De véritables terrains de baseball (1900-1930)

3 mai 2019

Président du chapitre québécois de la Society for American Baseball Research, l’historien Patrick Carpentier est un précieux collaborateur. En plus de rédiger des textes pour Sport et Société, il est associé de près à nos cahiers d’histoire.

De simple amusement pratiqué pour le plaisir, le baseball se transforme au début du 20e siècle en un véritable sport de compétition avec la création d’innombrables clubs et ligues amateurs. Montréal est enfin mûre pour recevoir une équipe professionnelle du baseball organisé américain. Les Royaux de la Ligue internationale arrivent dans la métropole en 1897, le baseball devient alors un spectacle de masse.

Lors de leur arrivée à Montréal en 1897, les Royaux choisissent comme domicile l’ancien terrain des Shamrocks angle Atwater et Sainte-Catherine. Le terrain avait été occupé par le National lors des saisons 1895 et 1896 et était maintenant vacant. En 1898, de nouvelles estrades pouvant contenir près de 4 000 personnes sont érigées autour d’un losange de baseball. Il est incontestablement le premier parc de baseball de Montréal. Le terrain est vite rebaptisé Montreal Baseball Grounds bien que la population en général aime bien l’appeler Atwater Park. Originalement la propriété des prêtres Sulpiciens, le terrain sur lequel est bâti le parc change de main au début du 20esiècle alors qu’il est vendu à la Congrégation Notre-Dame. Tout comme les Sulpiciens, les religieuses refusent aux Royaux le droit de jouer le dimanche. Après la saison 1907, le parc est rasé par le feu mais est reconstruit à temps pour la saison 1908.

L’année 1910 voit plusieurs améliorations apportées au parc, notamment de nouveaux gradins sur la ligne du troisième but et le recouvrement de ceux qui existent déjà par un toit. La capacité du parc est alors portée à 6 000 places. Le parc est à nouveau incendié au mois de juillet 1914. Rapidement, des estrades de fortune sont construites pour permettre à l’équipe de finir la saison. Le parc est reconstruit en 1915 avec une capacité de près de 9 000 spectateurs mais les Royaux quittent Montréal après la saison 1917. Le parc sert alors aux équipes d’amateurs de l’ouest de Montréal. Graduellement démoli au fil des années, des ligues de baseball amateur et de balle-molle y jouent ensuite jusqu’à ce qu’il soit complètement rasé pour faire place à un stationnement et une station service desservants le Forum situé tout juste de l’autre côté de la rue Atwater. Le site est occupé depuis les années 1970 par la place Alexis-Nihon.

Le Parc Atwater aura été témoin de nombreux événements marquants au cours de son histoire. C’est sur ce terrain que jouaient les Royaux de 1898, champions de la Eastern league. C’était la première fois qu’un club montréalais donnait à ses partisans un championnat du baseball professionnel organisé. Le 15 avril 1902, les Giants de New York viennent compléter leur calendrier préparatoire face au Royaux au Parc Atwater, première visite d’un club des Ligues majeures dans la métropole. Plusieurs autres clubs des grandes ligues viendront par la suite se mesurer aux Royaux lors de rencontres printanières hors-concours de ce genre. Enfin, ayant joué sur le terrain du National à Maisonneuve la veille, les Giants et les White Sox de Chicago disputent une dernière partie à Montréal le 13 octobre 1924 avant d’entreprendre une tournée européenne. 

Second plus important terrain de baseball de Montréal, le parc Delorimier est le domicile des clubs semi-professionnels de l’est de la ville. Il n’est pas un vrai parc de baseball mais plutôt une piste de course de chevaux. Ouvert en 1901 à l’angle des rues Parthenais et Mont-Royal, il déménage un peu plus au nord en 1908, sur la rue Fullum près de St-Joseph. Il y demeure jusqu’en 1930, date à laquelle la ville de Montréal l’exproprie pour prolonger le boulevard St-Joseph. Entre 1901 et le début des années vingt, le parc est témoin de mémorables parties de baseball. C’est à cet endroit que la presque totalité des joutes de la Ligue de la cité de Montréal sont disputées au cours de sa quinzaine d’années d’existence. La ligue est à l’époque le plus fort circuit semi-professionnel du Québec et bon nombre de ses joueurs iront par la suite diriger des clubs de la Ligue provinciale dans les années trente et quarante. La tradition veut également que le champion amateur de la province rencontre à l’automne une équipe d’étoiles composée de joueurs de la Ligue de la cité, un événement qui attire toujours des milliers d’amateurs de balle au Parc Delorimier. Fait inusité, les Braves de Boston viennent deux fois à Montréal pour disputer des parties hors-concours, la première le 28 juillet 1918 contre les Cubs de Chicago et la seconde la semaine suivante contre les Reds de Cincinnati. Les deux parties sont jouées au Parc Delorimier.

