Robert Rousseau

11 janvier 2019

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion. Paul Foisy est également l’éditeur du site Sport et Société depuis 1999.

Meilleur marqueur des Canadiens de Montréal en 1966 et 1967, Robert Rousseau  remporte quatre coupes Stanley (1965, 1966, 1968 et 1969) lors de ses dix saisons avec le Tricolore. En 1970, il est échangé au Minnesota et l’année suivante, il passe aux Rangers de New York. Au terme de ses quinze années dans la Ligue nationale, il aura joué 942 parties, marqué 245 buts et réalisé 458 passes.

Quelques notes biographiques

Robert Rousseau, joueur de hockey et professionnel du golf est né à Montréal, le  26 juillet 1940. Lorsque la famille Rousseau s’installe à Saint-Hyacinthe en 1942, Robert est âgé de deux ans. Au cours de son enfance, il affectionne particulièrement le hockey sur glace, car ses frères ainés lui servent de modèles. En 1948, la passion du hockey est telle qu’il rôde autour de l’aréna municipal pour y entrevoir des joueurs des Canadiens de Montréal qui y tiennent leur camp pré-saison.

Mais en plus de sa ferveur, le jeune Rousseau possède un talent exceptionnel. À l’âge de treize ans, il prend part à des joutes opposant les meilleurs joueurs de Saint-Hyacinthe à des équipes provenant de villages environnants. Deux ans plus tard, il rejoint ses frères Gilles et Jean, qui portent les couleurs des Braves de Saint-Jean d’une ligue de catégorie junior. 

Il attire alors l’attention de l’état-major des Canadiens qui lui propose un contrat à l’instar de ses frères Roland et Guy. Puisque les Canadiens n’ont jamais accordé de vraies chances à ses frères de jouer dans la Ligue nationale, les parents de Robert lui déconseillent fortement d’accepter cette proposition. D’ailleurs, les Red Wings de Détroit se montrent également intéressés à ses services. Malgré l’avis de ses proches, il appose sa signature sur le bas du contrat. Au début de la saison 1956-1957, les Canadiens l’envoient poursuivre sa formation avec le club-école Hull-Ottawa.

Au la fin de la campagne 1957-1958, il contribue au succès de son équipe qui remporte la Coupe Memorial. Deux ans plus tard, comme il est un des meilleurs joueurs juniors au pays, il est invité à rallier les rangs des Dutchmen de Kitchener-Waterloo qui représente le Canada aux Jeux olympiques de Squaw Valley. 

Au cours du tournoi olympique, Robert Rousseau inscrit cinq buts et quatre passes. Avec quatre victoires et une défaite, le Canada doit se contenter de la médaille d’argent, alors que les Américains, invaincus, remportent l’or.

À la saison suivante, celui que l’on surnomme « Bobby » participe à quinze matchs des Canadiens de Montréal. Puis, en 1961-1962, il joue sa première saison complète et la Ligue nationale lui décerne le trophée Calder attribué à la meilleure recrue.

Ses talents de fabricant de jeux et de passeur le maintiennent parmi les favoris des partisans des Canadiens. Il réalise son plus grand exploit le premier février 1964 alors qu’il marque cinq buts contre les Red Wings de Détroit. Au cours de la saison 1965-1966, il est nommé sur la deuxième équipe d’étoiles et il termine au deuxième rang des compteurs avec 78 points sur un pied d’égalité avec le légendaire Stan Mikita des Black Hawks de Chicago.

À sa retraite du hockey en 1975, il se consacrera entièrement à sa carrière de golfeur professionnel entreprise depuis 1964. En 1996, il remporta le championnat senior de l’Association des golfeurs professionnels du Québec. Il sera nommé joueur senior de l’année en 2005. Deux ans plus tard, il sera intronisé au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec.

Photo 1:  photo d’archives – journaldemontreal.com
Photo 2: Collection Robert Rousseau

L'odyssée olympique de Robert Rousseau

En 1960,  le hockeyeur Robert Rousseau, intronisé au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec en 2007, participait au tournoi olympique de Squaw Valley. À cette époque, le jeune Bobby était considéré comme un des meilleurs joueurs juniors au pays.

