou trois après-midi par semaine à l’éducation physique ; les élèves, d’abord assez récalcitrants, se sont ensuite rapidement enthousiasmés pour ce régime de vie ; leurs études sont loin d’en souffrir.

Nécessité d’un bon équipement
884. Les écoles secondaires de la province devront comporter désormais les installations et les terrains nécessaires à la pratique de l’éducation physique : gymnase, piscine, salles auxiliaires, salles de services, terrains de jeu et de sport, équipement convenable, etc. On devra prévoir l’utilisation maximum de tout cet équipe- ment, le mettre à la disposition de toute la population scolaire selon des horaires bien aménagés. Les écoles élémentaires de la région dotées elles-mêmes d’un gymnase, d’installations d’éducation physique et d’un terrain de jeu devraient aussi, quand cela est possible, avoir accès à l’équipement sportif plus élaboré que possédera la régionale. On devra accorder priorité, dans l’organisation de l’éducation physique et dans la distribution de l’équipement scolaire requis, aux écoles des quartiers pauvres des grandes villes, afin de compenser pour les déficiences du milieu et de la famille ; on réalisera ainsi une économie de capital humain et de frais d’hôpitaux considérable, mais surtout on assurera aux enfants une formation et un développement auxquels ils ont droit.

Le personnel enseignant
885. Le personnel enseignant du niveau élémentaire devra recevoir une formation le qualifiant pour donner l’éducation physique ; on pourrait, dans une grande école élémentaire, confier cet enseignement à un seul spécialiste ; il devra y avoir, pour chaque région scolaire, un directeur spécialisé en éducation physique qui assumera la surveillance et la direction de cet enseignement au niveau élémentaire, aidera les titulaires de classe ou les spécialistes en éducation physique de ses conseils et de ses suggestions. Au niveau secondaire, l’éducation physique devra être assurée par des spécialistes possédant une qualification égale à celle des autres professeurs de ce niveau, c’est-à-dire une licence universitaire ; le professeur d’éducation physique doit jouir du même prestige que les autres enseignants, participer aux mêmes conseils de classe et d’orientation, posséder une culture qui lui assure le respect des élèves et des maîtres. Ses connaissances doivent évidemment comporter, à côté de sa spécialité et des disciplines médicales et autres qui s’y rattachent, une solide formation psycho-pédagogique. On devra recruter le personnel féminin suffisant ; il est raisonnable que l’éducation physique soit enseignée aux classes de filles par un professeur féminin.

Direction et programmes
886. Malgré l’existence dans les universités de départements d’éducation physique assurant la formation professionnelle requise, le gouvernement devra prendre la responsabilité d’intensifier par un système de bourses, le recrutement et la formation du personnel suffisant, fournir aux écoles de tous les niveaux des programmes bien définis, pourvoir à l’installation de locaux et de terrains d’éducation physique, et à l’équipement de ces locaux. Le retard du Québec dans ce domaine va nécessiter la mise sur pied d’une vaste organisation, et requérir une direction efficace et dynamique. Il est urgent de nommer, au ministère de l’Éducation, un organisateur de l’éducation physique assisté d’un comité consultatif de spécialistes.

Conclusion et recommandations
887. Pour assurer, dans notre système scolaire, l’éducation physique nécessaire au développement intégral de l’enfant, nous formulons les recommandations qui suivent.

(280) Nous recommandons que l’éducation physique soit obligatoire à tous les niveaux de l’enseignement, jusqu’après la 13e année, durant au moins deux heures par semaine.
(281) Nous recommandons, comme mesure temporaire, que les titulaires actuels des classes élémentaires soient encouragés à suivre des cours d’été de perfectionnement en éducation physique.
(282) Nous recommandons que chaque commission scolaire régionale confie la direction de l’éducation physique au niveau élémentaire à un spécialiste qualifié.
(283) Nous recommandons que, le plus tôt possible, l’éducation physique au niveau secondaire soit confiée à des spécialistes possédant une licence dans cette branche.
(284) Nous recommandons qu’on accorde priorité, dans la distribution du personnel qualifié et de l’équipement requis, aux écoles des quartiers pauvres des villes.
(285) Nous recommandons que soit nommé à la Direction des programmes du ministère de l’Éducation, un organisateur de l’éducation physique, qui ait la responsabilité de faire préparer et faire réviser les programmes et d’en faire surveiller l’application.
(286) Nous recommandons que le ministère de l’Éducation établisse des normes au sujet des locaux et de l’équipement d’éducation physique requis dans les écoles nouvelles et pourvoie au réaménagement des écoles existantes en fonction des exigences de cette discipline.

Ce texte est le troisième d’une série de trois publiés dans Propulsion, volume 26, février 2014, p. 8-10. En 2014-15, Roger Boileau est « Éditeur invité » auprès de la revue Propulsion, la revue de la FÉÉPEQ (Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec) pour développer la thématique intitulée « Commémoration du 50e anniversaire du rapport Parent et de la création du ministère de L’Éducation en lien avec l’éducation physique scolaire ».

Autres textes de Roger Boileau à propos du Rapport Parent
Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec (Rapport Parent).
Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec (Rapport Parent) – « Quand la réflexion se marie à l’action ». Chronologie commentée.

 

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