L’utilisation des pistes de chevaux pour le baseball est avant tout une initiative des promoteurs qui veulent profiter de la popularité du baseball pour augmenter leurs revenus lors des jours sans courses. À cet égard, le parc Lépine dans le secteur Viauville de la cité de Maisonneuve est aussi utilisé brièvement pour le baseball à la fin du 19e siècle. Plusieurs auteurs de langue anglaise utilisent Delorimier Downs pour décrire le Stade Delorimier, le domicile des Royaux construit en 1928 à l’angle des rues Ontario et Delorimier. C’est une erreur. Le terme Downs fait référence aux courses de chevaux, tel Churchill Downs où est disputé annuellement le Derby du Kentucky. Dans cette optique, Delorimier Downs fait référence au Parc Delorimier, la piste de course de chevaux, et non au Stade Delorimier, le parc de baseball.  

Dernière grande aventure commerciale dans le domaine du baseball avant la Grande Crise, le Parc Guybourg est rendu légendaire par Babe Ruth. C’est en effet à cet endroit, en octobre 1926, qu’il frappe un coup de circuit de plus de 600 pieds qui selon la légende fini sa course dans le fleuve Saint-Laurent. Le bambino était alors en visite à Montréal dans le cadre d’une tournée de promotion nord-américaine. Le parc Guybourg est alors de construction récente. Situé sur la rue Notre-Dame est, près de la rue Dickson,  il est le domicile du club de baseball Guybourg. Un parc de petite échelle avec gradins de bois, Il devient après quelques améliorations au milieu des années vingt le domicile permanent de toutes les équipes de la Ligue indépendante de baseball dont le Guybourg fait partie. D’autres améliorations sont apportées en prévision de la visite de Babe Ruth, portant le total de places disponibles à près de 4 000. C’est à ce moment l’un des meilleurs parcs de baseball de Montréal et celui situé le plus à l’est dans la métropole.

Le baseball étant populaire plus que jamais, de nombreux terrains vagues sont transformés en petits terrains de baseball, que se soit pour des équipes paroissiales, industrielles ou amateur indépendantes. Avec leurs petites estrades en bois, ces terrains sont parfois éphémères et perdent leur vocation quand les promoteurs immobiliers s’en accaparent. Cependant, certains d’entres eux conservent leur vocation plus longtemps. C’est le cas du Parc Mascotte, domicile du club Mascotte évoluant dans la première incarnation de Ligue provinciale entre 1898 et 1903. Inauguré en 1900 et modelé sur le Parc Atwater, à juste titre d’ailleurs puisque les Mascottes étaient considérés comme les Royaux francophones au début du 20esiècle, le terrain possédaient des gradins pouvant accueillir près de 2 000 spectateurs. Un haut-lieu du baseball francophone de Montréal, le parc est d’abord utilisé par des équipes semi-professionnelles et ensuite par des ligues amateurs jusqu’en 1927. Cette année-là, les Royaux de Montréal achètent le parc et y font construire leur nouveau domicile, inauguré l’année suivante, le Stade Delorimier.    

À partir des années 1900, le baseball entre définitivement dans l’ADN des montréalais. Autrefois obligés de jouer sur des terrains conçus pour d’autres sports, les joueurs de baseball, autant professionnels qu’amateurs, ont maintenant la chance d’évoluer dans de véritables parcs de baseball. Tels des champignons, des losanges de baseball apparaissent un peu partout dans la métropole. Le baseball est à ce moment le sport le plus populaire en ville.

Photo: 
Montreal Baseball Club – rue Sainte-Catherine.
BAnQ, MAS 5-147-c.

Cet article est le troisième d’une série de trois.

 

 

 

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