Quand le mont Orford vibrait au rythme de l’Adams Memorial

4 février 2019

Serge Gaudreau travaille à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke où il a obtenu sa maîtrise en histoire en 1990. Auteur d’une centaine de textes dans différentes publications, Serge est un collaborateur de longue date de Sport et Société. Il est l’auteur du livre « Les aventuriers de la Manche » paru en 2017 aux Éditions JCL. Dans ce livre, l’historien trace le portait d’Omer Perreault, un nageur québécois, spécialiste des épreuves de longues distances.

C’est en mars 1952 que le mont Orford accueille pour la première fois l’AdamsMemorial. Dédiée à la mémoire du Dr Marsten E. Adams, ex-maire de Magog et pionnier du ski dans la région, cette classique constitue un retour aux sources puisque l’Orford a été l’hôte de plusieurs compétitions d’envergure entre 1944 et 1948.

Vers les sommets
Comme il se doit, les premières éditions de l’Adams Memorial sont dominées par des skieurs de la région. Après Robert Bousquet, gagnant de la course en 1952, c’est au tour des frères Jean et Roland Lessard du club Hillcrest d’afficher leur supériorité. Vainqueur en 1953, 1955, 1956 et 1957, Jean se permet même d’arracher le titre canadien à Orford, en 1959, la première fois qu’une course de cette envergure est disputée dans les Cantons-de-l’Est.

À l’instar des frères Lessard, les organisateurs de l’événement accumulent eux aussi les hommages. Les skieurs sont nombreux à apprécier l’hospitalité des Magogois. Et ils sont tout aussi élogieux à l’endroit de la piste Trois-Ruisseaux, où se dispute la descente, et de la « 45 », au mont Giroux, où se déroule le slalom. Avec la modernisation des équipements qui se fait en 1959, Orford semble enfin en mesure de s’élever au rang des stations de ski les plus prometteuses de la province.

Effet boule de neige
De fait, le championnat canadien de 1959 va donner le ton à une décennie de ski extrêmement mouvementée. Il y a bien sûr l’accroissement de la pratique populaire qui se vérifie année après année. Mais il y a aussi le prestige grandissant de l’Adams Memorial qui contribue au rayonnement du mont Orford. D’une simple compétition régionale, puis provinciale, cette course devient un «  happening » national qui attire une pléthore d’olympiens et de membres de l’équipe nationale canadienne.

De 1961 à 1968, des milliers d’amateurs de la région viennent s’agglutiner au pied de la montagne pour admirer les prouesses des Roddy Hebron, Peter Duncan et Jean-Guy Brunet ainsi que celles des Nancy Holland et Nancy Greene, aspirantes au trophée Bowen remis annuellement à la gagnante du combiné chez les femmes.   

Cet engouement pour le ski atteint un paroxysme les 3, 4 et 5 février 1967 avec la tenue d’une épreuve de la série Du Maurier. Celle-ci a une véritable saveur internationale puisqu’une dizaine de pays sont représentés pour l’occasion. Fidèles au rendez-vous, le Norvégien Haakon Mjoen et la Canadienne Nancy Greene s’imposent comme les grands vainqueurs de la fin de semaine.

Il en va de même des coordonnateurs de l’événement. Selon l’un d’entre eux, plus de 15 000 spectateurs se seraient déplacés pour suivre les trois jours de compétition. Cette affluence, combinée à la couverture médiatique accordée aux différentes épreuves, contribue à faire de la région Magog-Orford un des points de mire de la province pendant quelques jours. De l’avis de certains observateurs, elle confirme même le statut d’Orford comme station de ski la plus en vue de l’Est du Canada.

Les compétitions de ski comme moteur du développement touristique ? L’idée semble alléchante. Mais après ces années d’allégresse, l’Adams Memorial reviendra rapidement à des proportions plus modestes. Intégré au circuit de la coupe Pontiac en 1969, il continuera d’attirer ici une brochette de virtuoses comme Jean-Louis Ambroise, Pierre Savoie, Suzan Clifford et Kathy Kreiner.

Petit à petit, le vent puissant qui soufflait dans ses voiles se transforme toutefois en une brise légère, jusqu’à sa dernière édition, en 1976. Une constante à travers ces années de changement : la présence de la veuve du Dr Adams qui ne rate jamais l’occasion de récompenser le gagnant en lui remettant le trophée qui porte le nom de son mari.

Cet article est également publié sur le site de la Société d’histoire de Magog.
Photo: Le skieur Jean Lessard qui s’est distingué à quelques reprises à l’Adams Memorial.
Source: la presse.ca – photo fournie par la famille Lessard.

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