Les premiers terrains de baseball à Montréal

3 décembre 2018

Président du chapitre québécois de la Society for American Baseball Research, l’historien Patrick Carpentier est un précieux collaborateur. En plus de rédiger des textes pour Sport et Société, il est associé de près à nos cahiers d’histoire.

Le baseball devient le sport le plus populaire à Montréal au début du 20 siècle. Pourtant, il s’était développé dans l’ombre de la crosse et d’autres activités sportives tout au long du 19esiècle. Cette difficile évolution aura pour conséquence que le développement des terrains de baseball montréalais se fera de manière ardue et inégale pendant près de 30 ans.

À Montréal, le premier club de baseball voit le jour en 1869. Les montréalais jouaient cependant à des jeux de balles apparentés au baseball depuis déjà plusieurs décennies. Ces premières manifestations ne sont que récréatives. Les fervents du baseball s’adonnent au sport que pour le plaisir. Ils s’accommodent donc très bien des parcs publics et autres terrains improvisés pour pratiquer leur sport favori.

Selon des témoins de l’époque, des parties d’un jeu appelé « Bat and ball », lointain cousin du baseball, avaient lieu sur le Champs-de-Mars de Montréal dès les années 1840. Situé sur la rue Saint-Antoine entre les rues Saint-Gabriel et Gosford, le champ était utilisé pour les exercices militaires durant le régime français et cette vocation se poursuit après la Conquête. On présume que des jeux de balle puis de baseball y sont joués de façon intermittente jusqu’à la fin des années 1860 puisque que le terrain est au début du 19e siècle le seul espace vert de Montréal assez grand pour accommoder la pratique du sport. De nombreuses places publiques existent dans la ville mais il n’y a aucun parc, d’autant qu’un règlement municipal datant de 1865 interdit aux citoyens de jouer à la balle dans les espaces publics, sous peine d’une amende de 5 $ ou 48 heures d’emprisonnement.

Le sport est en popularité croissante au sein de la bourgeoisie anglophone de Montréal à partir du milieu du 19e siècle. La ville de Montréal prend de l’expansion au même moment. Les clubs sportifs récemment créés se mettent alors à la recherche de terrains propices à la pratique de leurs sports. Le regard des sportifs se dirige tout naturellement vers les nouveaux faubourgs, encore peu développés. Le terrain vacant qui devient le plus populaire parmi les sportifs montréalais se situe entre les rues Sherbrooke et de Maisonneuve sur la rue Bishop. Voisin de l’église St. James the Apostle, le terrain est divisé en deux : le Montreal Cricket Grounds est adjacent à la rue Sainte-Catherine tandis que le Montreal Lacrosse Grounds est aux abords de la rue Sherbrooke.

Ces deux infrastructures ont le mérite d’être les premiers terrains sportifs dignes de ce nom au Canada. Ils cessent toutefois d’être utilisés au début des années 1880 alors que le développement immobilier de la ville les rejoint. Aménagés pour la pratique de la crosse et du cricket, c’est malgré tout à cet endroit que les premiers clubs de baseball de Montréal disputent leurs parties, du côté cricket ou de la crosse selon les disponibilités. Fait à souligner, c’est au Montreal Lacrosse Grounds en 1872 que le Montreal Base Ball Club reçoit la visite des fameux Red Stockings de Boston, devenus plus tard les Braves d’Atlanta de la Ligue nationale. Le club montréalais est défait 63 à 3. L’événement marque l’intégration officielle de Montréal au monde du baseball nord-américain.

Les besoins d’espaces verts des montréalais pour des fins récréatives devenant de plus en plus évidents, les autorités municipales de Montréal créent au début des années 1870 les trois premiers parcs publics de la ville: le parc du Mont-Royal, le parc Lafontaine et le parc de l’Île Sainte-Hélène. Tous trois sont utilisés pour la pratique sportive, notamment celle du baseball qui connaît une certaine croissance à partir de la venue des Red Stockings dans la métropole.

Une gravure de 1874 tirée du magazine Canadian Illustrated News montrant une joute de baseball sur l’Île Sainte-Hélène est maintes fois reproduite dans les livres d’histoire du sport au fil des années. Le club de baseball qui y est représenté est le club Jacques-Cartier, fondé par les employés de l’Alliance des typographes. Il s’agit du premier club entièrement francophone à voir le jour à Montréal. Que le club joue ses parties sur l’Île Sainte-Hélène n’est pas une coïncidence. Les clubs francophones vont bien entendu évoluer sur des terrains situés dans l’est de la ville alors que les joueurs d’expression anglaise préféreront demeurer au centre-ville et dans les quartiers à majorité anglophone. Cette segmentation se poursuit bien au-delà des premières années du baseball à Montréal et aura des conséquences sur l’évolution de ce sport longtemps encore. Cependant, l’utilisation des grands parcs publics par les joueurs de baseball devient occasionnelle à partir du milieu des années 1890. Des joutes sont néanmoins organisées au parc Lafontaine jusqu’au début du 20esiècle.

Le baseball demeure avant tout un sport marginal à Montréal avant les années 1880. D’autres sports d’été, surtout la crosse, ont la faveur des sportifs montréalais. Les clubs de baseball ont de la difficulté à trouver des terrains où jouer ce qui a comme résultat de ralentir la progression du jeu américain dans la métropole. Il faudra encore quelques années au baseball pour s’imposer comme véritable alternative à la crosse. À ce moment, les nouvelles infrastructures sportives feront une place timide au baseball.

Illustration:
Partie de baseball sur l’Île Sainte-Hélène. « Montreal – Base-ball on St.Helen Island » The Canadian Illustrated News, 18 juillet 1874, p. 37.

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