Herbert (Herb) Trawick (1921-1985)

22 octobre 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion. Paul Foisy est également l’éditeur du site Sport et Société depuis 1999.

Pendant longtemps, on se souviendra de Jackie Robinson comme étant l’athlète ayant tracé la voie à l’intégration des Afro-Américains dans le milieu du sport professionnel. Si Robinson fait vibrer la foule montréalaise à ses débuts avec les Royaux en 1946, il faut donner le crédit à Herb Trawick qui a joué sensiblement le même rôle au football.

Né à Pittsburgh en 1921, le colosse de 5 pieds 10 pouces fait ses classes à la Kentucky State Universityde 1940 à 1942 où il obtient son diplôme en éducation physique. Après sa formation universitaire, il est enrôlé au sein de l’armée américaine.

Après la guerre, il devient membre du Montreal Rugby Football Club au mois de février 1946. Cette équipe, surnommée les Alouettes, fait partie du circuit de l’Interprovincial Rugby Football Union (IRFU) connu également sous le nom de Big Four. L’IRFU est sous la juridiction de la Canadian Rugby Union (CRU). Les règlements de la CRU ayant changé en 1946, il est possible pour les Alouettes, qui en sont à leur première saison, de procéder à l’embauche de cinq joueurs américains.

Malgré sa nervosité, Herbert Trawick démontre de la rapidité en dépit de ses 230 livres; il parvient à se tailler une place au sein de l’équipe montréalaise et il signe un contrat de 1600$ pour sa première saison. Excellent joueur de ligne dans les deux sens du terrain, il s’attire rapidement les éloges de la foule. Tant et si bien que les spectateurs montréalais le favorisent pour l’obtention du trophée Lord Calvert, décerné au « Joueur de Distinction » lors de la saison 1950.

Au cours de ses douze saisons avec les Alouettes, Trawick participe à quatre finales de la Coupe Grey (1949, 1954, 1955 et 1956). Il réussit à mettre la main sur le précieux trophée en 1948. Celui que le journaliste Roger Meloche comparait au « rock de Gilbraltar » est nommé cinq fois sur l’équipe d’étoiles de l’IRFU et deux fois sur l’équipe d’étoiles de la CRU en 1954 et 1955.

Véritable force de la nature, Herbert manque très peu de partie au cours de sa carrière. Fait mémorable, il réalise son seul touché lors de la partie de la Coupe Grey en 1949. Il parvient alors à faire échapper le ballon au quart adverse, le récupère et parcourt une trentaine de verges avant de franchir la zone des buts.

Il prend sa retraite du football au terme de la saison 1957. Il est nommé au Temple de la renommée du football canadien en 1975.  La même année, le Kentucky State UniversityHall of Fame lui fait le même honneur. Herb Trawick décède à Montréal le 1er janvier 1985. Dix ans plus tard, il est intronisé au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec.

À l’image de Jackie Robinson, il faut se rappeler qu’Herbert Trawick ouvre la porte aux joueurs de couleur au sein du football canadien.  À son arrivée avec les Alouettes en 1946, les équipes de Toronto et Ottawa menacent de boycotter les parties contre l’équipe montréalaise si le joueur de couleur est sur le terrain. Cette situation en dit long sur l’atmosphère de l’époque. Pourtant, des honnêtes hommes tels Trawick ont su s’accrocher afin de prendre leur place dans une société ou la différence était peu tolérée. Grâce à eux, au fil du temps, les mentalités ont changé.

Photo: lcf.ca

 

 

 

 

 

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