Quelques notes d’histoire sur le patinage

21 décembre 2018

Chercheur en histoire du sport depuis 1995, Paul Foisy est l’auteur d’une biographie consacrée au marathonien Gérard Côté. Auteur de nombreux textes, il a collaboré au «Dictionnaire des Grands Oubliés du sport au Québec», publié en 2013 chez Septentrion. Paul Foisy est également l’éditeur du site Sport et Société depuis 1999.

En cette fin d’année 2018, alors que l’hiver bat son plein, il me semble à propos de vous présenter quelques notes historiques sur le patinage.

Il est impossible de véritablement retracer l’origine du patin. Issus de l’ingéniosité de l’homme nordique, les premiers patins étaient fabriqués d’os. Les anciennes peuplades ayant à composer avec la température hivernale fixaient des os sous leurs pieds afin de faciliter leurs déplacements. Certains affirment que le patin serait vieux de 3000 ans, d’autres sont plus conservateurs. Voyons ce qu’en dit le rédacteur de L’Encyclopédie des sports, publiée aux Éditions Larousse en 1961 : « L’archéologie confirme le fait : on a trouvé, il y a quelques années, au cours d’opérations de dragage, au large de Makkau, des patins qu’on estimait vieux de 2000 ans. Ils étaient en os de mâchoire animale ». Quittons les régions de l’Europe du Nord et faisons un saut dans l’espace et dans le temps.

Plus près de nous, au Québec, le patinage devient une véritable activité sociale dès le milieu du XIXe siècle. En plus de pratiquer cette activité physique sur la surface glacée des étangs, des lacs et des rivières, les amateurs de patin peuvent s’exercer à l’abri des intempéries, car des entrepreneurs aménagent des “patinoirs ” couverts.

Selon les travaux de l’historien du sport Donald Guay, la première patinoire couverte est érigée à Québec en 1856. Quelques années plus tard, en 1859, on construit la patinoire du « Montreal Skating Club ». Ces deux emplacements semblent toutefois avoir des existences éphémères. En 1862, toujours à Montréal, on construit un véritable monument, le « Victoria Skating Rink ». Cet emplacement de deux cents pieds sur quatre vingt est doté d’une promenade pouvant accueillir plus de 2000 spectateurs debout.

À partir des années 1860, on assiste à un véritable engouement pour le patinage. Une des activités les plus courues à l’époque est la mascarade. Plusieurs fois par année, des patineurs et patineuses se déguisent et s’exécutent au son de la musique jouée par une fanfare ou une bande militaire. Pour l’occasion, il n’est pas rare de récompenser les patineurs portant les plus beaux déguisements. D’autres activités sont également organisées comme le patinage aux flambeaux, les feux d’artifice, les fêtes de glace. Cette atmosphère de fête est salutaire et plusieurs « patinoirs » sont aménagés afin de répondre à cette demande d’amusements.

Au cours de cette période des clubs de patineurs sont formés et l’on organise des courses sur glace. Un peu plus tard, vers la fin des années 1870, des concours de patinage de fantaisie sont également présentés et un Montréalais, Louis Rubenstein, remporte le championnat du Canada de 1878 à 1889.

Dans un texte publié dans le bulletin « Temps libre » de novembre 1977, Monique Ferland-Juneau recense dans les villes de Montréal, Québec, Saint-Hyacinthe, Ottawa, Drummondville, Hull, Rivière-du-Loup, Saint-Jean et Sorel, plus de 56 « patinoirs » ayant pignons sur rue au cour de la deuxième moitié du XIXe siècle. Véritable phénomène commercial, les patinoires couvertes étaient alors construites exclusivement pour le patinage. Ce n’est qu’en 1898, avec la construction du « Montreal Arena », situé à l’angle des rues Sainte-Catherine et Wood à Westmount, que les joueurs et les spectateurs disposent d’un véritable emplacement pour la pratique du hockey.

Ce grand attrait de la population pour les activités physiques hivernales telles le patinage, les courses de vitesse, le hockey et le patinage de fantaisie requiert des fabricants de patins qu’ils améliorent sans cesse leurs produits. Dans le dernier quart du XIXe siècle, ils travaillent fort afin de répondre à cette demande.

Photo:
M. Sheppard, Mme Sheppard et Mlle Simpson, faisant du patin, Montréal, QC, 1867
William Notman (1826-1891)
1867, 19e siècle
Sels d’argent sur papier monté sur papier – Papier albuminé
10 x 14 cm
Achat de l’Associated Screen News Ltd.
I-24823.1
© Musée McCord

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