Alors qu’il jouait pour le Canadien jr de Brockville, Rousseau reçoit un appel de Sam Pollock qui l’informe que sa présence est requise avec les Dutchman de Kitchener/Waterloo, l’équipe qui représentera le Canada aux Jeux olympiques de 1960. Après la présence de cette équipe aux Jeux de Cortina d’Ampezzo en 1956, c’est la deuxième fois que cette formation représente le Canada aux Jeux olympiques.

Le 31 janvier, les « Dutchies » prennent la direction de la Californie en autobus nolisé. Avant de se rendre à Squaw Valley, le site des Jeux olympiques, la formation doit livrer sept parties d’exhibition l’opposant à des équipes de l’Ouest canadien. Dès son arrivée en Californie, Robert Rousseau témoigne de son voyage dans les pages du Clairon de Saint-Hyacinthe: « Ici tout est de première classe. Nous sommes enfin arrivés à destination jeudi soir vers minuit. J’étais très fatigué car nous avons voyagé toute la journée, de huit heures du matin et sur ce, neuf heures dans les montagnes. […] Nous entreprenons dès aujourd’hui un entraînement rigoureux. »

Lors du tournoi préliminaire, le Canada remporte trois victoires. Lors de la deuxième partie, Robert Rousseau s’illustre avec quatre buts dans une victoire de 19 à 0 sur le Japon.

Les six pays finalistes de la ronde des médailles doivent jouer cinq parties. Le 22 février, le Canada prend la mesure de l’Allemagne 12 à 0. Deux jours plus tard, une victoire de 4 à 0 face à la Tchécoslovaquie permet au Canada de se hisser au premier rang avec les États-Unis. Ces deux équipes s’affrontent le 25 février dans un stade rempli à craquer.

Robert Rousseau commente sa partie : « J’ai été dans la mêlée à 5 reprises dans les deux premières périodes, et j’ai eu une couple de chances de compter. Pour ce qui est de la troisième période, j’étais sur le banc et je priais pour que nous gagnions, mais ce fut en vain. » La foule américaine, en liesse, célèbre cette victoire inattendue de 2 à 1. Cette défaite du Canada est suivie par une victoire sur la Suède et sur l’Union Soviétique par la marque de 8 à 5.

Avec quatre victoires et une défaite, le Canada doit se contenter de la médaille d’argent, alors que les Américains, invaincus, remportent l’or. Après l’obtention de la médaille de bronze en 1956, une onde de choc traverse à nouveau le Canada qui n’est plus la puissance de « l’Univers » en hockey sur glace…

Robert Rousseau revient du pays avec une fiche de 5 buts et 4 passes. Dans l’avion du retour, l’entraîneur Bobby Bauer lui dit qu’il connaîtra une belle carrière chez les professionnels. Encore aujourd’hui, le joueur à la retraite se demande le sens de cette remarque alors qu’il a été cloué sur le banc lors des moments les plus déterminants du tournoi.

Mais une médaille olympique, c’est tout de même grandiose. Le 14 mai, les Maskoutains participent à la « Journée Robert Rousseau ». Cet événement, rappelant les beaux jours de Gérard Côté, débute par une parade dans les rues de la ville de Saint-Hyacinthe. À l’Hôtel de Ville, le maire Jacques Lafontaine lui remet les clés de la ville et Robert signe son nom dans le livre d’or de la municipalité.

La journée se poursuit par un banquet privé au Club de golf de Saint-Hyacinthe. Puis, en soirée, plusieurs centaines de Maskoutains se rendent au Manège militaire où une danse populaire y est donnée en l’honneur du médaillé olympique.

Après son odyssée olympique, Robert Rousseau connaîtra une belle carrière dans la Ligue Nationale de hockey. Avec les Canadiens de 1960 à 1970, il est le 20e meilleur pointeur avec 200 buts et 522 points en 643 matches en saisons régulières. Il a participé à quatre conquêtes de la coupe Stanley et fut nommé au sein de la deuxième équipe d’étoiles en 1965-66.

L’auteur désire remercier M. Robert Rousseau pour sa précieuse collaboration.

Photo 1: Robert Rousseau avec le Canadien jr. Collection Robert Rousseau.
Photo 2: L’Action catholique, 26 février 1960, p. 11. Collection BAnQ.
Photo 3: Robert Rousseau signe le livre d’or de la Ville de Saint-Hyacinthe en présence de sa famille. Collection Robert Rousseau.

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